Bons coups et ratés des quatre chefs

Philippe Couillard

Les bons coups

« On s’est donné les moyens », répète Philippe Couillard depuis le retour à l’équilibre budgétaire, en mars 2016.

L’économie restera le point fort de son mandat, au cours duquel la cote de crédit du Québec a été augmentée pour surpasser celle de l’Ontario et le taux de chômage a diminué, chutant à 5,4 % en mai.

À l’approche de l’élection, le chef libéral joue à fond la carte de la « stabilité économique ».

Mais dans un contexte où « l’économie va bien », comme le martèle le gouvernement, le défi pour les libéraux sera de convaincre les électeurs de ne pas profiter de l’embellie pour prendre le risque du changement.

Autre bon coup : la gestion sereine du dossier du cannabis, que le premier ministre a confié à la ministre Lucie Charlebois.

Les coups durs

Philippe Couillard a tenté de convaincre les Québécois que son parti incarne le changement dans la continuité. Une stratégie floue, couplée de tentatives de faire croire au « renouveau » du Parti libéral, dans un contexte où plus du quart de son caucus a jeté l’éponge à l’approche de l’élection.

L’étiquette « progressiste » accolée au parti par son directeur de campagne, Alexandre Taillefer, a aussi été reçue avec scepticisme. Sera-t-elle payante face à la CAQ, qui a plutôt tendance à attaquer les libéraux par la droite ?

Autres coups durs : la tentative d’attaquer la CAQ sur les enjeux de l’immigration, les courbettes devant les anglophones, pendant que le vote des non-francophones fléchit dans les sondages.

 
 

Jean-François Lisée

Les bons coups

La controverse du « Bonjour-Hi », qui a plongé le gouvernement libéral dans l’embarras, c’était lui. « I set the oldest trap in the book », s’est félicité Jean-François Lisée dans un point de presse en anglais. L’année s’est ouverte sur une vague de départs au Parti québécois, mais le chef Lisée a vite rebondi.

Aux électeurs, il a eu tôt fait de présenter une recrue (Jean-Martin Aussant) et une nouvelle co-chef (Véronique Hivon). Le hic ? Aucun de ces « bons coups » ne s’est jusqu’ici traduit par une hausse des appuis dans les sondages.

Autre bon coup : l’insistance du PQ a permis de montrer des failles dans les contrats du futur REM, dont les modalités financières demeurent pour une large part inconnues.

Les coups durs

Il y a bien eu des tentatives de charmer les X et les Y, de courtiser l’électorat en proposant un « État fort », mais, sondage après sondage, le PQ échoue à combler le fossé qui le sépare des électeurs.

Même les « gaffes » — qui semblent souvent calculées — de Jean-François Lisée sur les enjeux identitaires semblent servir la CAQ, dont la députée Nathalie Roy est la porte-voix au Salon bleu.

Après tout, les sondages donnent aux sympathisants caquistes le plus haut taux de préoccupation au sujet de l’immigration…

Autre coup dur : la candidature de Muguette Paillé, vite retirée après que la vedette du débat des chefs de 2011 eut cautionné des commentaires islamophobes sur Facebook.

 
 

François Legault

Les bons coups

François Legault a fait ses choux gras de l’uniformisation régionale de la taxe scolaire par les libéraux. « Dans les Laurentides, les gens paient 250 $ en moyenne de taxe scolaire. [Au] Saguenay–Lac-Saint-Jean, ils paient 750 $. Qu’est-ce que [le premier ministre] a contre les gens du Saguenay–Lac-Saint-Jean ? » a-t-il demandé encore et encore, en promettant d’appliquer le plus bas taux de taxation scolaire à l’ensemble du Québec.

Au fil des mois, laissant toujours de plus en plus de place à son équipe, il s’est imposé comme la figure du changement en vue du scrutin d’octobre.

Autres bons coups : le recrutement de l’ex-libérale Marguerite Blais, les annonces répétées de candidatures vedettes, donnant une impression d’impulsion au parti.

Les coups durs

La grande réactivité de la CAQ a ses désavantages, dont celui de contraindre ses élus à reculer sur des déclarations faites à la hâte.

Après avoir déclaré qu’il était possible de réaliser « une bonne partie » du 3e lien entre Québec et Lévis dans un premier mandat, la CAQ a dû revenir sur ses propos pour plutôt parler d’une « intention de 3e lien » dans un premier mandat.

Même scénario pour le « grand chantier » énergétique promis par le chef caquiste : il a été reporté à un horizon de « 10, 15 ans » après que le p.-d.g. d’Hydro-Québec lui eut tourné le dos. Le PLQ comme le PQ s’en réjouissent, et reprochent à la CAQ d’être « brouillonne » et de manquer de crédibilité.

Autre coup dur : François Legault n’a toujours pas détaillé les moyens qu’il envisage pour accélérer la croissance économique et « viser la péréquation zéro », et cela fournit une ligne d’attaque à ses adversaires.

 
 

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois

Les bons coups

QS est parvenu à faire une alliance avec le PQ et la CAQ pour réclamer une réforme du mode de scrutin, apaisant la discorde qui l’oppose au PQ depuis l’échec du projet de convergence au printemps 2017.

Le parti a aussi attiré l’attention avec sa plateforme militante « Mouvement », inspirée de la stratégie du démocrate Bernie Sanders. Fort de celle-ci, le parti promet d’optimiser les efforts de ses sympathisants dans les circonscriptions qui sont à portée de main.

QS vise à marquer le maximum de points sur le terrain, étant donné la grosseur et le budget de son équipe.

Autre bon coup : l’arrivée chez les solidaires de Vincent Marissal, bien que mouvementée, a donné un coup de pouce à la notoriété du parti.

Les coups durs

Les solidaires s’efforcent de formuler des propositions concrètes pour séduire l’électorat, mais certaines de ses discussions continuent d’être tournées en ridicule.

Les réseaux sociaux se sont enflammés quand le parti a proposé de bannir le mot « patrimoine », jugé trop masculin, ou de renoncer à l’expression « magie noire », considérée comme trop offensante pour les personnes de couleur.

En congrès en mai, QS a eu du mal à incarner les valeurs de transparence qu’il prône, en tenant la quasi-totalité de ses échanges à huis clos. Dans les sondages, les intentions de vote pour les solidaires stagnent, autour de 10 %.

Autres coups durs : le fémur cassé de Manon Massé, qui a privé Québec solidaire du tiers de sa députation pendant près de deux mois, et le départ annoncé du tout premier député solidaire élu à l’Assemblée nationale, Amir Khadir.

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