«Vigie parité», 12e mise à jour: la candidature non genrée d'Hélène Dubé

Hélène Dubé vit dans sa maison sans électricité à Chertsey dans Lanaudière. Notre chroniqueuse Josée Blanchette l’a rencontré un peu plus tôt cette année.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hélène Dubé vit dans sa maison sans électricité à Chertsey dans Lanaudière. Notre chroniqueuse Josée Blanchette l’a rencontré un peu plus tôt cette année.

Le Devoir a lancé le 8 mars « Vigie parité », un projet qui durera jusqu’au début de la campagne électorale sur nos plateformes numériques. Il mesure chaque lundi où en sont les partis politiques par rapport à leur intention de recruter plus de femmes.

Ni une candidate ni un candidat : Hélène Dubé, qui se considère comme une personne non genrée, mènera une campagne électorale particulière cet automne. Une démarche qui s’inscrit en marge des réflexions qu’Ottawa et Québec mènent sur la question de l’identification de genre.

« C’est simple : je ne suis pas une femme, et pas un homme non plus. C’est comme si vous me demandiez si je suis noire ou blanche, alors que je suis mulâtre », disait la candidate solidaire de Rousseau (Lanaudière) en entretien la semaine dernière.

Nous écrivons d’ailleurs candidate au féminin, mais c’est là une partie de l’enjeu : qu’écrire, que dire, dans un cas semblable ?

Hélène Dubé ne s’offusque de rien — mais elle a demandé au Devoir de ne pas l’inclure dans les statistiques de la Vigie parité, ce projet qui compile le pourcentage de candidatures féminines de chaque parti en vue des prochaines élections [voir tableau].

« On s’est toujours adressé à moi comme Madame Dubé, et ça me va. Parfois, je suis très masculine et on me dit Monsieur, et je dis oui. Quand je parle de moi, j’utilise le masculin. À l’écrit, je parle de moi au masculin. Mais je vis dans un corps de femme et j’ai été élevée en tant que femme.

 

« Autre »

Le permis de conduire d’Hélène Dubé indique d’ailleurs qu’elle est une femme. « Mes pièces d’identité ne m’offraient pas de choix autre qu’homme ou femme », relève-t-elle.

Hélène Dubé dit qu’elle n’est « pas plus à l’aise avec homme que femme. Je coche “autre” lorsque la possibilité m’est offerte » au moment d’avoir à indiquer son genre sur des formulaires. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers le micro « non genré » que Québec solidaire prévoit dans ses activités. « C’était le micro qui me correspondait, qui me permettait de me présenter comme je suis. »

Pour composer avec cette situation, Québec solidaire soutient qu’il évitera dans ses communications « les formulations comme Monsieur ou Madame, pour utiliser le neutre le plus souvent possible. Nous parlerons par exemple de la personne candidate ou ferons référence à lui par son nom, simplement.

Cela étant, nous utiliserons l’accord masculin lorsque nous ferons référence à Hélène Dubé, comme c’est le genre qu’il utilise pour se désigner lui-même. »

Le test de la carte

Si ce type d’option n’est pas encore fréquent, la situation change peu à peu. À Québec, un comité interministériel a été formé à l’automne 2017 pour « analyser les enjeux soulevés par les marqueurs de genre dans les documents d’identité gouvernementaux », rappelle au Devoir le ministère de la Justice.

Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) fait notamment partie du comité. À l’heure actuelle, le DGEQ ne demande pas le genre d’un candidat pour remplir son bulletin de candidature. Chaque personne doit toutefois établir son identité au moyen d’un document officiel. Le genre indiqué sur le document servira aux statistiques internes du DGEQ.

Au Québec, la carte d’assurance maladie et le permis de conduire font mention du sexe de la personne. Les deux organismes responsables de leur émission siègent aussi au comité interministériel qui doit remettre un rapport au gouvernement courant juin.

À Ottawa, le gouvernement fédéral a déjà fait un pas significatif vers une neutralité de genre. En août 2017, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a annoncé que son ministère serait le premier à introduire des mesures permettant une désignation de sexe X (au lieu de F pour femmes ou H pour hommes) dans différents documents, dont le passeport canadien.

Le fédéral travaille à d’autres changements semblables.

À cet égard, l’Ontario a pris les devants. En juin 2016, le gouvernement a ainsi changé la manière dont il affiche les renseignements liés au sexe et au genre des personnes sur la carte Santé et le permis de conduire. Depuis deux ans, la carte Santé ontarienne ne comporte donc plus de mention du sexe de la personne. Et depuis le début 2017, les titulaires d’un permis de conduire peuvent inscrire un X comme identifiant de genre.

 

Pour un rappel des promesses de chaque parti, lisez le premier article de notre série.

Compilation des données : Dave Noël