Les cégeps interpellent les politiciens

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps

Tous les partis parlent d’éducation, mais l’enseignement supérieur est complètement évacué du discours public, déplore la Fédération des cégeps, qui exhorte les politiciens à retrouver une vision plus large de l’éducation qui va au-delà des écoles primaires et secondaires.

« C’est une bonne nouvelle que tous les partis parlent d’éducation, maintenant, il faut voir comment ils vont en parler ; vont-ils seulement dire le mot éducation ou le dire en incluant l’enseignement supérieur ? » se questionne Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, en entrevue éditoriale au Devoir.

« Bien sûr, il y a beaucoup de parents au Québec, et si les politiciens parlent des écoles primaires et secondaires, ils vont rejoindre beaucoup de monde. Je fais attention, je ne veux rien enlever aux écoles primaires et secondaires — elles font face à de grands défis et c’est normal que l’on parle d’elles —, mais on dirait que ça prend [toute] la place, comme si [les politiciens et la population] oublient que l’enseignement supérieur existe aussi et qu’il y a des défis. »

Et les défis sont nombreux, affirme-t-il. « Une des données qui me choquent, c’est le fait qu’il n’y a pas plus d’hommes québécois francophones dont les parents n’ont pas fait d’études supérieures qui obtiennent un diplôme aujourd’hui qu’il y a 50 ans. Les femmes ont fait un bond énorme. Les immigrants de première et deuxième générations aussi, ce qui fait qu’on a augmenté notre taux de diplomation […] Mais il y a encore un plafond de verre pour certaines catégories d’étudiants : les Autochtones, les immigrants de première génération et ceux qui viennent d’un milieu socio-économique faible. »

Bernard Tremblay parle également d’un « défi de réussite » au niveau collégial. Ainsi, selon les dernières données disponibles au ministère — soit les résultats de la cohorte de 2008 —, le taux de diplomation au cégep n’est que de 63 %. Un résultat bien insuffisant, selon lui, surtout dans une économie du savoir.

« Plus de 80 % des emplois qui ont été créés l’an dernier requéraient une formation collégiale ou supérieure. Les entreprises hurlent, on est en pénurie de main-d’oeuvre, on fait le constat qu’on n’a pas assez de finissants qualifiés. Et pourtant, on continue de dire que la persévérance scolaire jusqu’à 16 ans, c’est très important. Et on dit bravo quand les étudiants obtiennent un diplôme de 5e secondaire. Voyons ! Bien sûr, il faut continuer de faire augmenter le nombre de diplômés au secondaire, mais si un étudiant sort du système avec une 5e secondaire, on a échoué comme système d’éducation, on peut-tu se le dire ? »

Stratégie

Il déplore que le plan stratégique du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur n’ait aucune cible significative pour les cégeps et les universités. « On parle plus de loisirs et de sports que d’enseignement supérieur dans ce document. S’il y a une vision large de l’éducation à Québec, je ne la vois pas quand je lis le plan stratégique de mon ministère. »

Il estime également que le milieu de l’enseignement supérieur aurait dû être intégré dans la politique sur la réussite éducative, lancée en grande pompe l’an dernier par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Qu’à cela ne tienne, la Fédération des cégeps et le réseau de l’Université du Québec ont uni leurs voix en mai dernier pour réclamer une stratégie sur l’enseignement supérieur. « Qu’on le fasse en deux blocs, ça peut être un choix, mais moi, j’estime que notre système d’éducation commence au préscolaire et finit au postdoctorat. Essayons de le voir comme un tout et de recréer les liens. »

S’il n’avait qu’une demande à faire au prochain gouvernement ? « Celle qui englobe toutes les autres demandes, c’est la stratégie sur l’enseignement supérieur, répond-il. Il faut qu’on s’arrête, qu’on réunisse tous les acteurs, qu’on se pose la question sur ce qu’on doit faire et qu’on se donne des objectifs. »