Des kilomètres et des promesses électorales

Adversaires dans la circonscription de Rosemont, le chef péquiste, Jean-François Lisée, et Vincent Marissal, de Québec solidaire, se sont croisés samedi. Ils en ont profité pour se serrer la main.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Adversaires dans la circonscription de Rosemont, le chef péquiste, Jean-François Lisée, et Vincent Marissal, de Québec solidaire, se sont croisés samedi. Ils en ont profité pour se serrer la main.

Gratuité scolaire du CPE à l’université, couverture des soins dentaires, prématernelle 4 ans pour tous : les principaux partis ont continué de dévoiler les mesures politiques qu’ils mettront en place s’ils sont portés au pouvoir, ne manquant pas de se lancer à l’occasion quelques flèches les uns aux autres. Retour sur une fin de semaine pleine de promesses.

PQ : un rythme de campagne effréné


Depuis le coup d’envoi de la campagne électorale jeudi, l’autocar du Parti libéral du Québec a fait 12 arrêts, tandis que celui de la Coalition avenir Québec en a fait 15 et celui du Parti québécois… 23.

Or si la caravane péquiste traverse les circonscriptions à cadence accélérée, elle n’a toujours pas parcouru de très longues distances.

De Montréal à la Montérégie, les Laurentides ou Lanaudière, en passant par Laval, l’autocar du PQ a jusqu’ici roulé dans une zone où se concentrent les circonscriptions menacées. « Je ne suis pas venu pour me reposer. Je suis venu pour travailler », a affirmé le chef du PQ, Jean-François Lisée, durant la fin de semaine. Et « nous sommes à l’offensive », a-t-il dit dès la première journée de campagne.

Cette position d’attaque ne s’est toujours pas concrétisée en propositions extravagantes : jusqu’ici, le PQ s’est engagé à implanter un service de repas à coût modique dans les écoles (37 millions), à encourager l’agriculture urbaine (3,4 millions) ou à confier l’achat de fournitures scolaires aux écoles (coût nul). Le PLQ et la CAQ ont en comparaison dévoilé des engagements totalisant plusieurs centaines de millions.

Dans le discours, les péquistes s’en prennent surtout au papillonnage de leurs adversaires — mais à temps partiel. S’il a fait jeudi de la candidate libérale Gertrude Bourdon « le symbole de l’indécence politique », le chef Lisée s’est présenté devant les médias dimanche pour annoncer une journée « positive ». « Demain, on pourra revenir sur ces sujets-là », a-t-il lancé lorsque des journalistes l’ont interrogé sur la nouvelle candidate caquiste dans Sanguinet, Danielle McCann.

Dès lundi, donc, le PQ promet de montrer les dents — au cours d’une journée qui démarrera à 6 h 30 et se terminera à 22 h. Et il le fera finalement hors de la grande région de Montréal, puisque son autocar prendra le chemin des régions de Québec et de la Mauricie.


Marie-Michèle Sioui
 
 

CAQ : des thèmes connus


La prématernelle 4 ans samedi, l’uniformisation de la taxe scolaire dimanche : François Legault a passé la fin de semaine à marteler des thèmes de prédilection de la Coalition avenir Québec (CAQ). Et il l’a fait au cœur de circonscriptions que le parti souhaite conquérir autour de Montréal.

Le chef de la CAQ n’a brûlé aucune grosse cartouche de sa plateforme samedi et dimanche. En lieu et place, François Legault a remis à l’avant-plan des promesses dont il fait la promotion depuis plusieurs mois, mais qui illustrent bien deux thèmes de prédilection du parti : l’éducation et l’idée d’une fiscalité qui laisse plus d’argent aux contribuables.

Un gouvernement caquiste instaurerait donc la prématernelle 4 ans gratuite pour tous les enfants sur un horizon de cinq ans. Elle serait non obligatoire. En plus de libérer des places en garderie, la mesure permettrait selon la CAQ de dépister plus tôt d’éventuels troubles d’apprentissage.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef caquiste, François Legault, a profité d’une visite dans la circonscription de Verchères, en Montérégie, pour faire cuire quelques hot-dogs.

Si le Parti québécois et le Parti libéral ont critiqué le réalisme de cet engagement dans un contexte d’écoles bondées, François Legault l’a vivement défendu dimanche. « J’en reviens pas de leur manque d’ambition », a-t-il dit à plusieurs reprises.

M. Legault a aussi réitéré son engagement à mettre en place un taux unique de taxe scolaire sur l’ensemble du territoire québécois (« soit le plus bas taux en vigueur actuellement ») d’ici quatre ans. La mesure coûterait 700 millions à l’État.

Le chef de la CAQ a fait valoir que la Loi adoptée par Québec en mars — qui établit un taux uniforme de taxation, mais à l’intérieur de chaque région — crée des iniquités.

En 2014, François Legault proposait l’abolition des taxes scolaires. « On avait choisi de concentrer nos efforts dans la taxe scolaire ; cette année, on répartit nos efforts », a-t-il expliqué dimanche.


Guillaume Bourgault-Côté
 


PLQ : des soins dentaires payés


L’itinéraire suivi par l’autobus de campagne du PLQ au cours des quatre premiers jours de la campagne électorale donne l’impression que l’équipe de Philippe Couillard s’affaire à sauver les meubles en vue du scrutin du 1er octobre.

Il a lancé la campagne électorale du parti dans Maskinongé ; il a dévoilé ses premières promesses « pour faciliter la vie des gens » dans Trois-Rivières et Vanier-Les Rivières ; il a pris part à un long bain de foule aux Fêtes gourmandes de Neuville, dans Portneuf : Philippe Couillard s’est présenté rapidement dans des circonscriptions qui risquent d’échapper au PLQ au profit de la CAQ, le 1er octobre.

Dès le deuxième jour de campagne, le chef libéral a voulu marquer un grand coup avec sa promesse de remettre chaque année aux parents un chèque en blanc de 150 à 300 dollars par enfant. « Les familles choisiront ce qu’elles font avec ça », a-t-il déclaré, se posant en grand défenseur de la « liberté de choix ».

Mais, l’engagement à 380 millions du PLQ a été supplanté par l’arrivée fracassante de l’ex-p.-d.g. du CHU de Québec Gertrude Bourdon dans les rangs du PLQ.

Depuis, il dévoile patiemment ses promesses, tantôt de sous en plus dans les poches des parents, tantôt de programmes publics étendus.

L’autobus du PLQ a fait une brève incursion derrière les lignes adverses une première fois vendredi. M. Couillard a salué des électeurs de Louis-Hébert — qui lui ont tourné le dos au profit de la CAQ l’année dernière — lors d’un arrêt au casse-croûte La Peltrie, où il a mangé un hamburger et une demi-poutine sous l’oeil des caméras, puis au parc nautique de Cap-Rouge.

Dimanche, il a choisi de présenter sa promesse d’élargir la couverture des soins dentaires de base remboursés par la RAMQ dans Chicoutimi, où la députée sortante du PQ, Mireille Jean, est en danger. Puis, il a filé vers son local de campagne dans Roberval.

 

Marco Bélair-Cirino
 


QS : gratuité scolaire, du CPE à l’université


Québec solidaire veut assurer la gratuité scolaire, « du Centre de la petite enfance au doctorat ».

Les deux porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, en ont fait l’annonce dimanche à Sherbrooke. Cette mesure coûterait à l’État 2,45 milliards, d’après les chiffres du parti.

591 millions
C’est le manque à gagner en éducation, en dollars, selon la Centrale des syndicats du Québec. Sa présidente, Sonia Éthier, a rappelé en point de presse dimanche que les libéraux avaient imposé des mesures d’austérité d’environ 961 millions au réseau de l’éducation avant d’y réinvestir, à ce jour, 370 millions.

Mme Massé a souligné que l’école primaire et secondaire était loin d’être gratuite pour les parents, qui doivent payer des frais administratifs, des activités parascolaires et des frais de surveillance, par exemple.

En assurant la gratuité scolaire au primaire, une famille de trois enfants économiserait en moyenne 1700 $ par année, selon le parti.

Manon Massé croit que le gouvernement devrait investir davantage en éducation au lieu de dépenser plusieurs milliards de dollars pour construire le troisième lien entre Lévis et Québec.

« Il est plus que temps que tout ce qui concerne l’éducation de notre peuple soit gratuit, a déclaré Mme Massé en conférence de presse. Les factures scolaires, c’est assez. »

 

La Presse canadienne

Promesses de la fin de semaine

PLQ
Le chef libéral, Philippe Couillard, a promis d’élargir la couverture des soins dentaires de base aux jeunes de 10 à 16 ans ainsi qu’aux aînés les plus démunis. Son parti permettrait aussi aux parents d’obtenir une deuxième carte d’assurance maladie pour leur enfant, afin de faciliter la vie des parents séparés et d’éviter les oublis. Il ouvrirait également 25 supercliniques supplémentaires.

CAQ
La Coalition avenir Québec (CAQ) s’est engagée à instaurer la prématernelle 4 ans universelle, gratuite et non obligatoire. Quelque 44 000 places seraient libérées dans les garderies à contribution réduite, selon le parti, qui promet de créer 5600 places de plus. La CAQ compte abolir la « taxe famille » du gouvernement Couillard et mettre en place un taux unique de taxe scolaire en choisissant le plus bas taux en vigueur actuellement.

QS
Québec solidaire (QS) promet d’instaurer la gratuité scolaire « du Centre de la petite enfance au doctorat » d’ici cinq ans. Le parti veut également abolir le bureau de projet et toutes les études de faisabilité sur le troisième lien entre Québec et Lévis. QS compte aussi proposer une loi pour mieux encadrer les pratiques d’Airbnb.

PQ
Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a promis de favoriser l’installation de serres sur les toits des édifices en milieu urbain. Des rabais de taxes foncières de cinq ans seraient proposés aux propriétaires concernés. M. Lisée s’est aussi engagé à rencontrer des représentants des Premières Nations et des Inuits dans les 100 premiers jours d’un mandat.