Centrale de Bécancour: un jugement «injuste», affirme Pierre Moreau

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau

Il n’est pas question de revoir le contrat qui oblige Hydro-Québec à verser chaque année 120 millions de dollars à TransCanada, affirme le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau. Et selon lui, il est « injuste » de juger aujourd’hui de la pertinence de la centrale au gaz de Bécancour, même si celle-ci coûtera plus de 2,4 milliards de dollars pour ne produire aucune énergie.

Interpellé mardi par Le Devoir, le ministre Moreau a affirmé que le fait de remettre en question aujourd’hui la décision de construire cette centrale inutilisée depuis 10 ans revenait à jouer au « gérant d’estrade ».

« C’est un peu facile, rétrospectivement, de porter un jugement en 2018 à savoir si c’était une bonne idée en 2003. Il faut savoir que les contrats sont conclus sur la base des informations qui sont disponibles au moment où le contrat a été conclu », a-t-il fait valoir.

« Je ne pense pas qu’on puisse poser un jugement aujourd’hui sur ce que la science nous indiquait comme information en 2003, a ajouté le ministre. Au début des années 2000, Hydro-Québec avait des informations qui montraient que leurs réservoirs étaient en déficit hydraulique depuis 1991. C’est dans cet esprit que les contrats ont été conclus. »

Étant donné que la centrale est inutilisée depuis 2008 et que le contrat entre Hydro-Québec et TransCanada est valide jusqu’en 2026, serait-il pertinent d’envisager une révision ou une annulation de celui-ci ? « Il y a une obligation contractuelle qui existe », a laissé tomber Pierre Moreau.

« Quand vous achetez une voiture, vous passez un contrat avec le vendeur. Un moment donné, vos habitudes changent et vous vous dites que vous n’avez plus besoin d’une voiture, donc [que vous devriez] annuler le contrat avec le concessionnaire. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche », a-t-il illustré.

Pour le porte-parole d’Hydro-Québec, Louis-Olivier Batty, la meilleure option demeure aussi la « suspension » de la production d’énergie à la centrale au gaz naturel de Bécancour. La société avait toutefois tenté de prolonger son contrat avec TransCanada jusqu’en 2036, mais la Régie de l’énergie a annulé cette décision en 2016.

Fiasco

Le Parti québécois a pour sa part dénoncé « un fiasco économique assumé par les contribuables », selon ce qu’a résumé le député Sylvain Rochon, porte-parole en matière d’énergie. Hydro-Québec devrait, selon lui, rendre publique l’entente signée avec la pétrolière albertaine, mais aussi « venir s’expliquer en commission parlementaire ».

Même son de cloche du côté de Québec solidaire, qui estime que le Parti libéral démontre ainsi sa « proximité » avec les entreprises du secteur pétrolier. Sa porte-parole, Manon Massé, a souligné que Jean Charest a aussi été consultant pour TransCanada après sa carrière politique. Et celui qui était président d’Hydro-Québec au moment du démarrage de la centrale de Bécancour, Thierry Vandal, siège aujourd’hui au conseil d’administration de TransCanada.

Pour l’ancien coprésident de la commission sur les enjeux énergétiques du Québec, Normand Mousseau, il ne fait aucun doute que la décision de construire cette centrale au gaz était une mauvaise idée. « Nous étions dans une optique où on prévoyait une croissance importante de la demande, mais celle-ci ne s’est jamais produite. »

« Le problème est lié à l’approche d’Hydro-Québec, qui est habituée de réfléchir en termes de barrages. Il faut donc voir les choses venir plusieurs années à l’avance. Mais une centrale peut être construite en quelques mois. Il aurait donc fallu obtenir les autorisations, tout en prévoyant de construire la centrale lorsque ce serait nécessaire. Mais Hydro-Québec n’a pas fait cela », a-t-il expliqué.

Ce projet coûteux s’ajoute selon lui à d’autres mauvaises décisions énergétiques prises au cours des dernières années. Le développement de la filière, par exemple, a coûté près de 2,5 milliards à Hydro-Québec, alors que le complexe hydroélectrique de la rivière Romaine coûte 6,5 milliards. Dans les deux cas, selon M. Mousseau, l’énergie est vendue à perte.