ALENA: la gestion de l’offre sans les compromis?

Raymond Bachand est le négociateur en chef de l’ALENA pour le Québec.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Raymond Bachand est le négociateur en chef de l’ALENA pour le Québec.

Le message a été le même, lundi, du Vermont à l’Île-du-Prince-Édouard : le Québec et le Canada ne sacrifieront pas le système de gestion de l’offre dans le cadre de la renégociation de l’ALENA.

De l’Atlantique, le premier ministre, Justin Trudeau, a attesté au micro de CBC qu’il n’avait « absolument pas » l’intention de renoncer à ce mécanisme de contrôle des prix.

De Stowe au Vermont, où il se trouve pour la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada, le négociateur en chef de l’ALENA pour le Québec, Raymond Bachand, a servi le même message.

« Oui », il est possible de conclure un accord en maintenant la gestion de l’offre, a-t-il attesté. « La position canadienne est très, très claire, et même les Américains ne demandent plus l’abolition de la gestion de l’offre », a-t-il ajouté. Et d’ailleurs : « On se rend compte qu’aux États-Unis, il n’y a pas un seul gouverneur qui a demandé la fin de l’ALENA, comme il n’y a pas un seul sénateur [qui l’a fait] », a-t-il souligné.

Face à une « Maison-Blanche très particulière » — comme l’a qualifiée Raymond Bachand —, les approches effectuées par les Canadiens auprès des élus locaux se révèlent jusqu’ici plus fructueuses, ont observé les gouverneurs et premiers ministres présents. « C’est pourquoi c’est aussi important, pour nous, d’avoir ce type d’événements. Nous ne contrôlons peut-être pas ce que dit Washington, mais nous contrôlons ce que nous disons et faisons », a résumé le gouverneur républicain du Vermont, Phil Scott.

Le premier ministre Philippe Couillard a reconnu que le président américain, Donald Trump, a rendu les relations entre le Québec et les États-Unis « plus fragiles ». « Nous ne nous attendions pas à ce type de relation de la part de notre ami, notre allié, notre voisin », a-t-il admis lors de la conférence de clôture de sa rencontre avec ses homologues américains et de l’Atlantique. « Mais je fais une distinction entre [l’approche de Donald Trump] et ce que je vois ici, autour de la table », a-t-il précisé.

Au terme de cette rencontre qui a mené au timide engagement d’« échanger de l’information » et d’« envisager des stratégies pour aider à optimiser les résultats d’un accord de libre-échange américain renouvelé », les élus ont refusé de s’avancer sur la mise en place d’un « plan B » advenant l’échec des négociations sur l’ALENA. « Je pense que tout le monde est sur la direction d’un renouvellement, d’une modernisation nécessaire. [C’est] le meilleur plan. On ne peut pas faire reculer le continent », a déclaré Philippe Couillard. Le gouverneur républicain du Massachusetts, Charlie Baker, a déclaré que de passer « 25 ans sans renouveler un accord », c’était « probablement assez ».

Quels compromis ?

Les élus n’ont cependant pas osé s’avancer sur les concessions que pourrait faire le Canada pour assurer la sauvegarde de la gestion de l’offre. « Nous devons reconnaître que les deux pays soutiennent leur agriculture, mais le font de manière différente », a martelé Philippe Couillard, en faisant référence aux programmes américains de subventions.

Raymond Bachand a répété le même message lors d’un panel sur l’ALENA. « Mais sur quels aspects allez-vous faire des compromis ? », a répliqué la chef de la direction du Conseil canadien des affaires américaines, Maryscott Greenwood. « Si ce n’est pas la gestion de l’offre, qu’est-ce que ce sera ? », a demandé l’ex-membre du gouvernement Clinton. « Vous n’offrez rien d’intéressant. Il [le président Trump] va augmenter les tarifs tant que vous ne le ferez pas », a-t-elle prédit.

Mais sur quels aspects allez-vous faire des compromis ? Si ce n’est pas la gestion de l’offre, qu’est-ce que ce sera ? Vous n’offrez rien d’intéressant. Il [le président Trump] va augmenter les tarifs tant que vous ne le ferez pas.

Dans un gazouillis envoyé vendredi, Donald Trump a menacé le Canada d’imposer de nouveaux tarifs douaniers sur les automobiles. « Les discussions avec le Mexique avancent bien. […] Le Canada doit attendre », a-t-il aussi écrit.

Raymond Bachand ne s’est pas montré inquiété par les propos du président, ni même par la tenue de rencontres bilatérales entre les États-Unis et le Mexique depuis quelques semaines. « Le Canada n’est pas mis à l’écart », a-t-il insisté. « Sur l’automobile, [le Canada et les États-Unis ont] les mêmes intérêts. […] Ce qui va être convenu va convenir au Canada », a-t-il assuré.

Couillard d’accord avec Taillefer sur les impacts qu’aurait un gouvernement de la CAQ

Alexandre Taillefer n’exagère pas lorsqu’il avance que l’élection d’un gouvernement caquiste mènerait à « une détérioration de la paix sociale », croit le premier ministre Philippe Couillard. « Non », a répondu le chef libéral, lorsque des journalistes lui ont demandé si le spectre d’une crise sociale évoquée par le président de campagne de son parti était exagéré. « Il faut parler de politique ensemble et débattre », a-t-il suggéré. « Je continue de dire que M. Legault doit expliquer ses politiques », a-t-il insisté, sans se risquer à nommer de propositions caquistes pouvant mener à la « détérioration de la paix sociale », évoquée dimanche par Alexandre Taillefer dans un entretien avec La Presse canadienne. Lors d’une rencontre avec Le Devoir en mai, le président de campagne du Parti libéral avait aussi fait état de ses inquiétudes lorsqu’il avait envisagé la possibilité que François Legault prenne le pouvoir au lendemain de l’élection du 1er octobre. Il s’était dit « horripilé » par l’« incarnation des valeurs libertariennes » que représente à son avis la CAQ. « Si la CAQ gagne un gouvernement majoritaire, je pense que le Québec va connaître une autre révolution », avait-il avancé. « Si la CAQ rentre, ce ne sera pas une révolution tranquille. »