L'association libérale de Marquette solidaire de François Ouimet

Le chef du PLQ, Philippe Couillard, et son candidat dans Marquette, Enrico Ciccone
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du PLQ, Philippe Couillard, et son candidat dans Marquette, Enrico Ciccone

À moins d’une semaine du déclenchement des élections, le premier ministre Philippe Couillard doit faire face à la colère de ses militants à la suite de sa décision d’écarter le député François Ouimet au profit d’Enrico Ciccone, dépeint comme l’image du renouveau pour le parti.

« Je ne pourrai pas travailler pour M. Couillard, j’ai perdu assez de respect [pour lui] », affirme Patrick Carroll, président de l’association libérale dans Marquette, en entrevue au Devoir jeudi.

Ce « libéral dans l’âme » accuse le premier ministre de ne « pas avoir tenu parole » en renvoyant François Ouimet, alors que celui-ci avait reçu l’assurance qu’il porterait encore les couleurs du Parti libéral aux prochaines élections. Il lui reproche aussi d’avoir écarté les militants de cette circonscription.

« On était en réunion avec l’association [mercredi soir] quand on a appris [par les médias] qu’il y aurait une annonce de nomination le lendemain à Lachine. Aucun d’entre nous n’était au courant. C’est ce qui a fait déborder le vase. On se disait : “Non seulement notre député, mais nous aussi on se fait tasser.” »

C’est à ce moment que l’association a pris la décision de « soutenir François jusqu’à la fin » et de démissionner en bloc à la fin du présent mandat, explique Patrick Carroll, qui se dit « déçu » de son premier ministre.

« Il m’a déçu sur deux points, poursuit celui qui milite depuis trente-six ans au sein du Parti libéral. Il a oublié l’aspect humain du parti […] et il a oublié ses propres paroles, car il a souvent dit que la force du Parti libéral, c’est ses militants. Mais pour avoir des militants, il faut les respecter. Et là, on s’est fait tasser. »

Il affirme avoir reçu beaucoup d’appels, notamment de membres de l’association nationale du parti. « Ils sont enragés, ils sympathisent avec nous. Et les gens du comté sont choqués, blessés. »

Vote

Selon Patrick Carroll, il y aurait eu d’autres façons de faire, qui auraient permis de faire passer la pilule du départ de François Ouimet, après vingt-quatre ans de loyaux services.

« C’est un manque de respect, totalement [la façon dont on a largué le député Ouimet] ». Ainsi, affirme-t-il, le parti aurait dû rencontrer M. Ouimet depuis longtemps, lui donner l’heure juste et l’aider à réorienter sa carrière et non pas lui faire une telle annonce « avec une batte de baseball quelques heures avant la nouvelle mise en nomination ».

Se faire mettre dehors comme ça après vingt-cinq ans d’expérience, il peut bien pleurer, le pauvre gars. Ce n’est humainement pas correct de faire ça.

 

Est-ce que cela pourrait avoir un impact sur les intentions de vote ? « Je n’en ai aucune idée, on va voir le 1er octobre prochain », répond Patrick Carroll.

Rencontré sur les berges du fleuve Saint-Laurent, tout près du Musée de Lachine, où l’investiture d’Enrico Ciccone s’est déroulée jeudi matin, Jacques Limoges, un militant du PLQ d’une autre circonscription, se dit lui aussi « déçu » du premier ministre.

« Je n’aime pas ça, ça ne va pas l’aider du tout pour les élections », affirme-t-il. Son ami Robert Decoste en rajoute : « Se faire mettre dehors comme ça après vingt-cinq ans d’expérience, il peut bien pleurer, le pauvre gars. Ce n’est humainement pas correct de faire ça. »

Un peu plus loin, sur la piste cyclable, Patrick Gilhooly se dit plus surpris que déçu. « Je ne comprends pas pourquoi on lui retire cette circonscription. Les gens étaient satisfaits, ça fait vingt-quatre ans qu’ils votent pour lui. Tout ça pour rajeunir l’image du parti… »

Investiture

C’est dans ce contexte que le premier ministre Philippe Couillard a présenté jeudi matin Enrico Ciccone, son nouveau candidat vedette dans Marquette.

L’ex-hockeyeur a soutenu qu’il « sympathise énormément » avec le député sortant et affirmé qu’il avait « de grandes pointures à chausser » pour le remplacer. Mais jamais il n’a hésité à porter les couleurs du PLQ dans ce château fort libéral, qu’il n’avait pas demandé et qu’on lui a attribué mardi. « Ça a toujours été difficile, partout où j’ai commencé. Ce n’est pas différent aujourd’hui », a déclaré Enrico Ciccone.

Il dit avoir « tendu la main » à l’association libérale de Marquette, mais comprend aujourd’hui qu’il aura « un défi de plus » à relever pour constituer une nouvelle équipe. « Je ne le prends pas personnel », a-t-il ajouté.

Questionné à son tour sur la démission en bloc de l’association libérale de Marquette, le premier ministre Philippe Couillard se défend bien d’avoir marché sur un nid de guêpes, mais affirme plutôt « ouvrir la porte à l’avenir ».

Je sais que c’est douloureux pour François, ce l’est pour moi aussi. Ce ne sont pas des moments ou des décisions qui sont agréables. Il faut cependant les prendre dans l’intérêt supérieur du parti [...].

 

« Je crois que beaucoup de gens de la circonscription de Marquette — sans minimiser les mérites de M. Ouimet — vont se reconnaître dans ce qu’apporte Enrico : l’image du dynamisme, de la jeunesse, une nouvelle voix en politique, un engagement évident pour la société, pour la jeunesse en particulier. Je crois qu’il y a là un message très fort qui va être bien accueilli par les citoyens de la circonscription de Marquette. »

Le problème, a-t-il expliqué, c’est qu’il y avait trop de bonnes candidatures pour le nombre de circonscriptions disponibles. « Je sais que c’est douloureux pour François, ce l’est pour moi aussi. Ce ne sont pas des moments ou des décisions qui sont agréables. Il faut cependant les prendre dans l’intérêt supérieur du parti pour présenter la meilleure équipe possible à la population. »

Pierre Paradis réintégré

Le député Pierre Paradis réintègre le caucus du Parti libéral du Québec, mais ne sera pas candidat aux prochaines élections. Le premier ministre Philippe Couillard a confirmé ces informations au moment de l’investiture du nouveau candidat Enrico Ciccone dans Marquette. Selon La Presse canadienne, Ingrid Marini est la candidate libérale qui remplacera le député dans Brome-Missisquoi. Le premier ministre, qui parle d’un « épisode douloureux » tant pour le député de Brome-Missisquoi que pour la personne impliquée dans cette histoire, rappelle que, malgré les allégations d’inconduite sexuelles, « rien n’a été reproché à M. Paradis », puisque le Directeur des poursuites criminelles et pénales n’a pas déposé d’accusations. « Les procédures sont allées jusqu’au bout, tout est terminé maintenant, on est dans un État de droit. Pierre Paradis est bienvenu dans notre caucus et je souhaite qu’il participe au moins activement à la campagne électorale dans Brome-Missisquoi. »

10 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 août 2018 04 h 26

    Mailles disjointes...

    Le parti libéral montre ouvertement à qui ne se ferme pas les yeux, à quel point l'humanité des relations et la valeur de la parole donnée sont des notions qui sont absentes de ses prérogatives politiques.
    Pourquoi ne le ferai-il pas, puisqu'il n'a plus rien à perdre et qu'il ne lui reste plus qu'à jouer son va-tout pour éviter l'échec retentissant ?
    Malgré la présence certaine de quelques candidats de réelles valeurs chez les partis indépendantistes du Québec, par absence de projet de société chacun d'eux ne se trouvent-ils pas dans son habituel cul-de-sac en matière électoral ?
    Nous sommes au fond du trou en terme de politique et je crois, l'espoir véritable d'une reconstruction sociale se trouve bien ailleurs que dans les sempiternelles déclarations d'intentions et promesses des uns et des autres.
    Cette élection médiocre qui se déroulera devant nos yeux sera-t-elle le déclencheur d'un mouvement populaire qui deviendra déterminant en qui nous donnant à nous resaisir chacun-chacune ?
    Ou bien le sommet de notre molesse individuelle et collective est-il encore à venir ?
    Je n'en sais rien, ne suis pas devin. Mais cela ne m'empêchera certainement pas personnellement de persister à lutter, que ce soit l'une ou l'autre de ces deux perspectives qui se présente et qui que ce soit réussit à passer au travers des mailles disjointes du filet des droits démocratiques de notre peuple...

    Vive le Québec libre !

  • Gilles Tremblay - Inscrit 17 août 2018 04 h 49

    Yes Sir!

    En ce moment de grâce qui nous est offert, j'invite tous les membres du Parti Libéral à suivre l'exemple de ceux et celles qui s'opposent au despotisme politique du Parti Libéral, Canada et Québec, à démissionner de ce foutue parti qui détruit les souches du Québec.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 août 2018 07 h 52

    Bref !

    « Le problème, a-t-il expliqué, c’est qu’il y avait trop de bonnes candidatures pour le nombre de circonscriptions disponibles. » (Jessica Nadeau, Le Devoir)

    Tout-à-fait !?!

    Avec ce genre « heureux » (?!?) du-dit problème, on-dirait qu’il demeure plus facile de tasser que de retenir ce dont s’exerce le choix, et ce, avec ou sans considération politique voire sociale et économique !

    Qu’importe sa « légitimité », tout chef de formation politique est appelé à rendre des décisions difficiles, des décisions susceptibles de faire jaser ben du monde d’autant plus que certaines d’entr’elles peuvent être audacieuses, inusitées, inhumaines, hélas !?!

    Bref ! - 17 août 2018 -

  • Gilles Delisle - Abonné 17 août 2018 08 h 08

    Le Bon, la Brute, et le Truand

    Entre le député sortant de Marquette qui nous a servi une scéance de braillage, et un sportif tombé d'on ne sait où, les électeurs devront choisir! On juge un député par ses réalisations pour les gens de son comté et par son apport à la société québécoise. Que doit-on retenir des 24 années de service du député sortant? Qu'on me le dise. Ce qu'on sait cependant, c'est qu'il aura droit à une confortable retraite payée par l'ensemble des gens de ce pays pour services rendus!!! Encore une fois , les électeurs auront droit à un candidat libéral qui aurait frappé à une autre porte avant de rejoidre les Libéraux! Enfin, grand retour de P.Paradis, on est content....mais surtout de savoir qu'il ne sera pas candidat!

    • Gilles Théberge - Abonné 17 août 2018 09 h 54

      Je suis intégralement d’accord avec votre opinion, surtout, mais pas exclusivement, avec la dernière au sujet de Paradis. Le fait de savoir qu’il ne sera pas candidat, c’est un soulagement !

  • William Dufort - Abonné 17 août 2018 08 h 11

    Libéral indépendant

    Si L'Association libérale de Marquette est aussi outrée que le dit son président, elle pourrait soutenir la candidature de M. Ouimet comme candidat Libéral-indépendant. Battre un ancien goon de hockey qui a menti le jour même de son investiture ne devrait pas être si difficile que ça dans un comté comme Marquette, non?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 août 2018 11 h 31

      "M. Ouimet comme candidat Libéral-indépendant" ? Bonne idée.

      Quant à moi, j'ai regardé Couillard dans les yeux, sans lui serrer la main, et je lui ai dit: "Jamais je ne voterai pour le parti libéral PLQ"