Québec solidaire, ou le défi d’incarner ses principes

Le co-porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le co-porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois

Québec solidaire (QS) a conclu dimanche un conseil national tenu presque exclusivement à huis clos et au cours duquel il s’est efforcé de présenter des propositions « concrètes », à commencer par la promesse de réduire de moitié les tarifs de transport en commun partout au Québec.

Le parti a évalué les coûts de cette promesse à 427,8 millions de dollars, en divisant par deux le total des revenus (855,6 millions) des neuf principales sociétés de transport du Québec. Et comment entend-il la financer ? « Notre cadre financier n’est pas encore annoncé », s’est contenté de répondre le co-porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, en précisant que QS n’a pas l’intention d’augmenter la taxe sur le carburant ni les impôts des particuliers.

Dans les échanges qu’il a eus avec les médias, le jeune élu a insisté sur l’importance de « mettre en avant des propositions concrètes », en plus de souligner le caractère « raisonnable » et « réaliste » de la volonté du parti de réduire les coûts du transport en commun, dans l’espoir de les réduire à zéro d’ici dix ans.

« Les gens connaissent les valeurs de Québec solidaire, les gens connaissent les grands principes », a commencé Gabriel Nadeau-Dubois. « La démonstration qu’il faut faire, c’est comment on est capable d’incarner ces grands principes-là dans des propositions politiques concrètes, qui vont améliorer la vie quotidienne du monde. C’est, oui, la démarche qu’on est en train de mener à Québec solidaire », a-t-il reconnu.

Message et crédibilité

Or le parti ne souffre pas d’un déficit de crédibilité, a-t-il insisté. « [Il y a des] propositions concrètes qui, je ne sais pas pourquoi, ne se rendent pas aux oreilles des gens », a néanmoins concédé la candidate solidaire dans Mercier, Ruba Ghazal, en rappelant l’engagement du parti d’offrir une assurance dentaire publique et universelle.

Sauf qu’au Québec, seulement 5 % des électeurs voient en la solidaire Manon Massé le choix de la meilleure candidate au poste de premier ministre, selon un sondage Léger Le DevoirLeJournal de Montréal publié samedi.

Les délégués de Québec solidaire ont accordé cette fin de semaine un appui de 98 % à l’élue de Sainte-Marie–Saint-Jacques, afin qu’elle devienne la candidate du parti au poste de première ministre. Les 1018 répondants du sondage Léger ont été moins généreux : seulement 38 % des sympathisants solidaires ayant participé au coup de sonde ont déclaré que Manon Massé ferait la meilleure première ministre au Québec. Les militants libéraux, péquistes et caquistes ont tous accordé un appui supérieur à leur chef respectif.

Transparence

À l’Assemblée nationale, QS s’est positionné ces derniers mois en grand défenseur de la transparence, allant jusqu’à déposer le 3 mai une motion attaquant l’opacité du gouvernement Couillard. Cette posture a échoué au test de la réalité au conseil national. En deux jours, seul le débat qui a mené à la révision à la baisse — de 67 % à 45 % — de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 a été ouvert aux médias… après un revirement de situation ayant autorisé la levée du huis clos qui était initialement prévu. « Les militants avaient envie d’avoir ces discussions-là sans avoir peur de se retrouver la face au Téléjournal, tout simplement », a justifié Gabriel Nadeau-Dubois, en évoquant là un « souci légitime ». Rien à voir avec la confiance des militants envers les positions du parti, a-t-il ajouté. C’est plutôt la crainte de s’autocensurer qui a motivé la décision, a poursuivi Ruba Ghazal.

Québec solidaire s’est par ailleurs fixé l’objectif d’« augmenter son rythme de croissance » et de ratisser plus large, géographiquement. « Le rythme d’un député [supplémentaire élu] par élection, ce n’est plus suffisant. Il faut grandir plus vite. Et il faut sortir de Montréal », a lancé Gabriel Nadeau-Dubois. L’élu de Gouin a évoqué des percées dans Laurier-Dorion (Montréal), Sherbrooke, Rouyn-Noranda-Témiscamingue et Taschereau (Québec).

Dans un discours de clôture résolument environnementaliste, il a promis de faire de QS « la surprise de cette élection ». « La question, c’est quel changement [veulent les Québécois] ? », a-t-il ajouté devant la presse. « Est-ce qu’on veut un Parti libéral sur les stéroïdes ? Ça, c’est la CAQ. Ou est-ce qu’on veut un autre projet de société ? Ça, c’est Québec solidaire », a-t-il statué.

8 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 14 mai 2018 03 h 25

    Les atomes crochus manquent à l'appel.

    « (Nos) propositions, je ne sais pas pourquoi, ne se rendent pas aux oreilles des gens » avoue candidement la candidate Solidaire dans Mercier.

    Elle aurait pu admettre du même souffle que l'humeur de la population n'est pas pris en compte par les Solidaires quand cela ne fait pas leur affaire. À preuve le choix de Manon Massé comme candidate au poste de premier ministre par 98% des délégués Solidaires alors que seulement 5% de la population approuve ce choix pour le moins déconcertant.

    En effet, il n'est pas étonnant de voir que plusieurs se posent de sérieuses questions sur le jugement de cette personne. Après une lettre ouverte où elle étalait sans honte sa misandrie, elle en commet une autre la semaine dernière où elle cite, comme exemple de parité homme-femme au parlement, l'actuel gouvernement du Rwanda. Pour mémoire, tous les observateurs politiques considèrent le Rwanda comme une dictature dirigée par un criminel de guerre génocidaire! Il faut croire que personne n'a encore mis Madame Massé au courant de ce petit détail...

    Se pourrait-il que l'absence d'écoute de QS envers la population dans son ensemble explique pourquoi si peu de gens se montrent sensibles à ses propositions? Se pourrait-il qu'une bonne partie de la population ne se retrouve pas vraiment dans le projet de société "à gauche toute" proposé par les Solidaires? Se pourrait-il que les Solidaires, détenteurs tranquilles de la Vérité, n'ont aucunement l'intention de poser le moindre "geste concret" pour remédier à cette carence? Poser ces questions, c'est en même temps y répondre et comprendre pourquoi QS est depuis toujours bon dernier dans les sondages.

  • Gilles Théberge - Abonné 14 mai 2018 04 h 00

    C’est quand même curieux, la candidate principale qui dans les faits de viendrait première ministre, ce n’est pas elle qui est la porte parole, mais le jeune « blanc bec » de service GND...

    Le jeune GND dont les compétences sont obscures, qui annonce des centaines de millions de dollars de subventions à vrai dire, sans être capable de nous dire d’une manière sérieuse d’où viendrait l’argent, le cadre financier n’étant pas connu.

    Tout cela ne fait pas sérieux alors que s’amorce une campagne électorale qui portera sur des enjeux qui feront apparaître ce « lapin sorti d’un chapeau » , un des nombreux que possédé QS.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 14 mai 2018 18 h 30

      Mme Massé est co-porte-parole de QS. Tout comme le « blanc bec », M. Théberge.

      Compétences obscures? Que voulez-vous exprimer exactement ici M. Théberge?

      Le cadre financier? Ce n'est pas parce qu'il n'est pas connu actuellement qu'il ne le sera pas éventuellement M. Théberge.


      .

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 mai 2018 07 h 39

    … ?!? …

    « La question, c’est quel changement [veulent les Québécois] ? », a-t-il ajouté devant la presse. « Est-ce qu’on veut un Parti libéral sur les stéroïdes ? Ça, c’est la CAQ. Ou est-ce qu’on veut un autre projet de société ? Ça, c’est Québec solidaire » (Gabriel Nadeau-Dubois, QS)

    Question des Questions !?!

    En effet, si le Québec veut du « changement », il lui faudra, possiblement, connaître ou savoir dans quel Projet de Société il espère VIVRE !

    Outre cet universel « défi d’incarner ses-les principes », QS (A) est-il en mesure de les dévoiler de manière à permettre à l’électorat d’exercer démocratiquement sa citoyenneté, et ce, en dehors des huis clos traditionnels ?

    Qu’importe si le Peuple du Québec est au courant des Fondements idéo-politiques de cette Formation, l’important est de savoir le comment-pourquoi se réalisera ledit Projet !

    Quelques idées …

    … ?!? … - 14 mai 2018 -

    A : Même question pour les autres Formations politiques empruntant, ou selon ?!?, cette idée de Projet de Société.

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 mai 2018 08 h 20

    On a tellement hâte...

    ...de lire les acrobaties Montmarquettoises sur la Transparence, le Sens Démocratique (hé! la démocratie est inscrite dans le programme, donc c'est vrai!!) après un vote à 98% (Ben non! Les militants ne suivent pas unanimement les "suggestions dirigées", ben non!), l'Esprit Ouvert et Inclusif (ne même pas mentionner le PQ dans les options possibles, c'est TELLEMENT inclusif!), les ouverture partout dans le Québec (Bin quin, GND l'a dit.).

    Pour le futur, "on" fera des gorges chaudes sur le budget des z'autres au déficit zéro... et QS en fera autant dans son budget pro forma.
    Remarquez, QS n'a pas le choix. Déficit zéro obligatoire.
    Certains partis fonctionnent sur le principe de la croissance continue et donc peuvent utiliser un éventuel surplus pour éponger des dettes immédiates.
    Mais voilà, QS parle de croissance zéro, et donc ne peut pas dépasser l'évolution démographique.

    C'est pas la nationalisation des mines qui va payer pour ça : il n'y aura plus de prospection, donc plus de mine à moyen terme. Qui sera assez fou pour investir dans un truc aussi risqué, sachant que ses profits seront de vendre les droits à une entreprise gouvernementale ?
    La prospection, c'est comme la loto. Les petits lots n'intéressent personne.

    Quant aux solutions mitoyennes de participation qui seraient utilisées dans une social-émocratie, jamais! C'est pas correct moralement!

    Mais, bon, il paraît que le Programme du Parti est pagmatique.
    Soyons sûrs qu'il y en a un qui va nous le démontrer d'ici peu. Soyons sûrs qu'il aura raison. Il a toujours raison, le Parti est omniscient et représente la seule option différente.

  • Solange Bolduc - Inscrite 14 mai 2018 09 h 53

    LES GENS, EN EFFET, CONNAISSENT LES VALEURS DÉSINCARNÉES DE QUÉBEC SOLIDAIRE !

    Nos curocrates des temps modernes nous promettent le Ciel sur terre: ils rêvent dans le vide obscur! On a connu ça au Québec!

    Le Conseil de QS, en ce weekend, qui s’est tenu presque exclusivement à huis clos, pour débattre, de quoi au juste? Il semble s’être caché derrière un paravent de bonheur assuré, croyant le peuple trop stupide pour mesurer l’ampleur des débats, sinon des idées débattues.

    Et vous appelez ça, de la démocratie, alors que le peuple québécois se voit complètement exclu des enjeux qui le concernent? Faut le faire !

    Et le séduisant, croit Gabriel Nadeau-Dubois, et sa compère, l’anti-patrimoine, Manon-Massé chez QS concoctent des politiques idéalistes qu’ils ne pourront jamais réaliser au sujet des transports en commun. On jase, ça fait rêver à notre future première ministre du Québec suicidaire !

    Vers quel chemin, pour le moins assez tortueux, pourrait nous mèner QS, parti bicéphale : deux têtes bien mélangées, en apparence, dont il faudra bien qu’elles réalisent leurs ambitions radicales, pour dominer encore plus le peuple, se permettant, malgré ses bonnes intentions, de mépriser son intelligence !

    Rions pendant qu’il est encore temps, et surtout avant que les Québécois croient en ces utopistes de mauvais aloi! On est bien loin de Thomas More, et aussi de Rabelais, gens lettrés, et surtout deux grands humanistes de la Renaissance.

    Nous sommes au temps des curocrates des temps modernes avec QS : la croyance au Ciel ou bonheur assuré sur terre ! De belles promesses à moitié camoufflées ! La raison du huis clos : faut pas trop faire peur si l'on veut gagner!