Le Parti québécois veut mettre en place la «véritable gratuité scolaire»

La vice-chef et le chef du Parti québécois, Véronique Hivon et Jean-François Lisée, au terme du congrès national du parti, dimanche à Drummondville
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir La vice-chef et le chef du Parti québécois, Véronique Hivon et Jean-François Lisée, au terme du congrès national du parti, dimanche à Drummondville

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, promet d’abolir les droits de scolarité des étudiants inscrits dans les cégeps et les universités québécoises, dont les parents gagnent moins de la moitié du salaire médian. Un engagement de 400 millions de dollars.

S’il décrétait la gratuité scolaire, L’État devrait hausser d’au moins 800 millions de dollars les subventions allouées aux cégeps et aux universités. « Nous n’aurons pas 800 millions de dollars dans un premier mandat à mettre là-dessus. Est-ce qu’on peut couper la poire en deux et graduellement arriver jusqu’à la fin du premier mandat en ayant assuré la gratuité à la moitié ? C’est un objectif », a indiqué le chef du PQ, Jean-François Lisée, au terme d’un dernier grand rassemblement des militants péquistes avant le déclenchement de la campagne électorale.

Le revenu médian des ménages québécois s’établissait, après impôts, à 52 207 $ en 2015, selon Statistique Canada.

Dans la perspective d’une « véritable gratuité scolaire » de la maternelle à l’université, le PQ s’engage aussi à supprimer « les frais trop importants » facturés par les écoles primaires et secondaires. « Les dictionnaires, les 'Bescherelle', les calculatrices, où c’est déjà prévu dans la loi qu’on n’est pas censé les acheter, ça va être gratuit », a dit M. Lisée, prônant un « État fort au service des gens ».

Les parents d’enfants à l’école privée pourraient toutefois devoir débourser plus, puisqu’un gouvernement péquiste « proposera une révision du financement de l’école privée ».

Premier pas vers la « gratuité scolaire », réduction des tarifs des CPE, révision du financement des écoles privées, renforcement de la loi 101, etc. : les délégués des associations locales et régionales du PQ ont fixé les priorités d’un éventuel gouvernement dirigé par Jean-François Lisée.

La commission politique a dévoilé dimanche avant-midi aux délégués des associations locales et régionales un projet de plateforme électorale ― assorti de plus de 25 fiches d'« engagements » ― dans laquelle elle fait flèche de tout bois.

Le PQ est déterminé à créer de nouvelles places en centres de la petite enfance (CPE) ― juste en CPE ― plutôt que des places en garderies privées subventionnées ou non subventionnées ou services de garde en milieu familial. Qui plus est, un gouvernement péquiste instaurera un tarif de garde unique de 8,05 $ par jour pour le premier enfant, de 4 $ par jour pour le deuxième enfant et de 0 $ pour le troisième enfant et les suivants. La tarification modulée en fonction du revenu familial, institué par le gouvernement Couillard, passera à la trappe, a fait valoir la vice-chef du PQ, Véronique Hivon. « Est-ce que quelqu’un imaginerait […] de moduler [des tarifs scolaires] selon le salaire des parents ? Les gens qui font plus d’argent paient déjà plus à travers leurs impôts que les gens qui font moins d’argent. Donc, pour nous, c’est un engagement ferme », a-t-elle insisté dans une mêlée de presse.

Immigration

Le PQ s’engage à fixer les seuils d’immigration, mais seulement après avoir sollicité et reçu les recommandations du vérificateur général du Québec. « La question des seuils d’immigration doit être dépolitisée », a plaidé le président de la commission politique Alexis Gagné-LeBrun devant le demi-millier de militants du PQ rassemblés à Drummondville ce week-end.

Aussi, un gouvernement péquiste « demander [a] que 100 % des futurs immigrants et leur conjoint ne soient admis sur le territoire que s’ils démontrent une bonne connaissance du français, et assurer la francisation des réfugiés dès leur arrivée sur le territoire. » Par ailleurs, il promet de « bien vérifier, au point d’entrée, que les candidats adhèrent aux valeurs et aux lois québécoises, puis renforcer cette connaissance par la suite ». Dans cet esprit, il modifiera la Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise ― que doit signer tout nouvel arrivant au Québec ― afin d’y inclure le respect des membres des communautés LGBTQ.

« On veut le succès de chaque nouveau Québécois. Reconnaître correctement ses diplômes et ses acquis. Lui dire franchement, avant qu’il arrive, amicalement : vous voulez réussir au Québec ? En plus de votre compétence professionnelle, vous avez besoin d’un outil indispensable : une connaissance suffisante du français. Si vous êtes un des 274 millions de Terriens qui parlent le français, c’est parfait. Sinon, on va vous aider à l’apprendre, chez vous, avant que vous fassiez votre valise. Et vous devez signer, absolument, la Déclaration sur les valeurs et les droits du Québec. C’est à prendre ou à laisser. Pas pires amis pour ça », a déclaré Jean-François Lisée dans le discours de clôture du Conseil national.

De plus, le PQ promet de mettre sur pied un « comité de suivi permanent sur l’intégration des personnes immigrantes et sur la lutte contre la discrimination et le racisme ».

Laïcité

Un gouvernement du PQ relancera le débat sur la laïcité, ne se satisfaisant pas la loi sur la neutralité religieuse de l’État adoptée par l’Assemblée nationale l’automne dernier. S’il est élu le 1er octobre prochain, il fixera les « paramètres » des accommodements religieux dans la Charte des droits et libertés de la personne, excluant d’emblée ceux incompatibles avec l’égalité entre les hommes et les femmes.

Il interdira non seulement aux personnes disposant d’un pouvoir de contrainte – juges, procureurs, gardiens de prison et policiers –, mais également aux éducateurs en garderie ou en CPE et aux enseignants des niveaux préscolaire, primaire et secondaire d’afficher leurs convictions, y compris religieuses. Le personnel en poste au moment de l’adoption de la loi bénéficierait d’un droit acquis, précise-t-on dans le projet de plateforme. Tout cela sera réglé en un an, a promis M. Lisée.

Enfin, dans ses 101 premiers jours, un gouvernement du PQ renforcera la Charte de la langue française, notamment afin d’élargir sa portée aux entreprises de 25 à 50 employés ainsi qu’aux entités à charte fédérale. Le PQ s’engage également à « mettre un cran d’arrêt à la pratique de nombreux employeurs réclamant la connaissance de l’anglais pour des tâches où cela n’est pas indiqué ».

D’autres détails suivront.

Le financement des cégeps anglophones laissé de côté

La révision du financement des cégeps anglophones ne fera pas partie des priorités d’un gouvernement du Parti québécois. En effet, la proposition de « graduellement align[er le financement des cégeps anglophones] sur le poids démographique proportionnel de cette communauté », qui fait partie du programme du PQ adopté en septembre dernier, n’a pas été retenue par les auteurs de la plateforme électorale dévoilée dimanche aux militants du PQ. Des membres du PQ avaient laissé tomber lors du dernier congrès national l’idée d’assujettir des établissements d’enseignement supérieur à la loi 101 ― à laquelle s’opposait Jean-François Lisée ― sur la promesse qu’un gouvernement péquiste « s’assur[e] que le financement des cégeps anglophones réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone et par conséquent qu’il soit graduellement aligné sur le poids démographique proportionnel de cette communauté ». M. Lisée a réitéré dimanche sa promesse de rendre « plus attractifs les cégeps francophones en donnant un meilleur parcours d’apprentissage de l’anglais », ce qui, selon lui, se traduirait nécessairement par une baisse des inscriptions dans les établissements d’enseignement anglophones et, conséquemment, de leur financement. « Ça va rééquilibrer le financement », a dit M. Lisée, balayant l’idée d’« imposer un dégraissage automatique » des subventions octroyées aux cégeps anglophones. Les cégeps et universités anglophones devront exiger une « réelle connaissance du français » de la part de leurs diplômés, peut-on aussi lire dans la plateforme électorale du PQ.