Philippe Couillard envisage une récession mondiale

De gauche à droite, le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, en compagnie de ses homologues de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, du Québec, Philippe Couillard, et du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne De gauche à droite, le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, en compagnie de ses homologues de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, du Québec, Philippe Couillard, et du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, craint de voir le président des États-Unis, Donald Trump, provoquer une récession mondiale.

« Moi, je suis inquiet par rapport au comportement de M. Trump. Il a la capacité compte tenu du pouvoir qu’il a et du pouvoir d’influence des États-Unis de pousser progressivement le monde vers une récession. Il faut être conscients de ça », a-t-il déclaré à quelques heures du coup d’envoi de la rencontre estivale des premiers ministres des provinces et des territoires.

M. Couillard redoute par-dessus tout l’éclatement d’une « guerre commerciale » entre les États-Unis et la Chine dans la foulée des « escarmouches » qui se sont produites entre les « deux géants » au fil des dernières semaines. « Et, les effets collatéraux de ça sont inévitables pour l’économie mondiale », a-t-il averti dans une mêlée de presse mercredi avant-midi.

Les propos du premier ministre surviennent trois semaines après ceux de son ministre des Finances, Carlos Leitão, selon lequel il évaluait à 33 % la probabilité d’une guerre commerciale. Un tel événement entraînerait une récession mondiale, avait-il dit lors d’une conférence téléphonique. « L’économie mondiale est de plus en plus intégrée. Les grands organismes internationaux, le FMI, l’OCDE, les banques centrales : tout le monde est conscient de ces risques », selon M. Leitão.

Mesures palliatives

Même si, « jusqu’à maintenant, l’économie résiste assez bien », le chef du gouvernement s’engage à mettre au point un « plan d’action » visant à augmenter la productivité et les investissements des entreprises et à soutenir les travailleurs, et ce, d’ici la mi-août. « C’est un peu comme si on disait à M. Trump : “Ben oui, continuez vos tarifs, nous, on va produire encore plus, encore de meilleure qualité et à meilleur coût, puis on va gagner” », a-t-il résumé à la presse. « Il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit : les emplois se maintiennent, les revenus de l’État se maintiennent, l’optimiste des entreprises se maintient. Ce qu’on ne voit pas : les investissements qui sont retardés ou même annulés. »

M. Couillard a plaidé en faveur d’un accroissement des échanges interprovinciaux au Canada, qu’il voit comme une « solution de rechange » ou une « compensation » parmi d’autres au rétrécissement du marché américain. « Les axes d’échanges, qui ont beaucoup été nord-sud au cours des dernières années, risquent de devenir est-ouest, notamment les chaînes d’approvisionnement des entreprises », a-t-il fait valoir en route vers le en Conseil de la fédération.

Pour y arriver, les premiers ministres provinciaux et territoriaux, qui se réunissent cette semaine à Saint Andrews, au Nouveau-Brunswick, doivent, selon lui, uniformiser leurs « normes » régissant certains secteurs-clés : le camionnage et la construction par exemple. « On doit travailler ensemble pour les amenuiser [ces] obstacles non tarifaires », a-t-il insisté.

Philippe Couillard convient toutefois qu’une augmentation des échanges interprovinciaux ne saurait pallier la perte de débouchés aux États-Unis pour les produits québécois. « Le marché américain est tellement énorme. »

C’est pourquoi M. Couillard ambitionne aussi de participer à des tournées avec ses homologues provinciaux et territoriaux aux États-Unis afin de sensibiliser les élus et non-élus aux impacts économiques d’une résiliation en tout ou en partie de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « Il faut montrer un front uni », a-t-il conclu.