Martine Ouellet pourrait bloquer la transformation de «La Presse» en OBNL

La députée indépendante Martine Ouellet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La députée indépendante Martine Ouellet

La députée indépendante Martine Ouellet pourrait bien bloquer la transformation rapide de La Presse en organisme à but non lucratif (OBNL). L’enjeu : la gestion des 420 millions de dollars du régime de retraite.

Le propriétaire actuel, Power Corporation, veut se départir du média et invoque l’urgence d’agir, mais doit d’abord obtenir l’accord unanime de l’Assemblée nationale pour abroger une vieille loi avant la fin des travaux parlementaires le 15 juin. Il accorderait 50 millions de dollars à la nouvelle entité pour la transition, mais garderait le contrôle de la caisse de retraite.

À l’issue de la commission parlementaire tenue mercredi, Mme Ouellet affirme qu’elle ne peut consentir à l’adoption des modifications législatives proposées. Or il faut l’accord de tous les élus pour boucler cette procédure accélérée avant la fin de la session la semaine prochaine et il suffit donc d’une seule objection pour bloquer la démarche.

« Pour l’instant, je n’ai pas suffisamment d’informations pour être d’accord avec le projet de loi », a déclaré la députée de Vachon en mêlée de presse jeudi matin dans les corridors du Parlement.

Régime de retraite

Elle exige davantage de garanties pour le régime de retraite, en invoquant les inquiétudes de certains retraités. La haute direction de La Presse a indiqué mercredi qu’il n’y aurait aucun changement dans le régime de retraite et que Power Corporation respecterait ses obligations.

« Je ne peux accepter que la caisse de retraite passe aux mains de Power Corporation sans aucune garantie écrite, a soutenu un représentant élu au comité de la caisse de retraite, Maurice Jannard, en entrevue jeudi après-midi avec La Presse canadienne. J’aimerais savoir comment ces 420 millions $ seront administrés. Y aura-t-il de la transparence ? »

Il a affirmé que la caisse est en excédent et Power Corporation veut se l’approprier pour cette raison et il n’y a pas eu de négociations possibles sur cet enjeu avec les autres parties.

M. Jannard dit être déçu de la position du comité de la caisse de retraite et qu’on a essayé de le museler, de faire pression sur lui, mais qu’il reçoit des dizaines d’appuis de retraités.

Selon lui, la présidente des Travailleurs retraités de l’information de La Presse, Monique Prince, défend les intérêts de la CSN et non des retraités.

Mme Ouellet a eu des échanges avec Maurice Jannard et elle songe à des amendements à débattre la semaine prochaine pour sécuriser l’avoir des retraités.

« Pas des marionnettes »

La députée de Vachon a par ailleurs répliqué à l’éditeur de La Presse, Guy Crevier, qui a déclaré mercredi que ce serait un affront majeur à la démocratie si Mme Ouellet faisait obstruction au processus.

« Power Corporation aurait avantage à nous donner plus d’informations plutôt que de faire de l’intimidation. Les parlementaires ne sont pas tous des marionnettes. L’intimidation de Guy Crevier, qui fait pression sur une députée indépendante comme moi, n’est pas acceptable en démocratie. »

Mme Ouellet a réclamé en vain les états financiers de La Presse pour juger de la situation du média. Mercredi, les dirigeants de La Presse ont rappelé que Google et Facebook accaparaient maintenant 80 % des revenus publicitaires au Canada et qu’ils ne peuvent attendre une année de plus pour passer au statut d’OBNL. Ce nouveau statut pourrait permettre ultimement d’obtenir des crédits d’impôt fédéraux sur la masse salariale.

Selon la députée de Vachon, le risque de pertes d’emplois est plus grand dans l’éventuel OBNL qu’avec Power Corporation, parce que l’OBNL n’a « pas les poches profondes », a-t-elle dit.

« Ça ressemble beaucoup à un subterfuge de Power Corporation pour se débarrasser de La Presse et je ne crois pas que c’est à l’avantage des employés », a-t-elle dit, répétant ainsi l’analyse du grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau.

Mercredi, la direction et les syndicats de La Presse ont pourtant plaidé en faveur du changement de structure. Ils ont demandé à l’Assemblée nationale de ne pas s’ingérer dans les politiques rédactionnelles du média, tout comme la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Le Parti québécois a demandé des garanties sur l’indépendance éditoriale de La Presse, mais la direction a laissé entendre qu’elle voulait conserver sa position éditoriale fédéraliste.

Le PQ a indiqué que les inquiétudes des retraités allaient être prises en considération dans les discussions à venir au sein du caucus.

Le gouvernement a déjà fait savoir qu’il était favorable aux changements demandés par La Presse.

Rappelons que la société mère de La Presse détient une participation dans La Presse canadienne dans le cadre d’une entente conjointe avec une filiale du quotidien The Globe and Mail et l’éditeur Torstar.