Des villes résignées à gérer l’interdiction des pitbulls

«On va interdire les chiens de type pitbull», avait catégoriquement assuré le ministre Martin Coiteux en avril 2017.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «On va interdire les chiens de type pitbull», avait catégoriquement assuré le ministre Martin Coiteux en avril 2017.

Des municipalités du Québec se sont résignées à gérer à la pièce l’interdiction des pitbulls sur leur territoire, puisque le calendrier parlementaire laisse peu de temps au gouvernement libéral pour adopter son projet de loi sur les chiens dangereux d’ici la fin de la session parlementaire.

L’étude du délicat projet de loi ne figure toujours pas à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, qui termine ses travaux le 15 juin. Plusieurs villes soutiennent toutefois ne pas avoir besoin de Québec pour se doter d’une réglementation efficace. C’est le cas de Longueuil, où quatre types de chiens sont désormais interdits.

« On n’a pas attendu après le dépôt du projet de loi. Pour nous, c’était primordial d’ajuster notre réglementation à la suite des incidents qu’il y avait eu, dont celui de Montréal », souligne la conseillère Monique Bastien, responsable du dossier de la gestion animalière au comité exécutif de la Ville de Longueuil.

Le projet de loi 128 a été rédigé par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, à la suite du décès en juin 2016 de Christiane Vadnais, qui a été attaquée mortellement dans la cour de sa résidence de Pointe-aux-Trembles, à Montréal, par le chien d’un voisin.

Le ministre Coiteux avait annoncé que Québec adopterait la ligne dure avec les chiens dangereux lors du dépôt du projet de loi en avril 2017. « On va interdire les chiens de type pitbull », avait-il catégoriquement assuré.

UMQ et FQM

À leur sortie de la Table Québec-municipalités mardi matin, les présidents de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) se sont montrés résignés à ce que les villes se saisissent désormais du dossier des chiens dangereux. « Il y a beaucoup de priorités, ce n’était pas à l’ordre du jour [de la rencontre avec Québec] », a d’abord reconnu le président de l’UMQ, Alexandre Cusson. Et de toute façon, « chacune des municipalités a le pouvoir de décider localement ce qu’elle doit faire », a poursuivi Jacques Demers, de la FQM.

La FQM a auparavant réclamé au gouvernement de « respecter l’autonomie municipale » en n’interdisant pas certaines races de chiens et en laissant « le pouvoir à chaque municipalité de décider », a résumé M. Demers.

Les déclarations du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, formulées quelques minutes plus tard, ont tranché avec celles des représentants municipaux. « Il y a un consensus pour qu’un processus d’encadrement sévère s’applique à tout le territoire du Québec », a-t-il affirmé.

Sauf que cet « encadrement sévère » ne verra visiblement pas le jour d’ici la fin de la session parlementaire, le 15 juin. Le projet de loi a passé le seul cap des consultations, près d’un an après son dépôt. Si le ministre Coiteux dit garder espoir de l’adopter de façon express au cours des prochaines semaines, il admet néanmoins que le projet de loi prendra sans doute une forme édulcorée, pour refléter le « consensus ».

Cibler quelle race ?

Le premier ministre, Philippe Couillard, a lui aussi laissé entendre qu’un éventuel projet de loi n’interdirait aucune race de chien. « Il y a des éléments de débat importants : est-ce qu’on peut interdire telle race plutôt qu’une autre, par exemple ? Mais sur d’autres éléments du projet de loi, il y a un consensus quand même assez solide, alors peut-être qu’on pourrait travailler avec les oppositions sur les éléments qui font consensus », a-t-il suggéré.

« Si on ne cible pas les pitbulls, c’est parce qu’on aura préféré faire l’unanimité plutôt que d’agir en bon père de famille. On va attendre un autre décès pour réagir », se désole Lise Vadnais, la soeur de Christiane Vadnais. Pourtant, dit-elle, d’autres événements auraient pu se conclure aussi dramatiquement que celui qui a coûté la vie de sa soeur.

« Je m’explique mal pourquoi on fait du déni. On oublie les victimes. Il y a quelques semaines, une femme a été attaquée dans des circonstances similaires à celles de l’attaque dont ma soeur a été victime et il semble que ce ne soit toujours pas suffisant pour qu’on adopte une loi sérieuse qui cible les chiens dangereux, dont les pitbulls », déplore Mme Vadnais.

En avril dernier, une Montréalaise a été gravement mordue par un chien, dont on ignore la race ou le type, alors qu’elle se trouvait, elle aussi, dans la cour arrière de sa résidence. Le maître du chien aurait accouru vers la dame et aurait réussi à maîtriser l’animal. Toutefois, plutôt que de porter secours à la victime, il a pris la fuite avec le chien dans ses bras.

À l’Assemblée nationale, les oppositions ont tour à tour dit regretter que le gouvernement libéral ait « traîné les pieds » dans le dossier. Le Parti québécois lui a reproché de s’être « dégonflé » et la Coalition avenir Québec, d’avoir « fait du surplace ». « M. Coiteux a calmé le jeu, puis paf ! Rien », a ajouté l’élu solidaire Amir Khadir.

4 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 30 mai 2018 09 h 20

    Combien de morts et de blessés encore à causede chiens dangereux?

    L'incurie et l'incapacité de ce gouvernement vont nous surprendre jusqu'àu jour où les Québécois décideront de les mettre à la porte. Comment est-ce possible de laisser pourrir une situation dangereuse à souhaits en ce début d'été. C'est scandaleux et inacceptable! Agir en incapables jusqu'à la fin! Pourtant, ce n'est pas un dossier qui nécessite commission parlementaire et consultations publiques interminables, cà pourrait être régler rapidement.
    L'important pour ce gouvernement, c'est ne pas indisposer aucun électeur d'ici le 1er octobre, voilà la question!

    • Jean Richard - Abonné 30 mai 2018 10 h 36

      Tous les chiens sont à risques. Mais certains le sont beaucoup plus que d'autres. Le risque est géré par celui ou celle qui se qualifie comme étant le maître de l'animal, celui ou celle à qui le chien obéit.
      Il y a des chiens bien dressés, qu'on peut croiser sur les trottoirs sans trop s'inquiéter. Mais il y en a d'autres, et trop, qui éveillent la méfiance car ils n'ont visiblement pas appris à vivre en société avec les humains, ou ils l'ont appris de leur maître qui lui, ne l'a jamais appris.
      À Montréal, la nouvelle mairesse a fait un faux pas, par électoralisme d'abord, et pour respecter ses promesses ensuite. Ce faux pas fut de mettre à la poubelle un article de loi (gauche mais pas inutile) de son prédécesseur. Mme Plante aurait pu, pour amadouer ceux et celles qu'elle a déçus avec cette décision prématurée, sortir et faire appliquer les articles du règlement qui continuent à exister. Il faut savoir que si la réglementation de la Ville était appliquée, on verrait beaucoup plus de chiens porter soit le licou, soit carrément la muselière. Or, on en voit très peu.
      Il faut toujours quelques accidents, même prévisibles, pour qu'on finisse par réagir. Qui est prêt à sacrifier ses mollets ou son visage pour qu'enfin on protège un peu mieux la population des risques inutiles causés par les chiens et leurs maîtres ?

  • Jean Richard - Abonné 30 mai 2018 10 h 48

    Et si c'était des coyotes ?

    On sait maintenant qu'il y a quelques coyotes qui ont élu domicile dans certains quartiers de la ville. Le coyote, c'est un canidé, un proche cousin du chien. Il est probablement plus intelligent que la plupart des chiens, mais il n'a pas été élu pour se laisser domestiquer. Sa survie et sa reproduction se font selon des règles propres aux coyotes et non aux caprices bizarres des humains qui ont longtemps été ignorants des risques génétiques des croisements douteux. Les chiens tarés sont légions et pour cause.
    Imaginons un instant que des coyotes se mettent à mordre les gens à une fréquence aussi élevée que les chiens. On sortirait probablement l'artillerie lourde pour se débarrasser de ces animaux qu'on qualifierait d'indésirables. Contrairement à ce qui se produit avec les chiens, la sécurité et la quiétude des gens aurait priorité sur l'amour de l'animal. Or, avec les chiens, on dirait que trop souvent, la sécurité des gens est reléguée au second plan, y compris par nos élues.

  • Véronique Céleste - Inscrit 30 mai 2018 12 h 11

    Une p'tite gêne

    Mme Bastien, conseillère de Longueuil, devrait se garder une petite gêne sur le sujet puisque son réglement si hâtement passé à la suite des tragiques événements vient d'être déclarés « innaplicable et inoposable » par un juge de la cour municipale de Longueuil. Et c'est ça qui arrive avec les politiques paniques, on résoud rien, on dépense plein d'argent des contribuables et on a l'air de vrais clowns. À noter aussi que le parti de Mme Bastien est depuis minoritaire à Longueuil et que l'opposition, qui détient la majorité, a passé au dernier conseil une résolution qui permettra de suspendre les articles spécifiques aux races du règlement animalier lors de la prochaine séance du conseil en juin. Tout ceci me permet de douter de la validité d'accorder autant de place à cette dame dans votre article...