Le train ne traversera plus Lac-Mégantic en... 2022

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rencontré vendredi Colette Roy-Laroche, mairesse de Lac-Mégantic au moment du drame qui a coûté la vie de 47 de ses citoyens le 6 juillet 2013.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rencontré vendredi Colette Roy-Laroche, mairesse de Lac-Mégantic au moment du drame qui a coûté la vie de 47 de ses citoyens le 6 juillet 2013.

« Depuis presque cinq ans, nous attendons ce moment. Aujourd’hui, comme une grande partie de la population, je pousse un immense soupir de soulagement », a soutenu la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, lors d’un point de presse annonçant la nouvelle voie de contournement vendredi matin.

« Ce que nous annonçons aujourd’hui n’est pas qu’un projet d’infrastructure, c’est un projet social qui favorisera le rétablissement de toute la population», a-t-elle ajouté.

« Je suis convaincue que le 11 mai 2018 marquera à jamais la ville de Lac-Mégantic. Cette date où on enlève le poids immense sur les épaules d’une population qui en avait déjà beaucoup trop à porter. Cette journée où on a cessé d’être des victimes pour devenir maîtres de notre destin et de nos ambitions. »

Le ton était solennel en cette froide journée de mai devant la gare de Lac-Mégantic, sur les lieux de la tragédie survenue le 6 juillet 2013. Tous les politiciens présents pour cette annonce ont rappelé les douloureux souvenirs associés à cette nuit où un déraillement de train chargé de pétrole a soufflé le centre-ville de la petite ville, tuant 47 personnes

« Le jour d’une annonce en infrastructures, les politiciens sont généralement tout sourire, mais pas aujourd’hui », a soutenu le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

« Aujourd’hui, ici, il n’y a rien qu’on ne donnerait pas pour revenir dans le passé. Évidemment, nous ne pouvons réécrire l’histoire. Mais nous pouvons, ensemble, façonner l’avenir. »

Le tracé retenu pour la voie de contournement fera 12,8 km et coûtera environ 133 millions. Le gouvernement du Canada assumera 60 % des coûts, et le gouvernement du Québec 40 %.
 

L’objectif est de construire la nouvelle voie « le plus tôt possible », répond le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui vise la mise en service pour 2022, « à moins de trouver des surprises ».

De l’insatisfaction

Si la voie de contournement fut réclamée par les Méganticois dès le lendemain de la tragédie, celle-ci ne fait pas l’unanimité aujourd’hui. Ainsi, quelques citoyens sont venus témoigner de leur insatisfaction, à grand renfort de pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Non à la voie de contournement ! » et d’autres slogans semblables.

Ces citoyens étaient principalement des gens de Lac-Mégantic et des deux municipalités voisines, Nantes et Frontenac, qui seront expropriés pour permettre la construction du nouveau rail.

« C’est la maison qui a été construite par mon arrière-grand-père, puis ils vont nous mettre dehors. Et même s’ils disent qu’ils vont nous racheter, je ne pense pas qu’ils vont être capables de donner la valeur que ça vaut, c’est une valeur émotive », se désole Raymond Savoie, un citoyen de Lac-Mégantic.

« On a un développement dans la ville, ils vont nous le couper en deux, qu’est-ce qu’on va faire avec notre terrain ? Il vaut plus rien, il est fini mon terrain. Je veux pas être exproprié. Je suis pas gros, mais ça va leur prendre un méchant gros bulldozer pour me sortir de là », renchérit Michel Dallaire.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelques citoyens ont profité du passage des politiciens dans leur région pour témoigner de leur insatisfaction de subir une expropriation pour permettre le passage du nouveau tracé ferroviaire.

Selon le ministre des Transports Marc Garneau, 44 personnes seront expropriées. « Nous allons rencontrer chacun des propriétaires et nous allons trouver un accord avec eux, ils vont obtenir une bonne valeur », assure-t-il.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, répond que, quel que soit le tracé choisi, il y aura toujours des gens qui en subiront l’impact.

« Dès que vous mettez la voie ferrée quelque part, il y a du monde là, ce sont toutes des terres privées ici, et non des terres de la Couronne. À partir du moment où vous déménagez la voie ferrée, vous l’amenez quelque part. Et on ne peut pas l’amener trop loin parce qu’économiquement, la ville a besoin que la voie ferrée soit près du parc industriel. Alors il n’y a pas beaucoup d’options disponibles. »

Celui-ci prévoit toutefois la tenue d’une audience publique spécifiquement sur le tracé choisi, afin notamment d’entendre les préoccupations des citoyens.

« Des modifications seront possibles, mais on s’entend [ce seront] des modifications à la marge, précise-t-il. Si, par exemple, on a un ensemble résidentiel prévu et qu’en bougeant juste un peu la voie ferrée, ça peut faciliter les choses, c’est le genre de chose qui pourra être fait. Mais on n’ira pas augmenter considérablement le coût, qui est déjà considérable. »

Appels à la solidarité

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, invite les citoyens et les gouvernements à « garder le cap », tout en essayant de réduire au maximum les impacts sur les citoyens des trois municipalités, qui travaillent de concert sur ce projet. « Souvenons-nous que des citoyens seront touchés, quel que soit le tracé final, et qu’ils deviennent, sans que personne l’ait souhaité, des victimes collatérales du 6 juillet 2013. »

Figure emblématique de la tragédie, l’ancienne mairesse Collette Roy-Laroche se disait elle aussi « tiraillée » par le fait que ce projet de voie de contournement va avoir des impacts sur certains citoyens et appelle à la solidarité.

« Il faut être sensible à ce que des gens vont perdre encore dans la réalisation de ce trajet. Mais en même temps, j’apprécie la solidarité des maires de Nantes et de Frontenac avec notre mairesse pour tenter de trouver des solutions qui vont causer le moins de dommages possible. Je les encourage à cette solidarité, parce que dans une petite région comme la nôtre, on a tous été touchés et on a besoin d’eux, on a besoin de se tenir ensemble. Alors, cette solidarité-là, je l’appelle encore une fois. »