La parité prend forme à Québec

Depuis l’élection d’une première femme à l’Assemblée nationale en 1961 (Marie-Claire Kirkland-Casgrain), il n’y a jamais eu plus de 32 % d’élues à Québec.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Depuis l’élection d’une première femme à l’Assemblée nationale en 1961 (Marie-Claire Kirkland-Casgrain), il n’y a jamais eu plus de 32 % d’élues à Québec.

Si les quatre partis présents à l’Assemblée nationale doivent encore nommer près de 120 candidats pour les élections du 1er octobre (soit le quart de leurs effectifs), un seuil a déjà été franchi : il y a à ce jour plus de femmes investies candidates que lors de toutes les récentes élections passées.

Selon une nouvelle mise à jour du projet Vigie parité, que Le Devoir mène depuis le 8 mars, il y a présentement 46 % de candidates parmi les 377 personnes qui ont été officiellement investies par l’un des quatre partis.

 

 

En nombre absolu, cela donne 174 femmes actuellement sur les rangs. Or, selon les données transmises par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), elles étaient 170 ou 171 lors de chacune des trois dernières élections (sur un bassin de 500 candidats).

Si la tendance actuelle se maintient — et les quatre partis impliqués le laissent entendre —, il y aura donc près d’un tiers de candidates de plus que dans le passé. « C’est déjà un pas important vers l’avant, un bond énorme », estime Thérèse Mailloux, présidente du Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD).

La Vigie parité montre que chaque parti a été constant dans ses efforts. Depuis les débuts de ces recensions, Québec solidaire (QS, 53,2 % de candidates en date de lundi) et la Coalition avenir Québec (CAQ, 47,9 %) flirtent avec une égalité pure. Le Parti libéral du Québec (PLQ, 42,7 %) et le Parti québécois (PQ, 38,5 %) sont quant à eux plus près du plancher de ce qu’est la zone paritaire, qui débute à 40 %.

François Legault est celui qui a la plus grande marge de manoeuvre pour atteindre des objectifs précis en matière de candidatures : c’est lui seul qui choisit les candidats de la CAQ. Les autres partis laissent leurs membres décider par l’entremise d’assemblées d’investiture.

Être élue

Mais si les données actuelles sont encourageantes aux yeux de Thérèse Mailloux, elles ne sont qu’une première étape, rappelle-t-elle. « Il y a la proportion de candidates, mais il y a surtout la proportion d’élues. C’est ce qui sera le plus important. »

Depuis l’élection d’une première femme à l’Assemblée nationale en 1961 (Marie-Claire Kirkland-Casgrain), il n’y a jamais eu plus de 32 % d’élues à Québec. C’était en 2012. Elles sont présentement 29 % à siéger au Parlement.

« Ce sera important de voir [quand tous les candidats auront été nommés] si les candidates ont été placées dans de bonnes circonscriptions — et si, donc, elles ont une réelle chance de victoire », dit Mme Mailloux. « Le pourcentage des candidatures des quatre partis est un indicateur, mais c’est sûr que Québec solidaire fait monter la moyenne de manière un peu artificielle. »

En se basant sur Qc125.com (un modèle statistique de projection électorale), GFPD estime pour le moment qu’il pourrait y avoir environ 40 % d’élues. « Il reste quelques circonscriptions sûres à combler pour le PLQ et la CAQ, note-t-elle. Les dernières décisions [de candidatures] seront importantes. »

Promesses

En écho à une discussion sociale plus large, la question de la place des femmes en politique a été très présente dans le débat politique des derniers mois. GFPD, le Conseil du statut de la femme et le Comité des femmes de l’Amicale des anciens parlementaires ont tous soumis des propositions pour inciter — et parfois forcer — les partis politiques à présenter au moins 40 % de candidates.

Un sondage mené par Léger pour Le Devoir en avril montrait pour sa part que 69 % des répondants pensent que les « partis politiques devraient avoir autant de femmes que d’hommes parmi leurs candidats ».

Les quatre grands partis présents à Québec ont emboîté le pas en promettant tous qu’ils atteindraient la zone paritaire dans leur bassin de candidature. Et tant Francois Legault — favori dans les sondages — que Jean-François Lisée se sont engagés à composer un Conseil des ministres paritaire s’ils sont élus. C’est une promesse aussi ancrée dans le programme des solidaires.

Quant à Philippe Couillard, il avait évoqué en mars le fait qu’il pourrait former un jour un Conseil des ministres majoritairement féminin. Mais en attendant, disait-il, « on veut les meilleures personnes ».

Course

Si le nombre de candidats qui n’ont pas encore été nommés demeure important à quelques jours du début de la campagne, les partis affirment que le travail sera terminé à temps… ou presque. « C’est notre objectif d’avoir les 125 candidats pour le 23 août, disait lundi Thomas Verville, attaché de presse de la CAQ. Mais est-ce que tout sera terminé ? Je ne peux pas le garantir. »

Au PLQ (où il manque 36 candidats), on indique qu’il « y a plusieurs investitures qui vont se tenir dans les prochains jours ». Le PQ, qui doit encore confirmer 42 candidats, mentionne « que plusieurs assemblées sont prévues avant le 23, et quelques autres après. Mais le processus sera complété au tournant du déclenchement ». QS est à 15 candidats du but.