Immigration: «Les affaires doivent se faire en français»

Québec offre depuis jeudi un «visa
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Québec offre depuis jeudi un «visa "start-up"».

Les partis d’opposition jugent que le gouvernement Couillard n’adopte pas la bonne approche avec le nouveau « visa start-up », mais pour des raisons différentes.

Alors que le Parti québécois (PQ) estime que les entrepreneurs immigrants devraient apprendre le français avant d’immigrer, la Coalition avenir Québec (CAQ) est quant à elle d’accord avec le fait d’accueillir des non-francophones, à condition de rendre leur francisation obligatoire par la suite. De son côté, Québec solidaire ne voit tout simplement pas l’utilité du programme.

Depuis jeudi, l’un des volets du « programme des entrepreneurs » réformé par le gouvernement Couillard permet à des entrepreneurs étrangers associés à un accélérateur, un incubateur ou un centre universitaire d’entrepreneuriat d’immigrer au Québec pour y développer leur entreprise en démarrage.

Les critères d’admission du « visa start-up » font en sorte qu’un non-francophone peut se qualifier sans peine.

Québec fait valoir que les entrepreneurs seront accompagnés après leur arrivée pour favoriser « leur établissement durable, en français, au Québec », tandis que des acteurs de l’écosystème start-up québécois soulignent qu’il faut ouvrir la porte aux non-francophones pour attirer les meilleurs entrepreneurs et concurrencer les autres grandes villes canadiennes comme Toronto ou Vancouver.

Connaissance requise

Au PQ, la porte-parole en matière d’immigration et de diversité, Catherine Fournier, soutient que les entrepreneurs étrangers qui souhaitent immigrer au Québec mais ne parlent pas français devraient l’apprendre en suivant des cours avant leur arrivée.

« Notre proposition, c’est que la connaissance du français soit une condition préalable à l’obtention d’un certificat de sélection du Québec [le document requis pour faire une demande de résidence permanente au gouvernement fédéral] parce qu’on considère que c’est toujours une condition de succès de l’intégration au Québec que de savoir parler français avant d’arriver. »

« Quand on considère qu’au Québec, les affaires doivent se faire en français, je pense que c’est juste cohérent de demander que les gens qui viennent ici pour créer des entreprises puissent avoir au minimum une connaissance de la langue », ajoute-t-elle.

Francisation obligatoire

Du côté de la CAQ, le député de Borduas et porte-parole en matière de justice, Simon Jolin-Barrette, croit que le Québec doit ouvrir la porte aux non-francophones « pour aller chercher les meilleurs candidats possible », tout en rendant la francisation obligatoire.

« Les libéraux ont accueilli des candidats qui ne parlaient pas français, mais ils n’ont pas réussi à les franciser parce que les programmes de francisation ne sont pas adaptés, dit-il. Ce qu’on veut faire, c’est obliger les immigrants à se franciser, en donnant davantage de ressources aux immigrants et aux entreprises. »

La CAQ propose d’abaisser de 50 000 à 40 000 le nombre d’immigrants accueillis chaque année — de manière « temporaire et transitoire » — afin d’améliorer l’intégration et la francisation. Un immigrant qui échouerait à un test de connaissance du français après trois ans ne pourrait pas obtenir le certificat nécessaire pour effectuer sa demande de résidence permanente à Ottawa.

Deux catégories d’immigrants

Chez Québec solidaire, le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois estime que le nouveau « visa start-up » crée deux catégories d’immigrants.

« Je ne comprends pas pourquoi on dirait par exemple à une infirmière africaine qui souhaite immigrer au Québec : “Partez-vous une start-up, ça va être plus facile si vous ne parlez pas français.” Je ne comprends pas la logique derrière ça. »

« On ne peut pas faire des programmesà la pièce comme ça. Il faut une réflexion plus générale et surtout des mesures réelles pour permettre l’intégration des nouveaux arrivants au Québec, dit-il. Parce que sur ce plan-là, les libéraux, c’est un échec total. »