Les dentistes se retirent du régime public

«30 jours, c’est une période très, très, très suffisante pour être capables d’en arriver à une entente», insiste le président de l’ACDQ, le Dr Serge Langlois.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «30 jours, c’est une période très, très, très suffisante pour être capables d’en arriver à une entente», insiste le président de l’ACDQ, le Dr Serge Langlois.

Personne ne veut desserrer les mâchoires dans les négociations entre Québec et les dentistes, au contraire: le bras de fer s’intensifie dans une escalade de coups de force.

D’un côté, l’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) a mis sa menace à exécution jeudi et a déposé officiellement une première liasse de 2000 formulaires de dentistes se retirant du régime public de soins dentaires aux bureaux de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Pour s’assurer d’être bien compris, les dentistes en ont aussi fait livrer une copie au bureau du premier ministre Philippe Couillard par huissier.

En vertu des procédures en place, leur retrait du régime public surviendra 30 jours plus tard, soit le 25 août, ce qui devient donc la date butoir pour que les négociations débloquent.

« 30 jours, c’est une période très, très, très suffisante pour être capables d’en arriver à une entente », a insisté le président de l’Association, le Dr Serge Langlois.

« Mais pour cela, il faut que [le ministre de la Santé, Gaétan] Barrette mette fin à son attitude », a-t-il affirmé.

Mais c’était peine perdue; avant même ce dépôt, le bureau du ministre Barrette faisait savoir jeudi matin par voie de courriel qu’un arrêté ministériel en vue d’imposer une loi spéciale serait signé « afin d’assurer la couverture des services, lorsque nous aurons reçu les avis de retrait du régime public ».

Mardi, les dentistes demandaient au premier ministre Couillard de s’interposer dans le dossier, reprochant au ministre Barrette d’entretenir un climat de répression et d’intimidation.

Le Dr Langlois, déjà au fait de l’intention du ministre d’y aller avec une loi spéciale, a répliqué que « ce n’est pas par l’intimidation qu’on règle les problèmes. »

« Quand on arrive avec une loi spéciale, je ne pense pas qu’on améliore la situation », a-t-il laissé tomber.

Ton acariâtre

Le ton est extrêmement acariâtre entre les parties.

Mardi, l’Association avait reproché au ministre de faire de la désinformation autour des négociations et le ministre Barrette avait répliqué que celle-ci « véhicule des messages erronés » et avait pressé les dentistes de présenter une liste de demandes priorisées.

Jeudi, le Dr Langlois a déclaré que le ministre Barrette « feint d’ignorer que ces demandes ont déjà été priorisées » et accuse le ministre d’agir ainsi pour « forcer les dentistes à faire à sa place les choix odieux qui relèvent de sa seule responsabilité ».

L’entente actuelle entre l’Association des chirurgiens dentistes du Québec et le gouvernement est échue depuis avril 2015. Elle prévoit que les soins dentaires des enfants âgés de moins de 10 ans et des prestataires d’aide sociale soient couverts par l’État.

Un retrait massif des dentistes priverait ainsi dans un mois quelque 620 000 personnes de soins dentaires gratuits, sauf dans les situations d’urgence.

Le président de l’Association, Serge Langlois, reproche au ministre Barrette de vouloir imposer une baisse de rémunération à ses membres, dont le revenu moyen se situe autour de 180 000 $ par année.