Les milliards en «argent neuf» de QS

La porte-parole de QS Manon Massé a dévoilé le cadre financier du parti, lundi, accompagnée ici des candidats Vincent Marissal et Simon Tremblay-Pépin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La porte-parole de QS Manon Massé a dévoilé le cadre financier du parti, lundi, accompagnée ici des candidats Vincent Marissal et Simon Tremblay-Pépin.

En taxant les Québécois les plus fortunés et en rouvrant notamment l’entente avec les médecins spécialistes, Québec solidaire (QS) entend augmenter les revenus de l’État québécois de 12,9 milliards dollars à la fin d’un premier mandat.

La formation politique de gauche a dévoilé lundi une douzaine de nouvelles sources de revenus qui lui permettront de financer ses engagements électoraux. Si certaines des propositions de QS sont crédibles, d’autres semblent plus difficiles à concrétiser selon François Delorme, professeur au Département de sciences économiques de l’Université de Sherbrooke.

Réalistes

Les sources de financement proposées par QS demeurent sensiblement les mêmes que celles présentées lors des dernières élections provinciales. Le parti de gauche mise sur une taxation des plus nantis pour équilibrer son budget.

Si elle est portée au pouvoir, Mme Massé proposera un régime fiscal de 10 paliers d’imposition, qui rapportera 600 millions de dollars selon QS. Mme Massé entend notamment hausser les impôts des contribuables dont le salaire annuel est supérieur à 97 000 $. Les Québécois dont le salaire est inférieur à 80 000 $ par année pourraient quant à eux compter sur des baisses d’impôt.

« Ce que propose Québec solidaire, c’est de rendre la fiscalité plus progressive. C’est la proposition qui est la plus crédible », note M. Delorme.

Il estime également que l’augmentation des redevances minières, qui pourrait rapporter 250 millions de dollars, est également réaliste. Il souligne par ailleurs que la mesure s’inspire du modèle australien.

Difficiles à concrétiser

M. Delorme croit toutefois que d’autres propositions de QS seront difficiles à concrétiser.

Il qualifie d’incertaine la prévision d’obtenir 830 millions en retombées fiscales à la suite d’une augmentation du salaire minimum à 15 $ l'heure.

« La logique derrière cette mesure, c’est que si on augmente le salaire minimum des gens, ils vont consommer plus et donc ils vont payer plus d’impôts. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas raison, mais disons que c’est actuellement loin d’être avéré », souligne M. Delorme.

Il s’interroge également sur les sommes qu’entend récupérer QS en luttant contre l’évasion fiscale et la corruption, soit respectivement 450 millions et 390 millions. QS veut entre autres éliminer la règle du plus bas soumissionnaire et imposer de nouveaux critères qui restent à préciser.

« On ne sait même pas quelle est l’importance de la corruption et de l’évasion fiscale. Alors on peut pratiquement mettre n’importe quel chiffre dans ces colonnes-là », estime M. Delorme.

Quant aux 925 millions retrouvés en rouvrant l’entente avec les médecins spécialistes, une mesure proposée également par d’autres partis, M. Delorme rappelle « la difficulté de toucher aux médecins au Québec ».

QS doit dévoiler plus tard cette semaine la colonne des dépenses qu’engendreront ses engagements, ce qui viendra compléter son cadre financier.