Michaëlle Jean semble larguée pour un nouveau mandat à l’OIF

Avant de se rendre au G7 à La Malbaie, Emmanuel Macron a fait une escale à Montréal.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Avant de se rendre au G7 à La Malbaie, Emmanuel Macron a fait une escale à Montréal.

À moins d’un revirement majeur, Michaëlle Jean n’obtiendra pas un nouveau mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), comme elle le souhaite. Philippe Couillard a réitéré son appui à la secrétaire générale québécoise, mais le président français, Emmanuel Macron, favorise toujours une candidature de l’Afrique, qui semble en train de se concrétiser.

« Je l’ai toujours dit, je pense que s’il y a une candidature africaine qui fait l’unité et la cohérence, la France la soutiendra, parce que l’épicentre de la francophonie est en Afrique », a dit jeudi à Montréal le président Macron en compagnie du premier ministre, resté fidèle à Mme Jean. « C’est pourquoi lorsque le président actuel de l’Union africaine, le président Kagame, a proposé sa ministre des Affaires étrangères j’ai indiqué que la France était en situation de la soutenir, s’il savait faire le consensus autour de celle-ci. »

Le même jour, dans une lettre aux médias et une entrevue, Mme Jean traçait un bilan positif de sa gestion contre les reproches de dépenses ostentatoires. Elle s’est présentée au Journal de Montréal comme « Haïtienne et Canadienne afrodescendante » et donc « partie aussi de cette réalité africaine » pour expliquer comment elle pourra contrebalancer une éventuelle candidature rivale venue d’Afrique.

Une battante

Jusqu’ici, Mme Jean s’était contentée de poursuivre ses activités comme si le désaveu de la France ne l’atteignait pas. Ses sorties médiatiques défendent son bilan dans la lutte contre la radicalisation, la défense des droits des femmes et la formation des enseignants. « Nous avons une Francophonie rénovée, plus constructive, préoccupée de résultats tangibles, d’une utilisation efficace des ressources », écrit-elle.

Dans sa lettre ouverte, elle dénonce aussi les reproches faits aux dépenses pour rénover son appartement de fonction. Pour elle, il s’agit d’une « campagne de désinformation ». Elle affirme que les rénovations entreprises par exemple pour moderniser la plomberie et les systèmes de sécurité étaient nécessaires.

Par contre, Mme Jean fait silence sur le projet Hermione. L’OIF dit que ce voyage de jeunes participants de la Francophonie sur un grand voilier coûtera 400 000 $. Les évaluations projettent plutôt le double et demi.

Non, c’est non

De toute manière, les jeux de coulisses se font autrement et le bloc des pays d’Afrique, appuyé par la France, devrait briser ce nouvel élan combatif de la secrétaire générale. Et il n’y aura pas de candidature française à ce poste, assure le président Macron.

Il a aussi rappelé qu’à Dakar, en 2014, Mme Jean a été élue parce qu’il n’y avait pas de candidature africaine. Cette fois, la Rwandaise Louise Mushikiwabo devrait plonger, même si elle n’a jamais officiellement confirmé ni démenti sa candidature. L’actuelle ministre des Affaires étrangères a vécu seize ans aux États-Unis et est la principale collaboratrice du président Kagame depuis son retour au Rwanda en 2008.

Le premier ministre Couillard persiste avec sa candidate écorchée par les critiques concernant ses dépenses jugées somptuaires. Il a tout de même pris soin de répéter que son gouvernement s’inquiétait de la gestion de l’organisation.

« Il y a des soucis sur la gouvernance, sur l’administration, a dit le premier ministre. Mme Jean m’a assuré, nous a assurés qu’elle prenait ces enjeux à bras-le-corps, littéralement, pour amener les corrections nécessaires. Mais le Québec, comme État membre de l’OIF, va soutenir la candidature et le renouvellement du mandat de Mme Jean. »

Le président Macron a aussi appuyé sur ce bobo tout en élargissant la perspective pour parler d’une sorte de refondation de la Francophonie qu’il s’agirait de réaligner sur ses fondamentaux.

« Indépendamment de toute question de personne, il nous faut prendre des décisions de manière concertée sur la bonne gouvernance, les sujets de clarté et de transparence et la ratification des missions de l’OIF, a-t-il dit en précisant que Justin Trudeau et Philippe Couillard étaient d’accord sur ce point. Il faut vraiment se concentrer sur les missions d’éducation, de diffusion de la langue, de travail sur le contenu en français et peut-être moins sur des questions de règlements de conflit où nous avons d’autres organisations prévues à cet effet. »

En même temps

La conférence de presse au sommet a eu lieu en après-midi, quai Alexandra, dans le Vieux-Port de Montréal, nouvellement aménagé pour recevoir des navires de croisière. Plus tôt, le président a pris un bain de foule autour du musée Pointe-à-Callière et le premier ministre a blagué en disant que son hôte avait tellement croisé de Français qu’il aurait pu « tenir une réunion politique française ».

Le choix de la métropole plutôt que de la capitale nationale pour la rencontre a été critiqué par l’opposition officielle péquiste. D’autant plus que le président Macron a annulé in extremis le discours qu’il devait prononcer à l’Assemblée nationale avant de se rendre à La Malbaie pour le G7.

« Je sais que beaucoup de gens se demandent si dans mon esprit la relation avec le Québec est une relation stratégique ou affective, a dit le président en commençant son discours devant les journalistes. Je n’ai pas compris parce que dans mon esprit, stratégique, c’était positif. La relation entre la France et le Québec, elle est stratégique et en même temps affective. On a le droit. La déambulation l’a prouvé : il y a un attachement particulier, un sentiment entre nous qui est très fort. »

9 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 8 juin 2018 02 h 17

    Il était temps!

    bien que... sera-ce mieux? C'est à espérer.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 8 juin 2018 02 h 51

    Michaëlle Jean...

    ... lectrice de nouvelles, nommée vice-Reine par Jean Chrétien...

    Qu'importe les diplômes, pourvu que l'on nous pistonne...

  • Alain Lavallée - Inscrit 8 juin 2018 05 h 48

    Oui, recentrer la Francophonie sur la langue française et ses fondamentaux. Non à Mme Jean.

    Le président français a tout à fait raison. Il faut recentrer la Francophonie sur ses fondamentaux, à savoir """Il faut vraiment se concentrer sur les missions d’éducation, de diffusion de la langue, de travail sur le contenu en français""

    et comme tous y compris le Canada et le Québec, il faut réorienter l'OIF vers une saine gouvernance... sur ce plan Mme Jean a échoué. Oui à une candidature africaine, là où se joue l'avenir de la francophonie. Non à un renouvellement de Mme Jean.

  • Gilles Bousquet - Abonné 8 juin 2018 06 h 17

    De l'eau chaude et un piano pour la francophonie

    S'il y a changement, la nouvelle cheffe de cette organisation de la francophonie, va pouvoir compter sur un local rénové et de l'eau chaude, en plus d'un piano pour agrémenter leurs soirées, grâce à Mme Jean qui nous coutait, quand même, moins cher que la reine anglaise, cheffe de l'anglophonie, par la grâce de Dieu. Les scandalisés risquent ainsi, par son départ, d'être contentés ici.

  • Gilles Racette - Abonné 8 juin 2018 07 h 30

    Je dois avouer

    que j'aurais un certain plaisir a voir partir de l'espace public cette fausse reine qui dans la vraie vie n'aurais jamais du rêver a être autre chose qu'être une duchesse de carnaval et l'autre parasite qui se prend pour le prince qu'on sort et qui ont très rapidement pris goût à cette vie grandiose de se prendre pour d'autres à nos frais.

    • André Joyal - Abonné 8 juin 2018 10 h 36

      Oui, M. Racette, ce nous fera grand bien de ne plus les voir nous narguer en nageant dans un confort non mérité.