Québec se pose en champion de la défense des droits LGBTQ dans la francophonie

L’homosexualité demeure criminalisée dans quelque 72 pays à travers le monde, dont une quinzaine sont membres de l’Organisation internationale de la francophonie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’homosexualité demeure criminalisée dans quelque 72 pays à travers le monde, dont une quinzaine sont membres de l’Organisation internationale de la francophonie.

Québec se positionne comme champion de la défense des droits des communautés LGBTQ de la francophonie.

La ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, a annoncé lundi l’octroi de 4 millions $ à Montréal international pour la mise sur pied d’un réseau international francophone consacré à la protection et l’avancement des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et queer à travers le monde.

« Nous souhaitons que nos initiatives inspirent d’autres acteurs qui pourraient contribuer à l’avancement de ces droits », a déclaré Mme St-Pierre en conférence de presse, ajoutant plus tard qu’elle était confiante de voir les poids lourds de la francophonie venir appuyer la démarche.

L’homosexualité demeure criminalisée dans quelque 72 pays à travers le monde, dont une quinzaine sont membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Elle fait également l’objet d’une forte discrimination dans plusieurs autres pays où elle n’est pas criminalisée.

« Dans mon pays, j’étais obligée de mener une double vie juste pour échapper aux discriminations et agressions dans la famille, la société et évidemment (de la part) du gouvernement », a confié Mariam Mannai, cofondatrice de l’organisme de défense des droits LGBT Sans restriction en Tunisie, un des pays où l’homosexualité est criminalisée.

Cependant, la mouvance internationale pour la défense des droits de la communauté LGBTQ est majoritairement dominée par les milieux anglophones, a fait valoir Carlos Idibouo, coordonnateur du volet francophone pour l’initiative Canada pour la dignité : « L’écart entre les organisations LGBT anglophones et les organisations LGBT francophones est très grand […] même ici au Canada, en tant que francophones, nous n’avons pas toujours les services que nous souhaitons avoir », a-t-il souligné.

L’objectif de cet effort est de tisser des liens et offrir des outils de soutien aux militants francophones qui défendent ces droits, ainsi qu’aux personnes qui sont victimes de discrimination.

« La langue constitue actuellement une réelle barrière pour de nombreuses personnes LGBTQ de l’espace francophone », a renchéri la ministre St-Pierre.

Mme St-Pierre a cependant averti que les actions du futur réseau ne viseront pas à imposer les valeurs occidentales dans des pays où l’homosexualité n’est pas acceptée.

« Il y a des endroits dans le monde où il faut y aller avec beaucoup plus de doigté », a-t-elle fait valoir.

L’émissaire aux droits et libertés de la personne du Québec, Julie Miville-Dechêne, a d’ailleurs rappelé que le travail des militants LGBTQ en est un de longue haleine dans les territoires où l’acceptation sociale a encore beaucoup de chemin à faire : « Ils ne réclament pas le mariage gai, loin de là, mais uniquement le respect des droits fondamentaux garantis à tout être humain ; droit à la vie, à la sécurité, à une vie privée, à la dignité, le droit de ne pas faire l’objet de discrimination, de ne pas être arrêté et détenu arbitrairement, le droit à la liberté d’expression », a-t-elle énuméré, rappelant que ces droits existent depuis 70 ans dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU.

On entend ainsi privilégier une approche mesurée, graduelle, axée sur l’aide et le soutien des organisations de la société civile.

« La clé, c’est quand les personnes elles-mêmes, les citoyens d’un pays eux-mêmes réclament leurs droits ; ce réseau est un réseau de la société civile et non un réseau gouvernemental », a martelé Mme Miville-Dechêne, insistant sur le principe que « l’intervention doit s’assurer de ne pas faire plus de mal que de bien ».

Elle estime par ailleurs que le Québec est dans une position privilégiée pour être le fer-de-lance de ce mouvement.

« Oui, c’est un sujet sensible, mais étant donné nos liens en Afrique, étant donné notre façon d’être, étant donné que nous n’avons pas de passé colonial en Afrique aussi, tout cela fait du Québec un bon endroit pour lancer un tel réseau en partenariat avec les autres membres de la francophonie. »

Le président et directeur général de Montréal international, Hubert Bolduc, a dit s’attendre à rendre le réseau fonctionnel d’ici 12 à 18 mois.

Un comité d’orientation a été mis sur pied, ce qui mènera ensuite à des embauches pour assurer une permanence au départ et recruter un conseil d’administration dont au moins la moitié des représentants doit venir de l’extérieur du Canada et où au moins trois pays doivent être représentés afin de répondre aux critères gouvernementaux de reconnaissance d’un organisme international.