Feu vert à la transformation de «La Presse»

Gabriel Nadeau-Dubois a rappelé qu’il ne s’agissait pas d’un «référendum sur les positions éditoriales de
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois a rappelé qu’il ne s’agissait pas d’un «référendum sur les positions éditoriales de "La Presse"».

Le projet de loi 400, qui permettra au quotidien La Presse de se transformer en organisme à but non lucratif (OBNL), a été adopté jeudi soir au terme d’un débat agité en Chambre. Un total de 76 députés ont voté pour et 24 contre.

Le ton des échanges était vif, en soirée. La vice-présidente de l’Assemblée nationale, Maryse Gaudreault, a dû demander à plusieurs reprises le silence lors des interventions.

La ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, a insisté sur le principe de la non-ingérence des instances politiques dans le fonctionnement des médias pour défendre l’adoption rapide du projet de loi. « Réglons cette question une fois pour toutes sans plus tarder. Faisons-le afin de garantir le pluralisme des sources d’information. Faisons-le pour l’indépendance de la presse au Québec », a-t-elle clamé.

Particulièrement volubile, le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, a déploré le recours au bâillon par le gouvernement. « Je pense qu’on a un résumé à travers ce que la ministre vient de dire. Réglons cette question rapidement. Acquittons-nous de la commande qu’on a eue. C’est ça qui s’est passé. Et cette commande, c’est un groupe qui vient nous voir en fin de session parlementaire […] et qui obtient 100 % de ce qu’il veut. »

La Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) ont voté en faveur du projet de loi. Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a rappelé lors des échanges qu’il ne s’agissait pas d’un « référendum sur les positions éditoriales de La Presse », faisant écho aux positions de M. Bérubé.

Ce dernier a remis en question la ligne éditoriale du quotidien, qui favorise le Parti libéral depuis des décennies. « Est-ce que le lien [sera] véritablement rompu entre l’ancienne administration et la nouvelle structure ? Je le souhaite ardemment », a-t-il déclaré.

Gabriel Nadeau-Dubois et Pascal Bérubé ont par ailleurs déploré qu’un amendement déposé par la députée indépendante Martine Ouellet, proposant le maintien du siège social de La Presse au Québec quoi qu’il advienne, ait été rejeté par les libéraux.

Le PLQ défend le bâillon

Plus tôt dans la journée, le gouvernement a défendu son choix de procéder au bâillon. « On croit à la liberté de la presse et on croit surtout que ce n’est pas au Parlement ni aux politiciens de s’ingérer dans les lignes éditoriales des journaux. On croit que les retraités de La Presse ont besoin d’être rassurés », a déclaré le premier ministre, Philippe Couillard.

« J’aurais préféré faire autrement », a avoué pour sa part le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier. N’ayant pas obtenu le consentement de Martine Ouellet pour la tenue d’un vote, il s’est dit contraint d’utiliser la procédure d’exception « pour les emplois ».

Le PQ, QS et la députée de Vachon ont voté contre la procédure du bâillon, alors que la CAQ l’a appuyée.

Pascal Bérubé a reproché au gouvernement de prioriser le projet de loi 400 par rapport à d’autres qui risquent de mourir au feuilleton. « L’accès à l’information, la justice, la protection des sources journalistiques, ça passe après le projet de loi 400 », a-t-il fait remarquer. Il a dit craindre que d’autres intérêts privés se servent du précédent ainsi créé pour accélérer l’adoption de projets de loi à l’avenir.

« L’intérêt du Parti libéral, c’est de faire plaisir à ceux qui vont contribuer à les faire réélire », a avancé le chef du PQ, Jean-François Lisée.

Martine Ouellet s’est défendue d’avoir fait de « l’obstruction » et forcé le gouvernement à utiliser le bâillon, qualifié de « vaste mascarade ». « On se rend compte que le Parti libéral est complètement au service de Power Corporation, des Desmarais et de La Presse », a-t-elle accusé.