Autre rapport dévastateur pour Philippe Pichet

Philippe Pichet
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Philippe Pichet

Devant les conclusions « préoccupantes » d’un rapport préliminaire sur la situation au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a recommandé lundi la destitution du chef Philippe Pichet.

Il s’est tourné vers la mairesse Valérie Plante et le conseil municipal pour obtenir leur « avis » sur le sort qui doit être réservé au chef Pichet, en conformité avec la procédure prévue par la Loi sur la police.

Dans une déclaration écrite, la mairesse Plante a dit souhaiter attendre le passage de Philippe Pichet devant la Commission de la sécurité publique, « au cours des prochains jours », avant de sceller son sort.

« Au terme de ce processus, un avis sera formulé par les instances de la Ville de Montréal. Cet avis alimentera la réflexion du ministre concernant la possibilité de recommander au gouvernement du Québec la destitution de Philippe Pichet », a-t-elle annoncé.

Il est clair que ces travaux doivent se poursuivre bien au-delà du mandat d’une année qui m’a été confié

 

La lecture du rapport préliminaire de l’administrateur provisoire du SPVM, Martin Prud’homme, laisse cependant peu de doutes sur l’avenir de Philippe Pichet à la tête du corps de police. Dès les premières pages du document, M. Prud’homme souligne « l’envergure » des travaux qui doivent encore être réalisés au sein du corps de police.

« Le défi est ambitieux et puisqu’il doit conduire à un changement de culture au sein de l’organisation, il est clair que ces travaux doivent se poursuivre bien au-delà du mandat d’une année qui m’a été confié », écrit-il.

Le plan Pichet écorché

Il critique sans détour le Plan d’action pour rassurer et améliorer le lien de confiance des citoyens envers le SPVM qu’a présenté Philippe Pichet en avril 2017, dans la foulée de révélations et d’allégations concernant l’écoute de journalistes et la fabrication de preuves au sein du service de police.

« Plusieurs éléments-clés au coeur du plan d’action […] n’ont pas été [mis] en oeuvre », est-il écrit.

De façon plus large, en 2017, la direction du SPVM a opéré « peu de changements d’importance » au sein du corps de police, et ce, « malgré la connaissance des problématiques liées à la Division des affaires internes ».

« En outre, écrit Martin Prud’homme, aucune action concernant le climat n’avait été mise en oeuvre. Malheureusement, ce retard à prendre concrètement la situation en main a laissé des traces dans l’organisation ».

Au nombre de ces « traces », il note l’appréhension des membres à s’exprimer ouvertement, la crainte de représailles et la présence d’un climat « fort négatif, voire malsain ».

Philippe Pichet a été suspendu de ses fonctions le 6 décembre 2017, au moment de la publication d’un rapport de Michel Bouchard, chargé de faire la lumière sur la situation prévalant dans la Division des enquêtes internes du SPVM.

Le chef Pichet s’est depuis adressé aux tribunaux pour contester sa suspension.

Des révélations embarrassantes

Dans son rapport, Michel Bouchard a mis au jour un système « parallèle » de traitement des dossiers, qui envoyait des cas embarrassants ou des allégations criminelles ciblant des policiers sur la voie de garage. Il a par exemple rapporté le témoignage d’un ancien enquêteur, qui prétendait qu’une plainte pour inconduite sexuelle visant un policier avait été écartée parce qu’il devait être promu commandant.

Entre 2010 et 2017, « ce sont plusieurs dizaines d’allégations criminelles contre des policiers du Service qui n’ont jamais été rapportées au ministère de la Sécurité publique », note d’ailleurs le rapport de Martin Prud’homme.

Dans l’espoir de « reprendre en charge les enquêtes internes » — actuellement confiées à une équipe mixte codirigée par le Bureau des enquêtes indépendantes —, le chef Prud’homme s’enorgueillit d’avoir instauré l’obligation de consulter le Directeur des poursuites criminelles et pénales et d’informer le ministère de la Sécurité publique lorsque la division traite une allégation criminelle.

Il se félicite aussi d’avoir « simplifié » et « équilibré » la structure de direction du SPVM, composée de 115 cadres à son arrivée.

« Les autorités devront faire preuve d’une extrême prudence dans le choix de tout chef de police », suggère enfin Martin Prud’homme.

« Il faut éliminer toute possibilité que la situation qui a malheureusement prévalu au sein de l’organisation et qui a atteint grandement à sa crédibilité et à sa réputation puisse se reproduire. »