Couillard se défend d’avoir trahi son député François Ouimet

Le premier ministre Philippe Couillard dément avoir sacrifié le député libéral François Ouimet sur l’autel du «renouveau».
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard dément avoir sacrifié le député libéral François Ouimet sur l’autel du «renouveau».

C’est pour ne plus compter en ses rangs le doyen de l’Assemblée nationale et pour mieux attaquer le chef caquiste, François Legault, sur son ancienneté en politique que le Parti libéral du Québec (PLQ) a écarté son vétéran François Ouimet, a avancé ce dernier mercredi.

« Si je ne suis pas sur les rangs pour l’élection, François Legault devient le doyen de l’Assemblée nationale. Alors, on peut imaginer qu’il y a eu de forts jeux de coulisses pour atteindre cet objectif », a laissé tomber le député libéral de la circonscription de Marquette.

Dans un point de presse qu’il a dû interrompre à quelques reprises pour ravaler ses larmes, l’élu montréalais a déclaré avoir été sacrifié sur l’autel du « renouveau » tant convoité par le PLQ.

Photo: Capture d'écran Assemblée nationale François Ouimet a dû interrompre son point de presse à quelques reprises pour ravaler ses larmes mercredi.

« Ça n’a aucun rapport, même de proche », a répliqué le premier ministre, Philippe Couillard. « Ce n’est pas une considération », a-t-il ajouté, se gardant d’affirmer que François Ouimet avait menti. « Franchement, ce serait tellement cynique de prendre une décision semblable sur cette base-là. Maintenant, est-ce que M. Legault est lui aussi dans la politique depuis longtemps ? Eh bien, oui. C’est un élément, mais ce n’est pas un élément majeur », a-t-il attesté.

Place à Enrico Ciccone

François Ouimet a été élu pour la première fois en 1994, à l’instar des libéraux Jean-Marc Fournier et Geoffrey Kelley. Depuis l’annonce du retrait de la vie politique de ces deux derniers — et vu l’incertitude planant sur l’avenir politique du libéral devenu indépendant Pierre Paradis — il était donc celui, dans les rangs libéraux, à avoir fait son entrée à l’Assemblée nationale il y a le plus longtemps.

Pour le remplacer dans le château fort de Marquette, le PLQ mise sur l’ex-hockeyeur professionnel Enrico Ciccone, ont confirmé des sources au Devoir. La candidature de celui qui a brièvement porté les couleurs du Canadien de Montréal doit être confirmée jeudi.

Avec Enrico Ciccone, le PLQ se retrouve à rajeunir sa candidature dans Marquette de dix ans. Mais « le renouveau, ce n’est pas juste une question d’âge », a fait valoir Philippe Couillard. « Le renouveau, ce sont de nouvelles personnes qui n’étaient pas dans l’action politique auparavant », a-t-il lancé en se tournant vers son collègue Carlos Leitão, élu une première fois en 2014, à l’âge de 58 ans.

Couillard est revenu sur son engagement

L’investiture libérale dans Marquette, initialement prévue mercredi, avait été annoncée par le PLQ le 18 juillet. « Vous savez, ma photo a été prise il y a deux ou trois semaines », a rappelé François Ouimet.

En mai, le premier ministre lui a donné l’assurance qu’il serait encore une fois le candidat libéral dans cette circonscription, a-t-il ajouté. « [Il] m’a regardé dans les yeux, m’a serré la main et m’a réitéré sa confiance de vive voix, en mai dernier, en me disant : “Inquiète-toi pas, je ne te jouerai pas de tour, je vais signer ta lettre de candidature.” Je me suis fié à sa parole », a-t-il relaté.

[Il] m’a regardé dans les yeux, m’a serré la main et m’a réitéré sa confiance de vive voix, en mai dernier, en me disant : “Inquiète-toi pas, je ne te jouerai pas de tour, je vais signer ta lettre de candidature.” Je me suis fié à sa parole.

Mercredi matin, lors d’une « conversation brève » au téléphone, « j’ai compris que la parole donnée au mois de mai ne tenait plus », a-t-il laissé tomber.

Le premier vice-président de l’Assemblée nationale, qui n’a jamais été à la tête d’un ministère, s’est résigné à tourner la page sur la vie politique.

Les révélations entourant sa mise à l’écart ont tout de suite fait réagir la Coalition avenir Québec. « M. Couillard l’a regardé dans les yeux, lui a serré la main et lui a assuré qu’il serait candidat aux prochaines élections. Aujourd’hui, tous les Québécois peuvent s’interroger sur la valeur de la parole de Philippe Couillard », a déclaré le député Simon Jolin-Barrette. « Comment voulez-vous que les Québécois fassent confiance à Philippe Couillard après [qu’il a] renié sa parole de la sorte [envers] un de ses propres députés ? » a-t-il demandé.

Philippe Couillard s’est défendu d’avoir trahi son député, soulignant les circonstances difficiles entourant la mise à l’écart de son collègue. « Ma parole vaut beaucoup. […] Et d’ailleurs, les gens qui travaillent avec moi savent que je suis un homme de parole », a-t-il assuré.

« Je veux réaffirmer mon affection pour François et mon respect pour son travail de député, a-t-il insisté. Ce n’est pas ça qui est en cause ici. C’est la nécessité pour moi, comme chef de parti, de présenter une équipe qui est à la fois expérimentée et la plus renouvelée possible. »

Selon sa version des faits, « c’est le goulot d’étranglement des candidatures potentielles et réelles » qui a contraint son parti à écarter son député vétéran. « On a beaucoup plus de candidats de très grande qualité que de circonscriptions disponibles », a expliqué le chef libéral, soulignant que la décision prise à l’égard de François Ouimet allait laisser « des cicatrices qu’on porte dans son coeur ».

28 commentaires
  • Maryse Lafleur - Abonnée 16 août 2018 01 h 02

    Surprise?

    Honnêtement, pourquoi serions-nous surpris?
    Monsieur Couillard n'a pas respecté ses promesses électorales aux dernières élections.
    Il a toujours eu des problèmes relationnels avec les membres de son caucus.
    Il n'a jamais fait preuve de sensibilité ni d'humanisme.
    Il semble n'avoir pas su choisir ses stratèges.
    Qu'attendre d'un homme pour qui l'équilibre budgétaire passe avant les besoins (pas les caprices!) des plus nécessiteux?

    • Marguerite Paradis - Abonnée 16 août 2018 07 h 06

      Il faut rester « surprise » madame Lafleur, sinon cela justifie les décisions et les comportements sinistres de nos représentant.e.s, en d'autres maux cela les « dédouanes » de toute éthique.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 16 août 2018 08 h 43

      Et j'ajouterais Mme Lafleur, toutes les choses que Philippe Couillard , n'a pas dites lors de la campagne en 2014, cachées sous le nom de «Vraies affaires»: soit l'austérité qu'il a imposée au détriment de plus vulnérables (certainement pas au détriment de Bombardier, on s'entend) et sa réingénirie dans la santé, ingénierie imposée aux régions (qui se souvient de la colère de représentants régionaux après la réingénierie des CLD et autres?).
      Philippe Couillard parle de la nécessité de présenter une équipe expérimentée: peut-on me dire quelle expérience parlementaire et politique M. Ciccone aurait acquise sur la glace??? C'est Couillard, point!

    • David Cormier - Abonné 16 août 2018 13 h 46

      @Madame St-Amour

      Ajoutez à cela que Couillard et les libéraux grimpaient dans le rideaux lorsque le PQ parlait en campagne d'une légère hausse du tarif des CPE, pour aller passer une augmentation scandaleuse par la suite et privilégier - comme d'habitude - le réseau privé pendant leurs 4 années de mandat. Aussi, les libéraux médecins et leur super équipe économique n'ont pas annoncé en campagne leur intention d'offrir des hausses de salaire scandaleuses aux copains docteurs de leur clique.

      Enfin, je gage 100 $ que Ciccone s'avérera un total amateur et qu'il se plantera solide durant la campagne ou après et que Couillard aura l'air fou avec l'appui à ce candidat. Déjà que l'association de la circonsription (de bons libéraux de longue date) n'appuie pas cette candidature.

    • Robert Beauchamp - Abonné 16 août 2018 14 h 32

      Et qu'en pense son directeur de campagne vedette? Son dragon rouge? Belle démonstration...Mêmes valeurs partagées? Ça en dit long.

  • Marie Nobert - Abonnée 16 août 2018 02 h 11

    Celui qui ment est indigne. Point barre.

    Maintenant. Devinez qui a dit: «Ma femme est économiste de formation, je lui ai dit: c'est à ton tour, va travailler, je reste à la maison pour élever notre gars...». Ben oui! c'est Rico. Misère.

    JHS Baril

  • Jacques Morissette - Abonné 16 août 2018 03 h 37

    Le parti Libéral devient la marque exclusive, de Philippe Couillard.

    J'ai entendu Philippe Couillard dire à ce propos: "C'est pour les intérêts supérieurs du Québec". Il s'est trompé. Il aurait dû dire: "C'est pour les intérieurs supérieurs du parti Libéral." M. Ouimet était quelqu'un qui faisait bien son travail de député envers la population qu'il desservait, mais ne semblait pas avoir l'esprit très partisan. (Selon les commentaires des journalistes Denis Lessard et Sébastien Bovet, hier à 24/60.)

    Mon p' tit doigt me dit que celui qui remplacera M. Ouimet, lui, sera un chaud partisan et pas mal sûr aussi, un vrai soldat pour défendre les intérêts supérieurs, non pas du Québec, mais du parti Libéral. Il faudrait demander ce que sont les intérêts supérieurs du parti Libéral, sinon ceux du parti Libéral encore et encore au pouvoir et, le plus important, selon la marque exclusive, "Best Global Brand", de Philippe Couillard.

  • Robert Beauchamp - Abonné 16 août 2018 07 h 16

    Clientélisme et partisannerie

    Ce changement de la garde au-delà de la parole trahie cache un clientélisme honteux, celui entre autre de nommer un candidat d'origine italienne à Laval.
    Voilà le sens du multiculturalisme du PLQ. Attendons voir les autres candidatures des comtés sûrs.

  • William Dufort - Abonné 16 août 2018 07 h 29

    Outre la question, importante sans aucun doute, de la valeur de la parole de M. Couillard, je ne comprends pas pourquoi le PLQ tasse un député loyal bien que très discret pour offrir un comté sûr à un ancien joueur de hockey qui ne semble pas avoir d'autre talent connu. N'est-il pas usuel et plus rentable politiquement d'offrir ce genre de comté à une recrue vedette, ministrable sans le ou la soumettra au risque de perdre son élection?

    • David Cormier - Abonné 16 août 2018 09 h 01

      C'est parce que des recrues vedettes ministrables, le QLP n'est pas capable d'aller en chercher en ce moment. Tous les opportunistes se lancent à la CAQ. Je souhaite juste que Chicone, qui n'est pas le plus grand orateur, se plante solide et fasse une grosse gaffe qui ridiculise Couillard.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 août 2018 10 h 12

      C'est peut-être que les candidats ministrables ne se bousculent pas aux portes d'un parti dont les chances de former le prochain gouvernement sont plutôt faibles.