La CAQ et le PQ se disputent le thème du changement

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, et le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne / Jacques Nadeau Le Devoir Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, et le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

L’écran était gigantesque et l’autobus de campagne a roulé jusqu’à l’intérieur du Centre de congrès et d’expositions de Lévis, dimanche, pour qu’en descende l’équipe de la Coalition avenir Québec (CAQ). La formation politique n’entend lésiner sur aucun moyen — sauf peut-être les jours de vacances — pour convaincre les Québécois de lui donner le mandat de « faire mieux » au lendemain du scrutin d’octobre.

« Libérez-vous ! Rejoignez l’équipe du changement », a lancé en anglais le chef caquiste François Legault, en pleine possession de ses moyens devant les 800 militants réunis en conseil national pour la fin de semaine.

À des kilomètres de là, à Drummondville, les militants du Parti québécois (PQ) rassemblés pour adopter leur plateforme électorale ont dit garder un moral solide. En dépit de l’enlisement de leur formation politique au troisième rang des intentions de vote (22 %), derrière la CAQ (35 %) et le PLQ (26 %), ils se sont dits persuadés que leurs appuis gonfleront grâce à une solide performance de leur chef, Jean-François Lisée, lors des moments forts de la campagne électorale, à commencer par les débats des chefs. En leurs 80 000 membres dispersés aux quatre coins du Québec, ils ont assuré voir un avantage sur leurs adversaires caquistes.

M. Lisée s’est moqué de l’autobus de campagne de la CAQ, « en trompe-l’oeil » selon lui, puisque seulement la moitié de sa surface était peinte aux couleurs de l’« équipe du changement 2018 ». « Même leur autobus de campagne n’est pas crédible. Ils font exprès ou quoi ? », a-t-il demandé aux 500 militants péquistes réunis dans le Centre-du-Québec.

Le chef péquiste ne craint pas de voir la mini-caravane préélectorale du PQ, qu’il a dévoilée dimanche après-midi, souffrir des comparaisons avec le bus de la CAQ. Après ces plaisanteries, il a appelé les électeurs à bien peser les risques associés à une éventuelle victoire du parti de François Legault. « À mesure qu’on entend ses propositions, on se rend compte que ce serait très risqué de l’avoir comme premier ministre », a-t-il déclaré. M. Lisée a promis que le PQ « va solidifier, construire, ériger, dépasser, sortir du cadre […] face à ceux qui veulent affaiblir, amoindrir, privatiser, normaliser, rentrer dans le moule, “canadienniser” ».  

Pas de vacances pour Legault

Le parti de François Legault a fait peu de cas des attaques du PQ, préférant s’affairer à « expliquer le changement [que la CAQ] propose », non sans lancer quelques pointes aux troupes de Philippe Couillard. « Les gens ont perdu confiance, avec raison, suite à des promesses non tenues par les politiciens », a déclaré le chef caquiste, en montrant du doigt les engagements brisés des libéraux sur l’augmentation des taxes scolaires, des tarifs d’électricité et des frais de garde. « Je vais travailler très fort à convaincre les Québécois que c’est possible de faire mieux et de faire plus », a-t-il martelé.

Cet été, pas de vacances pour le chef caquiste, qui a aussi suggéré à ses candidats de prendre « le moins de congés possible », puisqu’il n’y « a absolument rien d’acquis » d’ici le scrutin.

S’il y a quelqu’un ici, dans la salle, qui pense qu’il va avoir un laissez-passer pour un job ou un contrat parce qu’il est caquiste, il se trompe

 

En tête des enjeux à combattre : le cynisme, auquel la CAQ promet de répondre en réformant le mode de scrutin et en soumettant les juges administratifs et les personnes nommées par le Conseil des ministres à un passage en commission parlementaire.

« Les Québécois sont ben écoeurés du copinage, des magouilles », a lancé M. Legault aux militants, depuis la scène où il livrait un discours sans notes et sans lutrin, entouré de son équipe de candidats. « S’il y a quelqu’un ici, dans la salle, qui pense qu’il va avoir un laissez-passer pour un job ou un contrat parce qu’il est caquiste, il se trompe. Avec la CAQ, les nominations partisanes et les petits amis, c’est terminé », a-t-il promis.

Bien en évidence en tant que thèmes à promouvoir : l’intégrité, le changement et la volonté de « faire mieux » pour tous les Québécois. « Le changement est là, dans cette équipe de femmes et d’hommes qui ont un profond désir de faire plus et de faire mieux. Pour vous ! », a d’ailleurs lancé le chef pour conclure son allocution. La CAQ, qui se révèle jusqu’ici moins performante aux yeux des femmes dans les sondages, a pour l’instant présenté 42 candidatures, dont 22 sont féminines.

Mais la formation politique n’a pas que les femmes dans sa mire. Elle cherche ouvertement à courtiser le vote des anglophones, « tenus pour acquis » par les libéraux, à son avis. « Je veux être clair, je continuerai de l’être et j’utiliserai tous les moyens nécessaires [all means necessary] pour m’assurer que les anglophones comprennent notre position : nous souhaitons que le Québec demeure dans le Canada, tout simplement », a déclaré le chef de la CAQ. « La campagne de peur menée par M. Couillard est une insulte à l’intelligence des Québécois. Il n’y a pas d’“agenda caché” », a-t-il aussi dit au sujet du chef libéral, qui a remis en question les convictions fédéralistes de François Legault, autrefois péquiste. Aux anglophones, il ne promet néanmoins « pas plus ni moins » que ce que propose le Parti libéral. « Ce que je peux leur offrir, c’est quelque chose de mieux en économie, en éducation et en santé », a-t-il affirmé.

Ne rien tenir pour acquis

Comme son adversaire caquiste, Jean-François Lisée a assuré ne rien tenir pour acquis. À ceux qui donnent le PQ pour mort, il a suggéré de jeter un coup d’oeil du côté de la campagne électorale ontarienne, où le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est hissé du troisième au premier rang, dans un contexte où les électeurs « voulaient se débarrasser des libéraux ». « Ils se sont mis à écouter les arguments des uns et des autres. Et, ils se sont dit : “Bien, finalement, ce n’était pas un si bon choix que ça [les conservateurs]. Le NPD a une meilleure équipe, est plus crédible, donc on se tourne vers ça.” On pense que c’est ce qui va se passer au Québec », a prédit M. Lisée.

Il n’a pas manqué une occasion de tourner en ridicule les propositions de la CAQ en matière d’immigration, d’énergie ou de petite enfance, notamment. « Ça n’a pas de bon sens, ce n’est pas crédible », a-t-il martelé lors du discours de clôture du conseil national du PQ.

La vice-chef, Véronique Hivon, est rentrée dans la région de Lanaudière à bord du minibus, rapportant des exemplaires de la nouvelle plateforme électorale du PQ, coiffée du titre Pour un État fort au service des gens. Celle-ci a été adoptée sans grands débats par les délégués des associations locales et régionales du PQ dimanche.

Samedi, la députée de Joliette a mené une charge à fond de train contre la CAQ — la cible politique du week-end — avec une fougue qui a surpris plus d’un militant péquiste, et même Jean-François Lisée. Elle a invité la population québécoise à ne pas courir après les « mirages de la CAQ ». L’équipe de François Legault suscite des « attentes irréalistes » à coups de « promesses sorties d’un chapeau », selon elle. « Au Parti québécois, on sait pourquoi on fait de la politique. […] Pour changer la vie des gens. Pour le mieux », a-t-elle déclaré avec aplomb devant quelques centaines de militants du PQ. « Pour ça, ça prend un État fort au service des gens », a-t-elle ajouté. Elle a accusé au passage la CAQ ? qu’elle a rebaptisé la « coalition affaiblissement Québec » ? de « faire croire que le changement serait de remplacer des gens qui ont coupé massivement dans les services aux citoyens par des gens qui veulent couper encore plus dans les services aux citoyens ».

13 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 28 mai 2018 05 h 37

    Le véritable agenda caché de la CAQ

    Le véritable agenda caché de la CAQ n'est pas un agenda pseudo-fédéraliste. Mais un agenda de la droite économique et du faux changement par rapport au Parti libéral. Et ce, non seulement avec son chef néolibéral et chef d'entreprise François Legault. Mais avec son candidat de Saint-Jérome Youri Chassin, de l'illustre organisme de droite de l'Institut économique de Montréal (IEDM) pressenti comme éventuel ministre des finances ou même président du Conseil du Trésor dans un hypothétique gouvernement caquiste.

    Si vous avez apprécié votre ration de bottes-au-cul avec l'austérité libérale..

    Attendez-vous à une double ration de bottes-au-cul avec avec la CAQ.

    Christian Montmarquette

  • Gilles Bousquet - Abonné 28 mai 2018 07 h 20

    Lisée et Legault unis

    Lisée et Legault sont unis pour tenter d'améliorer le Québec DANS LE CANADA, pendant 4 ans. Une chance qu'il y a, pour les Indépendantistes, Aussant au PQ et Martine au Bloc, pour parler du Québec un pays.

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2018 09 h 18

      On verra, M. Bousquet , si votre FLAMMME maintient le cap pour tenir SA flamme sur l'indépendance !

      Lisée a bel et bien parlé d'indépendance dans son discours, avec réalisme !

      Et, vous n'avez certainemment pas écouté les discours intelligents de Aussant, Hivon et Lisée : le cap est sur l'indéoendanc, et ce n'est pas en répétant le mot indépendatiste tous les 20 minutes que votre Flamme va parvenir à convaincre les indécis! Il faut convaincre, argumenter, démontrer la viabilité du pays !

      Il faut des discours rassembleurs, intelligents, ce que n'a pas réussi encore Martine Ouellette, de l'obsession, sans les moyens, oh que oui!

  • Jean Lapointe - Abonné 28 mai 2018 07 h 41

    Merci Véronique Hivon

    «Samedi, la députée de Joliette a mené une charge à fond de train contre la CAQ — la cible politique du week-end — avec une fougue qui a surpris plus d’un militant péquiste, et même Jean-François Lisée.»

    Véronique Hivon a fait un excellent discours samedi à Drummondville. Il y avait de quoi être surpris. C'était magnifique. Moi qui suis un vieux souverainiste j'en avais les larmes aux yeux quand j'ai écouté l'enrégistrement qui en a été fait.

    Bravo Véronique. Je vous admire beaucoup. On ne peut que remercier Jean-François Lisée que de lui avoir donné la possibilité de faire ce discours.

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2018 09 h 36

      Mme Hivon est une femme de grande profondeur et délicatesse, très respectueuse de son entourage ! C'était évident de la voir en compagnie de Jean-François Lisée. Il y a un mélange de modestie et de dignité chez cette femme! C'est une rassembleuse, une femme de tête et de générosité. Elle deviendra une de nos meilleures politiciennes du Québec. Elle n'a pas besoin de répéter 100 fois le mot indépendance pour convaincre: sa personnalité, sa grâce, ses convictions profondes, sa patience et diplomate, son sens du devoir et respect envers ses collèges, sa manière de s'adresser à la foule, tout cela en fait une femme très charismatique, et prometteuse !

      J'ai bien observé son regard avec M. Lisée: remarquable de gentilesse et de force de caractère : C'est la force personnifiée cette femme. Lisée sait tout ça, et il a eu l'intelligence de lui faire une grande place au sein de son équipe , mais aussi à Aussant !

      Lisée travaille pour le pays, vraiment ! Et quand des gens le compare à la CAQ, bien ils n'ont rien compris du stratège-Lisée!

  • Marguerite Paradis - Abonnée 28 mai 2018 08 h 07

    AUCUN DE CES PARTIS

    Ni la CAQ, ni le PQ, ni QS et ni Libéral n'aura mon vote... Soyez tout de même assurés que j'irai voter.
    Au moins le parti de mon choix aura quelques ¢ grâce à mon vote pour « incarner » réellement le changement ;)

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2018 09 h 37

      Il vous restera le Bloc ou Justin , Madame Paradis !

    • Marguerite Paradis - Abonnée 28 mai 2018 11 h 01

      Nous parlons des partis au Québec madame Bolduc...

    • Serge Pelletier - Abonné 28 mai 2018 13 h 34

      Faux Madame Bolduc. Il y a quelques candidats ou partis politiques autres lors des élections provinciales. Actuellement, les quatres partis politiques du Québec sont constitués de trop de politiciens carréristes, qui en fait n'en pnt que pour leurs poches. Pire, ils se promènent d'un parti à l'autre selon les probalités d'être au pouvoir et décrocher un poste de ministre - ce qui augmente les $$$ en émoluments, en voyages, en rerate à venir, etc. Pire, ces gangs là votent en bloc comme le demande leur petit chef, qu'importe ce que ses commettants de circonscription expriment.
      Pire, même si battu, les partis politiques sont maintenant financés - sous prétexte de combat à la magouille aux enveloppes brunes - au nombre de votes obtenus... Donc, pourquoi les partis politiques se forceraient - LES $$$ ENTRANT À PLEINE POCHE.
      Quant aux "promesses" des uns et des autres... C'est d'un riddicule plus que consommé... Ils seraient aussi bien de proclammer "on va faire tout ce que l'on veut, et à vos frais de même qu'aux générations futures".
      Conséquemment tant qu'à avoir du fun, uniquement voter pour un parti style "rhinocéros" leur enlèvera les $$$ qu'un vote leur accorde.
      Je vous fait remarquer, Mme Bolduc, qu'il est ici uestion d'élections provinciales et que le Justintin d'Ottawa n'en fait pas partie. Par contre les $$$ versé à même les taxes et immpôts par vote exprimé est sur le même principe. Donc, aux élections fédérales l'on doit voter pour n'importe qui pourvu qu'il ne soit pas membres de ses partis parasites.
      L'on punit ainsi par là où ça fait mal... Les $$$ qu'ils ne recevront pas à même nos impôts et taxes.

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2018 17 h 49

      Madame Paradis, comme vous ne voterez pour aucun parti politique du Québec, dites-vous, je vous suggérais simplement de voter pour le Bloc, indépendantiste et qui défend les intérêts du Québec, avec Mme Ouellet comme cheffe, ou pour le grand Justin, ami des québécois, pourvu qu'ils ne soient pas indépendantistes !

      Vous avez le choix d'annuler votre vote au Québec, et d'attendre pour voter pour l'un des partis à Ottawa.

      Pour ma part, je voterai PQ, et ne voterai plus jamais pour le Bloc à Ottawa ! À moins que vous n'ayiez une autre suggestion à me faire, et je la considererai!

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2018 17 h 56

      M. Pelletier, vous n'aviez pas compris que c'était une boutade, comme si je ne savais pas que dans quelques mois, bien avant les élections au fédéral (en 2019), il y aura celles au Québec....

      Moi, en tous les cas, j'avais beaucoup aimé et rit avec le Parti Rhinocéros, je connaissais Jean Marcel, d'ailleurs ! Très drôle! Quand les politiciens encouragent le cynisme, il faut savoir en rire!

      Sans rire, je voterai pour le PQ!

  • Michel J. Grenier - Inscrit 28 mai 2018 18 h 01

    Du nouveau pour le Québec !

    Le Projet Liberté-Nation, c’est avoir une fédération à Québec plutôt qu’à Ottawa.

    Une République fédérale québécoise, c’est le pouvoir qui émane des citoyens des 17 anciennes régions administratives du Québec devenues 17 états forts, près des citoyens, avec chacun son Gouverneur, et pleins pouvoirs de taxation.

    Le Projet Liberté-Nation, c’est une fédération francophone interculturelle à Québec, dans laquelle les Premières Nations, les Métis, les allophones, les anglophones et les francophones se reconnaitront, partageant une langue commune.

    Moi, qui suis un fédéraliste inconditionnel et qui ai voté « non » aux deux premiers référendums, cette fois, je voterai « oui », sans aucune hésitation.

    Je voterai « oui » pour une fédération francophone interculturelle à Québec plutôt qu’une fédération multiculturelle, sans identité, à la Trudeau, à Ottawa.

    Je voterai « oui » pour 17 états, avec pouvoir provenant de la base citoyenne des régions décentralisées, plutôt qu’une centralisation imposée à partir du cerveau d’un seul homme, Justin, le caméléon.

    D’ailleurs, je vous le donne en mille. L’Académie française ajoutera deux mots au dictionnaire : camélionner et justiner, son synonyme.

    Je voterai « oui » pour que nous prenions le contrôle total de notre immigration alors que Justin et Ahmed tentent de nous faire payer la facture de réfugiés que Justin a lui-même invités à venir, en pleine télé, aux frais des Québécois.

    Je voterai « oui » pour que cesse la discrimination évidente envers à peu près tout ce qui est francophone et veut entrer au Québec.

    Je voterai « oui » pour que, dorénavant, nous puissions choisir librement nos immigrants, de cultures et coutumes différentes, dans le vaste bassin de +- 45 pays francophones.

    Je voterai « oui » pour que cessent les délais incroyables, les abus, les injustices quotidiennes des fonctionnaires anonymes d’Immigration Canada envers les plus de 500 (plus plein d’autres non identifiés encore) citoyens québé

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2018 20 h 49

      @ M. Grenier

      Continuons de le dire: Je voterai pour un Québec, sans complexe, pour qu'il s'affirme sans baisser l'échine, pour qu'il s'accepte lui-même sans rabaisser les autres, ce qu'on a fait trop longtemps avec nous, Québéois, Québécoises!

      Tenons-nous bien debout! Et, soyons fiers de nous, sans croire qu'il n'y a pasde raisons de s'imaginer que nous sommes parvenus à notre apogée, au contraire, tout est à refaire!

      En effet, nous commençons tout juste à vivre de notre indépendance, notre créativité. notre inttelligence! Notre beauté spirituelle et artistique nous servent magnifiiiquement bien : Nous sommes vrais!
      Nous commençons tout juste à vivre, à ne plus nous laisser berner! Soyons authentiques, construisons notre pays, notre devenir ! Demain il sera trop tard, le Fédéral nous aura englouti, au nom des multi-ethnies !