Le Parti québécois dévoile sa «Force bleue»

Selon M. Lisée, les changements de cap de son adversaire François Legault démontrent que c’est un opportuniste qui ferait tout pour être premier ministre.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon M. Lisée, les changements de cap de son adversaire François Legault démontrent que c’est un opportuniste qui ferait tout pour être premier ministre.

La Coalition avenir Québec a «Coaliste». Québec solidaire a «Mouvement». Le Parti québécois a «Force bleue».

À près de 125 jours des élections générales, le vice-président à l’organisation, à la mobilisation et à la formation, Marc Desnoyers, a dévoilé la «machine de guerre électorale» du PQ. «[Force bleue] permet de mieux nous organiser, de former nos militants plus efficacement et d’innover avec des outils technologiques plus efficaces», a-t-il déclaré devant quelque 500 militants péquistes samedi après-midi. «Jamais notre parti politique n’aura été doté d’outils technologiques aussi performants, aussi sophistiqués pour identifier des électeurs, leur transmettre nos messages et les amener à voter pour nous», a-t-il poursuivi, qualifiant du même souffle de «patentes à gosses» les «logiciels» des autres partis politiques.

L’excellence de «Force bleue», combinée à la présence de 80 000 membres aux quatre coins du Québec «plus que toutes les autres formations politiques confondues» permet à M. Desnoyers de croire que le PQ «va gagner beaucoup plus de circonscriptions que ce que les experts lui accordent présentement».  

«Lorsque la bataille électorale va se déclencher, la force de nos réseaux, nos militants, nos bénévoles va se déployer», a promis le chef du PQ, Jean-François Lisée. 

Le dernier sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal qui créditait il y a deux semaines le PQ de 22% des intentions de vote, comparativement à 35% pour la CAQ et 26 % pour le PLQ, ne l’affole pas. À ceux qui donnent pour mort le PQ, M. Lisée les invite à jeter un coup d’œil du côté de la campagne électorale en Ontario, où le NPD-Ontario est passé du troisième au premier rang. «En Ontario, les gens voulaient se débarrasser des libéraux et, pendant longtemps, ils ont pensé que les conservateurs étaient le meilleur outil de changement. Lorsque la campagne électorale a commencé, ils se sont mis à écouter les arguments des uns et des autres. Et, ils se sont dit: “Bien, finalement, ce n’était pas un si bon choix que ça. Le NPD a une meilleure équipe, est plus crédible, donc on se tourne vers ça.” On pense que c’est ce qui va se passer au Québec», a-t-il affirmé en marge du Conseil national du PQ à Drummondville.

Un demi-millier de délégués d’associations locales et régionales y sont réunis afin d’adopter leur plateforme électorale. Il s’agit du dernier grand rassemblement du PQ avant le déclenchement officiel de la campagne électorale.

Le PQ prend pour cible la CAQ
M. Lisée a appelé samedi les électeurs à bien peser les risques associés à une éventuelle victoire électorale de la Coalition avenir Québec. «À mesure qu’on entend ses propositions, on se rend compte que ce serait très risqué de l’avoir comme premier ministre», a-t-il déclaré lors d’un impromptu de presse samedi avant-midi.

François Legault, je lui donne une chose, il est très très très intéressé par le développement économique du Québec. Pour ça, il a juste à être ministre de l'Économie ou président d'Investissement Québec. Mais, sur tout le reste, franchement je pense qu'il n'a pas de convictions profondes.
 



Il a montré du doigt les volets «immigration», «énergie» et «santé et services sociaux» du programme du parti de François Legault qui, selon lui, ne sont «pas crédibles». M. Lisée a notamment tourné en ridicule la promesse faite par la CAQ de garantir aux Québécois d’être vus par un médecin dans un délai maximal de 90 minutes dans les salles d’urgence, et ce, d’ici 2022. «C’est tout à fait irresponsable de promettre un médecin en 90 minutes à l’urgence. […] C’est un rêve», a fait valoir l’élue Diane Lamarre, qui se tenait à ses côtés. M. Lisée et elle ont dénoncé en choeur le «programme centré sur les médecins» de la CAQ.

Les péquistes disent proposer une approche «complètement différente», reposant sur un financement bonifié des soins à domicile et un rôle accru des 200 000 professionnels de la santé issus de 26 professions différentes en première ligne. Un gouvernement péquiste confierait par exemple aux infirmières praticiennes spécialisées et aux pharmaciens de «donner des services directs sans passer par la tutelle du médecin». «C’est ça qui va accélérer les choses», a fait valoir M. Lisée, tout en concédant «ne va pas tout régler en un an» dans le réseau de la santé.

Véronique Hivon galvanise les troupes
La vice-chef du PQ, Véronique Hivon, a invité la population québécoise à ne pas courir après les «mirages de la CAQ». L’équipe de François Legault suscite des «attentes irréalistes» à coups de «promesses sorties d’un chapeau», selon elle. «Au Parti québécois, on sait pourquoi on fait de la politique. […] Pour changer la vie des gens : pour le mieux», a-t-elle déclaré avec aplomb devant les quelques centaines de militants du PQ rassemblés dans une salle de conférence de l’Hôtel Universel de Drummondville. «Pour ça, ça prend un État fort au service des gens», a-t-elle ajouté. Elle a accusé au passage la CAQ qu’elle a rebaptisée la «coalition affaiblissement Québec» de «conjuguer l’avenir au passé libéral». «Il faut le faire quand même!» a-t-elle lancé.

La députée de Joliette a demandé aux 400 membres rassemblés devant elle de «tout donner» afin d’imposer le PQ comme le parti du changement au détriment de la CAQ, d’ici le 1er octobre prochain. «Parce qu’après 15 ans de régime libéral, quelle imposture de faire croire que le changement serait de remplacer des gens qui ont coupé massivement dans les services aux citoyens par des gens qui veulent couper encore plus dans les services aux citoyens», a-t-elle déclaré, avant d’ajouter: «Quelle imposture de prétendre que le changement serait de remplacer un gouvernement fédéraliste par un autre gouvernement fédéraliste, avec un chef qui a changé d’allégeance et qui se trouve des raisons soudaines pour tenter de justifier sa fierté canadienne, qui se réclame du filet social canadien, alors qu’il souhaite affaiblir le plus bel acquis social des dernières années au Québec, les CPE, et qu’il recrute fièrement dans son équipe le grand adepte de la privatisation Youri Chassin.» La vice-chef du PQ ne retenait pas ses coups.

L’élue de Joliette a prononcé son discours avec une fougue qui a surpris plus d’un militant péquiste.

Il s’agissait ni plus ni moins d’«un des meilleurs discours politiques» entendus dans un conseil national du PQ, a lancé M. Lisée, après l’avoir rejoint sur la scène. 

M. Lisée refuse toutefois de s’effacer encore davantage au profit de Mme Hivon, comme le souhaiteraient des députés péquistes, selon différents médias. «Les députés qui disent ça devraient être sur le terrain et convaincre leurs électeurs qu’eux ils sont les meilleurs députés [en vue] des prochaines élections», a lancé Marc Laviolette, de l’exécutif de l’association péquiste de la circonscription Beauharnois, dans un impromptu de presse. «Sûrement que Madame Hivon serait une bonne chef. Mais, on n’est pas là aujourd’hui.»

Le Québec: un «pays responsable»

Après avoir déclaré son indépendance, le Québec supporterait une partie de la dette canadienne, mais non sans obtenir en contrepartie une partie des actifs fédéraux qui se trouve à l’extérieur du Québec, a suggéré le conseiller spécial au PQ, Jean-Martin Aussant, aux militants péquistes samedi après-midi. «En tant que pays responsable, le Québec prendrait vraisemblablement sa part de la dette, mais négocierait aussi une part des actifs que lui-même a payé hors Québec. Il y a beaucoup d’Actifs qui ont été construits au Canada avec des impôts et des taxes [provenant du Québec]», a-t-il dit déclaré, s’attirant les applaudissements de quelques centaines de militants. Le candidat dans Pointe-aux-Trembles s’est affairé pendant plus de 45 minutes à «démontrer à la population que la souveraineté c’est quelque chose d’extrêmement concret». «Ce n’est pas juste un projet poétique pour dire: “Maîtres chez nous” avec du Gilles Vigneault en arrière», a lancé l’économiste de 47 ans portant une cravate de couleur rouge. Un gouvernement du PQ mettra sur pied un secrétariat aux affaires afférentes à la souveraineté, qui sera chargé de la production ou de la mise à jour de toutes les études pertinentes à la souveraineté du Québec. Il tiendra un troisième référendum sur l’indépendance du Québec, dans un second mandat, entre 2022 et 2026. L’ex-chef d’Option nationale a résumé le projet indépendantiste porté par le PQ à: «voter ses lois», «gérer ses impôts» et «négocier des traités». «Comment se fait-il que l’on trouve naturelle chacune des trois parties individuelles, mais que le tout ne soit pas encore concrétisé?», a-t-il demandé. «Il faut combattre les peurs.»