Chacun cherche son chef

Les chefs des partis ont entrepris le marathon électoral, jeudi, qui culminera le 1er octobre par la journée du scrutin. Si le parti de François Legault (CAQ) part favori, ses adversaires — qu’il s’agisse de Philippe Couillard (PLQ), de Jean-François Lisée (PQ) ou de Manon Massé (QS) n’ont pas l’intention de ménager leurs efforts en espérant le meilleur pour leur formation.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne et Paul Chiasson La Presse canadienne Les chefs des partis ont entrepris le marathon électoral, jeudi, qui culminera le 1er octobre par la journée du scrutin. Si le parti de François Legault (CAQ) part favori, ses adversaires — qu’il s’agisse de Philippe Couillard (PLQ), de Jean-François Lisée (PQ) ou de Manon Massé (QS) n’ont pas l’intention de ménager leurs efforts en espérant le meilleur pour leur formation.

La campagne électorale s’amorce pour plusieurs candidats après une séance de « speed dating » politique. Après avoir négocié son entrée en politique auprès du PQ, de la CAQ, Gertrude Bourdon sautera dans la mêlée au côté du chef libéral, Philippe Couillard, vendredi, tâchant d’arracher l’étiquette d’opportuniste que lui ont collée ses nouveaux adversaires politiques.

La candidate vedette du PLQ est « devenue le symbole de l’indécence politique, du vide des convictions », a lancé sans retenue le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, jeudi. « La semaine dernière, elle était avec un parti qui prétend être contre la réforme Barrette. Cette semaine, elle est avec un parti qui est content de la réforme Barrette. Non, mais, c’est pas sérieux », a-t-il ajouté.

M. Lisée a fait cette déclaration jeudi, au premier jour de la campagne électorale.

Pourtant, elle n’est que la dernière en date à avoir « flirté » avec plus d’une formation politique avant de s’afficher publiquement avec son nouveau parti. La plupart d’entre eux sont passés du PLQ à la CAQ : Geneviève Guilbault, Svetlana Solomykina, Anna Klisko, Denis Tardif. Enrico Ciccone a fait le chemin inverse, passant de la CAQ au PLQ. Vincent Marissal a approché le Parti libéral du Canada avant de s’établir à Québec solidaire.

Gertrude Bourdon, elle, a butiné du côté du PQ, puis de la CAQ avant de se poser au PLQ. « C’est à elle de nous expliquer pourquoi elle accepte que les médecins spécialistes gagnent plus que ceux de l’Ontario », a lancé le chef de la CAQ, François Legault, jeudi.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les pancartes électorales des candidats étaient déjà bien visibles dans les rues de la circonscription de Mercier, jeudi. Pour Québec solidaire, Ruba Ghazai tentera de succéder au député sortant, Amir Khadir. Michèle Blanc, Gabrielle Collu et Johanne Gagné représentent respectivement les couleurs du Parti québécois, du Parti libéral du Québec et de la Coalition avenir Québec.

Elle a renoncé jeudi à son poste de présidente-directrice générale du Centre hospitalier universitaire de Québec-Université Laval pour briguer les suffrages sous la bannière du PLQ dans la circonscription de Jean-Lesage.

Selon une source bien informée dans le personnel hospitalier du CHU, Mme Bourdon est une patronne « assez accessible », « assez proche de ses employés ». Or, son choix de porter les couleurs du Parti libéral, dont les réformes ont laissé des traces, a été jugé « décevant », tout comme le « magasinage » auquel elle semble s’être prêtée.

Le Parti québécois a aussi révélé avoir approché Gertrude Bourdon il y a quelques mois pour qu’elle succède à la députée sortante de Taschereau, Agnès Maltais. « Mon parti, c’est le PQ. Je ne me présenterai jamais pour la CAQ », a déclaré Gertrude Bourdon, selon nos informations.

Le candidat péquiste Marc Bourcier s’est moqué des candidats qui passent de la CAQ au PLQ et vice versa. « Même Jean Charest est devenu cynique, c’est pas des farces ! »

L’ex-chef du Parti progressiste-conservateur (1993-1998) et du PLQ (1998-2012) s’étonnait, dans une entrevue radio lundi, de voir des personnes négocier une éventuelle candidature aux prochaines élections générales avec plus d’un parti politique. Du « magasinage », selon lui. « C’est comme si tout était interchangeable », a-t-il affirmé, regrettant que les « principes », les « valeurs » et les « convictions » ne poussent plus naturellement un individu dans une formation politique.

La seule formation politique qui n’a pas été lorgnée par Mme Bourdon est Québec solidaire. L’aspirante première ministre Manon Massé a assuré lors du lancement de la campagne de QS ne jamais avoir été en contact avec la future candidate libérale.

La politologue Catherine Côté trouve « assez spécial » de voir un grand nombre de personnes « hésiter » avant de choisir leur camp. « Et le recrutement se fait de tous bords. On ne voit pas ça si souvent. Le phénomène s’observe depuis quelques élections avec une ampleur encore plus grande cette fois-ci », a-t-elle souligné dans un entretien sur les enjeux et caractéristiques généraux de l’élection. « Les candidats veulent changer les choses par le biais de la politique, mais ils veulent s’assurer d’être avec une équipe gagnante. Alors, ils cherchent en se demandant si le gagnant sera libéral ou caquiste. Pendant ce temps, le PQ recrute des gens qui ne se posent pas du tout de question sur leur allégeance puisque, dans leur tête, cette option est bien définie », poursuit la professeure à l’Université de Sherbrooke.

Les candidats veulent changer les choses par le biais de la politique, mais ils veulent s’assurer d’être avec une équipe gagnante. Alors, ils cherchent en se demandant si le gagnant sera libéral ou caquiste. Pendant ce temps, le PQ recrute des gens qui ne se posent pas du tout de question sur leur allégeance puisque, dans leur tête, cette option est bien définie.

Surtout pas « opportuniste », dit Couillard

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a pris la défense de Gertrude Bourdon lors d’une entrevue radio en Mauricie. « Si elle suivait les sondages, si elle était opportuniste, est-ce qu’elle serait allée au Parti libéral du Québec ? Non, elle a décidé de venir avec nous parce qu’on reflète ses valeurs », a-t-il affirmé.

Mme Bourdon n’a pas posé de conditions à son implication politique au sein du PLQ, a soutenu M. Couillard. Les « très, très bonnes conversations » entre la gestionnaire et lui sont demeurées « sur le plan des principes et des valeurs », a-t-il indiqué jeudi.

Le chef du PLQ est disposé à accélérer la croissance des dépenses en santé, une des conditions posées par Mme Bourdon à la Coalition avenir Québec. « On a de nouvelles marges de manoeuvre. Il est possible qu’elles [les cibles de croissance] bougent un tout petit peu », a-t-il indiqué. « On va toujours assurer le bon financement de la santé, mais, encore plus important que ça, un financement stable et prévisible », a-t-il poursuivi.

Gaétan Barrette s’effacera-t-il du ministère de la Santé au profit de Gertrude Bourdon ? « Pour l’instant, Gaétan est un membre très, très actif et énergique de notre équipe », a dit M. Couillard avant de saluer la « qualité de son bilan ».

M. Couillard dit s’être assuré que sa recrue est attachée, comme lui, aux huit valeurs du PLQ inscrites par les ex-chefs Claude Ryan (les sept premières) et Jean Charest (la huitième) : les « libertés individuelles », l’« identification au Québec », le « développement économique », la « justice sociale », le « respect de la société civile », l’« attachement à la démocratie », l’« appartenance canadienne » ainsi que l’« équité intergénérationnelle ».

Enfin, il a dit à la presse n’avoir aucun doute sur l’allégeance à la fédération canadienne de sa candidate vedette non déclarée. Pour preuve, il a pointé l’insigne d’officier de l’Ordre du Canada que Mme Bourdon arbore depuis le 11 juillet dernier. Pourtant, Jacques Godbout, Dominic Champagne, Guy Rocher et d’autres indépendantistes québécois sont membres de l’Ordre du Canada.

Avec Stéphane Baillargeon et Améli Pineda

5 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 24 août 2018 01 h 17

    C'est assez gênant ces histoires de « magasinage » politique : Gertrude Bourdon; Vincent Marrissal; Jean-Martin Aussant (il a eu des discutions avec QS...); etc. En ce qui a trait à M. Marrissal, je ne sais même pas si je souhaite qu'il passe dans Rosemont même si je vais voter pour QS dans quelques semaines.

  • J Georges Laporte - Inscrit 24 août 2018 01 h 17

    Elle trouve sa colonie.

    Tel un bourdon qui butine de fleurs en fleurs du trèfle la (Mme) Bourdon à butiné de partis à partis pour se trouver une colonie à son image et qui lui offrirait un poste pour gérer le milieu qu’elle connait le plus et ayant les mêmes aspirations soit une colonie qui semble forte mais qui dans les faits sont un peu en débandade. Mais la manière de procéder va peut-être nuire un peu à son élection au sein de la colonie choisit (PLQ). On verra.

  • Jean Lapointe - Abonné 24 août 2018 08 h 14

    L'allégeance à la fédération canadienne est une démission

    «Enfin, il a dit à la presse n’avoir aucun doute sur l’allégeance à la fédération canadienne de sa candidate vedette non déclarée.» Philippe Couillard.

    L'allégeance à la fédération canadienne cela veut dire accepter l'assujettissement des Québécois à une autre nation que la sienne, c'est s'aplatventrir devant le Canada, c'est se résigner à faire du Québec un peuple né pour un petit pain. C' est tirer un trait sur tout ce que les Québécois, surtout les Québécois de langue française, ont fait depuis 1960 en particulier pour être reconnus et acceptés comme une nation autre que la nation canadienne.

    L'allégeance à la fédération canadienne c'est abandonner le combat pour que les Québécois de langue française puiissent être reconnus, respectés et acceptés comme des égaux au lieu d'être simplement considérés comme une minorité culturelle parmi d'autres au Canada, comme c'est actuellement le cas.

    L'allégeance à la fédération canadienne c'est construire le Canada au lieu de construire le Québec et même parfois contre le Québec. L'allégeance à la fédération canadienne c'est pour moi de la lâcheté tout autant de la part de Philippe Couillard que de la part de François Legault et aussi de la part de Québec solidaire qui est rébarbative à toute forme de nationalisme et qui ne considère l' indépendance du Québec que comme un moyen d' appliquer son programme plutôt que pour obtenir pour les Québécois leur propre pays à eux tout comme les autres nations représentées à l'Organisation des nations unies.

    Il n'y a que le Parti québécois qui défende les vrais intérêts du Québec en proposant de faire du Québec un pays parce qu'il considère qu'il en a autant le droit que toutes les autres nations du monde. Il n' y a que le Parti québécois qui veuille donner aux Québécois de la fierté et un avenir qu'ils construiraient par eux-mêmes pour eux-mêmes au lieu de rester dans l'ombre du Canada.

  • Gilles Delisle - Abonné 24 août 2018 09 h 26

    Une élection québécoise: du grand vaudeville

    Comment voulez-vous prendre au sérieux ces candidats qui butinent de gauche à droite sans convicton aucune! Le premier souci de ces butineurs est de marchander leur candidature, qu'on soit un simple quidam ou une grande fonctionnaire de l'Etat. On s'offre au plus offrant, en croyant que le peuple n'y verra que du feu! Comment intéresser les plus jeunes qui déjà, ne participent plus à la vie publique, contrairement à leurs aînés, comme on l'apprenait il y a quelques jours selon un sondage comparant l'implication des jeunes des années 60 aux jeunes d'aujourd'hui. Une élection québécoise qui ressemble, de plus en plus ,à une grande foire tenue aux quatre ans, et qui désintéresse toujours plus d'électeurs.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 août 2018 13 h 19

    … « changeons les choses … ?!?

    « Les candidats veulent changer les choses par le biais de la politique, mais ils veulent s’assurer d’être avec une équipe gagnante. (…) Pendant ce temps, le PQ recrute » (Catherine Côté, Politologue, Université de Sherbrooke)

    De cette citation, une intimité d’électeur :

    Un jour, des amis se sont présentés chez-moi pour savoir si j’allais présenter ma candidature pour représenter la population de ma-notre région. Ma réponse oscillait entre le non, le oui et le « pantoutt ».

    Du non, les motifs tournaient autour de l’image (Apparence physique, cheveux longs et barbe allongée) : aucune chance !

    Du oui, Les motifs cadraient avec une capacité d’analyse rétroactive dite exceptionnelle mais d’allégeance a-politique stricte : aucune chance !

    Du « pantoutt », tous les motifs (A) pouvaient tabler sur quelque chose susceptible d’éventuel malaise politique, notamment au sein des Formations actuelles (PLQ, PQ, CAQ, QS, autres) : toutes les chances !

    Bref de bref …

    … « changeons les choses … ?!? - 24 août 2018 –

    A : Sauf si on « se trumpe », les principaux motifs reposent sur des questions-attentes en lien avec le patriotisme québécois souterrain, l’immigration, les personnes en situation de « handicap-s » et de pauvreté systémique et la transparence politique de l’État-Nation du Québec ; des attentes-questions en mouvement de !