Le PQ propose une application mobile pour favoriser le covoiturage

Le chef péquiste, Jean-François Lisée, espère «retirer 150 000 véhicules des routes du Québec à l’heure de pointe».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef péquiste, Jean-François Lisée, espère «retirer 150 000 véhicules des routes du Québec à l’heure de pointe».

Le Parti québécois s’est engagé lundi à lancer un « Tinder » du covoiturage ; une application visant à connecter les conducteurs et passagers souhaitant partager la route au quotidien et à les récompenser par des incitatifs financiers remis par l’État.

Mais dès qu’elle a été annoncée, la mesure a été critiquée par un entrepreneur du secteur des transports.

« Ça ne peut pas arriver. […] Ça ne va pas arriver comme ça », a lancé le fondateur de l’entreprise de covoiturage Netlift, Marc-Antoine Ducas, en marge du point de presse auquel il avait été convié.

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée que l’État se lance dans le développement d’une application mobile », a-t-il expliqué plus tard, dans un entretien avec Le Devoir. « L’expérience montre qu’en général, les coûts sont beaucoup plus importants qur prévu et, surtout, que l’expertise en transport, en covoiturage, ne se situe pas actuellement au niveau du gouvernement. »

Encore : le Réseau de transport métropolitain offre déjà un service de covoiturage, au même titre que les plateformes Netlift et covoiturage.ca, a-t-il rappelé.

« En ce moment, je sens une surenchère », a déclaré Marc-Antoine Ducas. « Chacun essaie de développer son application. Je revis le film des taxis : Uber est arrivé, on a tous développé nos applications et, deux ans plus tard, il n’y a pas d’application qui marche, Uber est toujours là, et des gens ont perdu des investissements. »

Le chef péquiste Jean-François Lisée, ne s’est pas montré ébranlé par les critiques. « C’est sûr qu’on va être capables de faire ça, qu’on va le faire, et que les applications comme Netlfit et les autres vont pouvoir se joindre [à nous] », a-t-il insisté. « Ce n’est pas un grand défi technologique de faire ça. »

La Société de transport de Montréal, qui travaille sur la plateforme Céleste — visant à « intégrer » divers types de transport — estime que l’approche péquiste est « complémentaire » à la sienne. « On voit tout ça comme des réponses à l’auto solo. Donc, c’est plus complémentaire qu’en contradiction », a déclaré la porte-parole Amélie Régis.

Point de presse confus

Le point de presse du PQ au sujet de son application de transport a été marqué par la confusion.

Le candidat péquiste dans Saint-Hyacinthe et ex-ministre de l’Environnement, Daniel Breton, a d’abord fait état de la création d’un one-stop shop (répertoire centralisé) ; une plateforme visant à réunir les applications de transport qui existent déjà. « Ceux qui utilisent l’autobus, ceux qui utilisent Netlift, ceux qui utilisent toutes sortes d’applications actuelles, vont être capables d’avoir, comme on dit, le one-stop shop, pour être capables de concilier toutes ces applications-là », a-t-il déclaré.

Le chef Lisée a ensuite dû s’interposer. « On travaille sur une application pour l’ensemble des transports », a-t-il précisé.

Dans la salle, Marc-Antoine Ducas s’est admis confus. « Ma compréhension de ce que j’ai lu et entendu au niveau du PQ, c’est qu’ils voyaient davantage un répertoire centralisé, peut-être pas une application. Le Tinder, c’est pour faire bien dans les lignes de presse », a-t-il plus tard confié au Devoir.

L’équipe des communications du PQ est ensuite revenue à la charge : le parti souhaite bel et bien créer une application, mais aussi un répertoire central des utilisateurs d’applications de covoiturage local, ont affirmé les attachés de presse.

Une prime quotidienne

Chose certaine : le PQ souhaite instaurer une prime quotidienne de 8 $ (4 $ pour l’aller et 4 $ pour le retour) au conducteur et au passager, à condition qu’une distance minimale soit franchie et que le trajet soit fait à l’heure de pointe. Cet incitatif financier serait remis aux utilisateurs de l’application gérée par l’État, mais aussi à ceux qui utilisent des applications privées.

La prime passerait à 3 $ par année à partir de la deuxième année.

Le PQ estime que cette mesure coûterait 29 millions la première année et un total de 313 millions sur quatre ans. Il souhaite réaffecter les montants du Fonds verts pour la financer, et estime donc qu’elle se fera « sans coût supplémentaire » pour l’État.

Le parti espère « retirer 150 000 véhicules des routes du Québec à l’heure de pointe » en faisant passer la moyenne de personnes par voiture de 1,2 à 1,4 à l’heure de pointe, d’ici 2025.

Une suite au «Grand Déblocage»

Le PQ s’est auparavant engagé à abandonner le projet de Réseau express métropolitain (REM) pour plutôt lancer le « Grand Déblocage » s’il prend le pouvoir le 1er octobre. Le projet comprend 21 tracés qui combinent tramways, bus rapides et trains.

À Montréal, le PQ propose notamment de relier le centre-ville à l’aéroport en allant de l’avant avec un tronçon de la ligne rose proposée lors de la dernière campagne électorale par Valérie Plante.

Pour décongestionner la ligne orange du métro, Jean-François Lisée souhaite faire renaître une ligne de tramway de 11 km sur le boulevard Saint-Laurent. Pour les résidents des couronnes nord et sud, le PQ promet un important réseau de bus rapides qui désengorgeront notamment les autoroutes 13, 15, 19, 20 et 30.

Le « Grand Déblocage » a été accueilli avec scepticisme par divers acteurs du milieu du transport et de l’environnement, qui l’ont vu comme un projet complémentaire au REM.