La Peltrie et Chauveau: au-delà du travail, la qualité de vie

Photo: Catherine Legault Le Devoir Les territoires boisés de Fossambault-sur-le-Lac, entre autres, sont en train de changer. En une petite heure de voiture, on y aura croisé trois groupes d’arpenteurs.

En prévision des élections, Le Devoir effectue une tournée qui le mène dans des circonscriptions aux prises avec des enjeux qui préoccupent tous les Québécois. Septième D-Tour électoral, cette fois dans La Peltrie et Chauveau, au nord de la capitale, où on retrouve le plus bas taux de chômage au Québec.

Pour les politiciens en quête de choses à offrir, Chauveau et La Peltrie vont si bien qu’on pourrait croire, à tort, que leurs électeurs n’ont besoin de rien… «La qualité de vie est super agréable ici», résume Philippe Thivierge, tout sourire. Connu pour la qualité de ses poutines, son restaurant, Le Flashbourg, est au nord de l’immense circonscription de Chauveau, non loin du lac Saint-Charles, en banlieue nord de la ville de Québec. «Ici, t’as des stations de ski proches, le plein air, les rivières, les lacs… Moi, pour aller voir mon lac, j’ai juste à traverser la rue à partir de chez moi.»

Dans Chauveau, les paysages ne sont pas les seuls à être au beau fixe : l’économie aussi. Un succès attribuable à la prospérité de la région de Québec dans son ensemble, mais aussi à l’étalement urbain. La Peltrie et Chauveau occupent un vaste territoire au nord de Québec. De Fossambault-sur-le-Lac à Lac-Beauport en passant par Shannon, la base militaire de Valcartier, Stoneham et le nord de Charlesbourg, les circonscriptions occupent près de 3500 km2.

Ces secteurs attirent les jeunes familles et les promoteurs immobiliers. « Quand je suis arrivé au milieu des années 1990, il n’y avait pas de feux de circulation dans mon coin, raconte M. Thivierge. Aujourd’hui, il y en a quatre. Il n’y avait pas non plus d’épicerie ; là, il y en a trois. […] C’est de plus en plus gros. »

Au nord de La Peltrie, vers Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, les maisons semblent pousser plus vite que le gazon. « Ça fait quatre ans que c’est de même, explique fièrement le maire, Pierre Dolbec. Et le pire, c’est que ce n’est pas fini. Les terrains sont moins chers, les taxes sont raisonnables. […] On a une situation financière excellente. » Il y a quelques années à peine, c’était un petit village où on se rendait parfois en vacances pour profiter du lac Saint-Joseph. Aujourd’hui, le territoire ressemble à bien des égards à une banlieue.

Un peu plus au nord, les territoires boisés de Fossambault-sur-le-Lac sont eux aussi en train de changer. Enthousiaste, le promoteur immobilier Dany Morency nous fait visiter le territoire en voiture. En l’espace d’une petite heure, on aura croisé trois groupes d’arpenteurs dans les environs.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Dans certains secteurs de la région, les maisons semblent pousser plus vite que le gazon.

« Il y a de la demande pour ça. C’est sûr que tu fais 40 minutes de plus de voiture par jour, mais les 40 minutes, c’est ça qu’elles te donnent », dit-il en montrant un immense terrain boisé qu’il a acquis. Avant de travailler à Fossambault, M. Morency avait fait du développement immobilier à Stoneham, un autre lieu de villégiature, cette fois au nord de Chauveau. Là aussi, on cherche à combiner confort et proximité avec la nature.

C’est là que Patrick Champagne et ses associés viennent d’implanter une succursale de leur microbrasserie, La Souche, qu’on ne trouvait autrefois qu’au centre-ville de Limoilou. « Dans Limoilou, on n’avait pas de permis industriel. Il fallait trouver un endroit où on pouvait construire une usine d’embouteillage. Et tant qu’à faire, on a décidé d’ouvrir un pub au même endroit, explique-t-il. Nous sommes venus ici parce que c’est beau et qu’il y a de l’espace pour un grand terrain. » Certes, les clients de Stoneham veillent moins tard que ceux de Limoilou, mais le restaurant marche bien, dit-il.

Les préoccupations des électeurs de La Peltrie et de Chauveau


Le casse-tête des garderies

On est ici au pays de ces « jeunes familles » dont les politiciens parlent si souvent ; des électeurs particulièrement sensibles au dossier des garderies. « Dans notre circonscription, il y a beaucoup de jeunes familles, mais pas de places en CPE », déplore Châtelaine Beaudry, résidente de La Peltrie.

Mme Beaudry n’a jamais réussi à avoir de places pour ses enfants. « Mes jumelles, qui ont trois ans, sont 112e et 113e sur la liste d’attente et ma fille, qui rentre bientôt à la maternelle, doit être 20e… »

À défaut de places en CPE, elle s’est tournée vers l’une des garderies en milieu familial privées à proximité. Or l’établissement vient de fermer parce que la propriétaire a déménagé.

Pour elle, les conséquences sont énormes. « Mon conjoint a dû lâcher son emploi parce qu’on n’est pas capables de trouver trois places au même service de garde. Il n’était pas question d’aller mener nos enfants à trois endroits différents chaque matin. »


Les taux de chômage dans les circonscriptions de La Peltrie et de Chauveau

Les circonscriptions de La Peltrie et de Chauveau détiennent le record du plus bas taux de chômage. Ce dernier s’élevait à 3,6 % au moment du recensement de 2016 alors que la moyenne québécoise s’établissait plutôt à 7,2 %. On remarque par ailleurs que 8 des 15 circonscriptions où le taux de chômage est le moins élevé se trouvent à Québec et à Lévis.Source: Données tirées du recencement 2016  Infographie: Le Devoir

Autre enjeu : le tissu social. Coordonnatrice de l’organisme Chantelait, Isabelle Poulin constate que les jeunes mères de la circonscription sont souvent très isolées. « Dans La Peltrie, il n’y a pas assez d’organismes pour desservir la population. Il manque de vie communautaire. »

Chantelait vient en aide aux mères qui ont des difficultés à allaiter, mais sert aussi de lieu de rencontres. L’organisme, qui dessert notamment L’Ancienne-Lorette, ne fournit pas à la demande. « On pense que, parce que ce n’est pas défavorisé, il n’y a pas de besoins. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de besoins pour contrer l’isolement. »

Photo: Catherine Legault Le Devoir Un atelier d’allaitement de l’organisme Chantelait

Un isolement d’autant plus pernicieux que la mobilité est limitée. « Il n’y a pas de transport en commun. Ç’a l’air niaiseux, mais quand le couple a seulement un véhicule et que le conjoint travaille, ça peut devenir compliqué pour la femme de participer à des activités quand il n’y a rien à proximité. Aller dans un organisme ou même aller prendre un café, c’est difficile pour elles. À L’Ancienne-Lorette c’est l’enfer. »

Pétanque et soins de santé

À Québec, c’est dans La Peltrie et Chauveau que les résidents passent le plus de temps dans leur voiture pour aller travailler. Même si la situation ne se compare pas à ce qu’on observe à Montréal, les gens s’en plaignent beaucoup parce que c’est une réalité nouvelle à bien des endroits.

Dans le secteur où réside Philippe Thivierge, des bouchons ont fait leur apparition. Tous les jours depuis des semaines, il y a des policiers à l’heure de pointe à l’angle de la rue Jacques-Bédard et de l’avenue du Lac-Saint-Charles. « Tous les soirs, il y a trois autopatrouilles. Trois policiers pour une période, peut-être, d’une heure, qui font la circulation. » L’élargissement attendu des autoroutes Laurentienne et Henri-IV devrait certes améliorer les choses, note-t-il. Reste à savoir à partir de quand et jusqu’à quel point.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Lise, une retraitée croisée au terrain de pétanque local

Chose certaine, les sites proposés pour un éventuel troisième lien routier entre Québec et Lévis, à l’autre bout du territoire, seraient trop éloignés pour avoir un impact sur le quotidien de M. Thivierge. Des propos entendus également dans La Peltrie.

Par contre, il en va autrement du prolongement de la 40 qui traverserait L’Ancienne-Lorette non loin de secteurs résidentiels et qui occasionnerait notamment du bruit. Là-bas, la qualité de vie est une réalité que les gens n’ont pas envie de perdre.

Lise, une retraitée croisée au terrain de pétanque local, est dans tous ses états quand on lui parle de ce projet. « Ça n’a aucun sens. Ça détruirait tout le quartier. »

Interrogée sur les enjeux de l’élection, elle avait peu de choses à dire. Jusqu’à ce qu’on lui parle de santé. « Les médecins de famille, ça, c’est l’enfer. Moi, j’en ai un, mais je ne suis pas capable de le voir. Je le vois une fois par année, sinon il faut que j’aille au sans-rendez-vous. Ça va parce que je ne tombe pas malade, mais quand même… » Quand elle s’inquiète, elle appelle sa petite-fille de 20 ans. « Elle est en médecine, alors elle m’aide des fois. Ça me sécurise. »

Quand Lise a fondé sa famille, c’est à L’Ancienne-Lorette qu’elle est allée s’installer. « J’ai un grand terrain. Dans ce temps-là, les terrains n’étaient pas chers. » Or c’est beaucoup moins vrai aujourd’hui. C’est d’ailleurs pour cela que les jeunes familles migrent aujourd’hui vers le nord… et estiment que de nouveaux liens routiers sont nécessaires pour lier le centre-ville à la quiétude de la banlieue.
 

 

 

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