La parité à petits pas

La Commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale a accouché jeudi de recommandations pour augmenter la présence des femmes en politique.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La Commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale a accouché jeudi de recommandations pour augmenter la présence des femmes en politique.

Après deux ans de travaux, la Commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale a accouché jeudi de recommandations pour augmenter la présence des femmes en politique qui sont, selon des groupes de femmes et des parlementaires, « bidon » et « décevantes » — quand elles ne portent pas carrément sur des mesures qui sont déjà en place depuis plusieurs années.

La sixième recommandation, qui suggère de « valoriser » et de « développer » le mentorat pour les aspirantes candidates, irrite particulièrement l’élue solidaire Manon Massé et le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD). « Je trouve ça intéressant, mais on le fait déjà depuis vingt ans ! » lance la première. « Ça fait des années qu’on en pratique », confirme la directrice générale du GFPD, Esther Lapointe.

Même constat pour la recommandation demandant que « des campagnes soient menées auprès du grand public afin de faire connaître et de valoriser les rôles et les responsabilités des personnes élues ». « C’est quoi ça ? » demande Esther Lapointe. « Ce sont des mesures que des groupes de femmes […] font depuis une dizaine d’années », ajoute-t-elle, rappelant que les regroupements de municipalités ont aussi fait de la « valorisation » lors des deux dernières campagnes électorales.

« Il se fait du mentorat pour avoir des femmes en politique ? Vous me l’apprenez », a réagi le président de la commission, le caquiste Marc Picard. À son avis, le caractère plus édulcoré du rapport peut s’expliquer par le fait que les recommandations « sont toujours adoptées à la majorité des voix ».

Objectif raté

Catherine Fournier, du Parti québécois, estime quant à elle que la Commission est passée à côté de l’objectif de ses membres, qui « souhaitent que des changements concrets adviennent à court terme », selon le rapport. « On ne peut pas être contre la vertu. Mais il faut poser le constat que ça a bien peu de mordant, constate-t-elle. J’ai bien peur que ça ne nous aide pas à améliorer la place des femmes en politique, ce qui était pourtant le but de notre mandat d’initiative. »

Tant le Conseil du statut de la femme (CSF) que le GFPD, Manon Massé et Catherine Fournier ont tenté de faire valoir l’importance de faire état de pistes de solutions plus « coercitives », comme une loi sur la parité. Le premier ministre, Philippe Couillard, s’est jusqu’ici montré réticent à adopter une telle loi. Le vice-président de la Commission des relations avec les citoyens, le libéral Michel Matte, n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Devoir.

Dans le rapport déposé jeudi, on ne retrouve aucune trace des discussions entourant une possible loi sur la parité, déplore Catherine Fournier. « Ça ne reflète pas du tout le consensus des groupes pour, à tout le moins, travailler sur une loi », poursuit Pascale Navarro, qui a participé aux consultations.

Or « toutes les informations » liées au mandat de la Commission se retrouvent sur le site de l’Assemblée nationale, rappelle Marc Picard. « On joue sur les mots : qu’ils fassent partie du rapport ou qu’on y fasse référence, pour moi, c’est la même chose », soutient-il.

Si la question d’une loi sur la parité est absente, le rapport suggère néanmoins que « la présence des femmes […] soit favorisée, notamment à l’aide de politiques et de mesures de conciliation travail-famille ». Mais « comment ? », demandent Esther Lapointe et Manon Massé. « De la loi-cadre qu’on attend depuis un an, dont on n’a pas entendu parler du tout », lance la première, dans une référence à une annonce faite le 29 juin 2017 par la ministre Lise Thériault, reprise en mars dernier par le premier ministre, mais sans suite depuis. « La meilleure façon, la façon plus rapide d’améliorer la situation des femmes en politique, c’est la voie législative », a complété Pierre Turgeon, du CSF.