Avancer vers la parité

Alice Mariette Collaboration spéciale
En septembre dernier, la Commission Femmes et gouvernance a succédé au Comité Femmes et gouvernance locale de l’UMQ. Plus qu’un changement de nom, il s’agit d’offrir un statut permanent et une reconnaissance à ce regroupement, dont le mandat est d’accroître le nombre de candidates et d’élues, mais aussi de leur apporter un soutien approprié.
Photo: Union des municipalités du Québec En septembre dernier, la Commission Femmes et gouvernance a succédé au Comité Femmes et gouvernance locale de l’UMQ. Plus qu’un changement de nom, il s’agit d’offrir un statut permanent et une reconnaissance à ce regroupement, dont le mandat est d’accroître le nombre de candidates et d’élues, mais aussi de leur apporter un soutien approprié.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Si plus de femmes qu’avant se lancent en politique, la parité reste encore un défi pour les villes. Au sein de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), diverses actions sont menées pour favoriser leur participation à la démocratie municipale.

« Toujours regarder à travers le filtre de la parité, quelle que soit la décision que l’on doit prendre, nous permet de faire avancer les choses », lance d’emblée Maude Laberge, mairesse de Sainte-Martine et présidente de la Commission Femmes et gouvernance de l’UMQ. Elle ajoute que les actions favorisant la parité sont accessibles à toutes les municipalités, quelle que soit leur taille. Il ne s’agit d’ailleurs pas nécessairement d’actions de grande envergure. Par exemple, dans sa ville, à Sainte-Marie, lors de chaque assemblée publique, une attention particulière est portée au tour de paroles qui se fait toujours de façon paritaire. « C’est symbolique; avec ce genre d’incitatif, ce type d’encadrement qui ne coûte rien et qui est facilement accessible à tous, on réussit à mettre la préoccupation de la parité en avant tout le temps », souligne la mairesse.

En septembre dernier, la Commission Femmes et gouvernance a succédé au Comité Femmes et gouvernance locale de l’UMQ. Plus qu’un changement de nom, il s’agit d’offrir un statut permanent et une reconnaissance à ce regroupement, dont le mandat est d’accroître le nombre de candidates et d’élues, mais aussi de leur apporter un soutien approprié. « Nous sommes passés d’un comité spécial pour les élections municipales à une commission légitime et dont le travail est reconnu », explique Mme Laberge. La commission souhaite avant tout travailler au sein même de l’UMQ afin d’adopter une politique d’égalité. « Ensuite, nous pourrons mettre en valeur auprès des municipalités les actions qui pourraient les amener à plus de parités et à favoriser la place des femmes dans les municipalités et la vie citoyenne », développe la mairesse de Sainte-Martine. La commission est actuellement en train d’adopter le plan d’action pour les prochaines années.

Encourager les femmes à se lancer

Pendant la période préélectorale de 2017, l’UMQ a mené la campagne « Ça prend des femmes comme vous » pour tenter d’avoir plus de candidates aux élections municipales. Selon un sondage piloté par la Commission femme et gouvernance de l’UMQ avec Léger marketing, la campagne a incité, de près ou de loin, 21 % des élues à se présenter l’année dernière.

Selon cette même étude, menée auprès des membres élus municipaux afin de connaître leur perception en matière d’égalité entre les femmes et les hommes au sein des villes, la conciliation travail-famille-vie politique arrive au premier rang des difficultés vécues. Près de 27 % des élus ont indiqué avoir déjà remis en question leur décision de se présenter aux élections municipales en raison de complications liées à cette conciliation. « Il faut prendre des mesures concrètes et parfois très simples. Par exemple, au sein de mon conseil municipal, nous avons calqué le calendrier municipal sur le calendrier scolaire, pour que les assemblées ne se déroulent jamais pendant les semaines de relâche », illustre Maude Laberge.

Par ailleurs, si les femmes hésitent davantage à se lancer en politique, c’est aussi parce qu’elles ont moins confiance en elles. « Les femmes estiment souvent qu’elles n’ont pas toutes les compétences pour le faire », croit Mme Laberge. Selon le sondage Léger, 32 % de femmes trouvent que le manque de formation est une des principales difficultés à titre d’élue. Pourtant, l’étude montre que les femmes élues sont statistiquement plus éduquées que leurs collègues masculins. Du côté des hommes, le pourcentage ne dépasse pas 20 %.

Dans les petites municipalités, les partis sont inexistants. Ce sont des candidats indépendants, donc c’est le réseau qui compte, et le réseau féminin est souvent plus faible et les femmes se sentent souvent seules dans un milieu d’ordinaire plutôt conservateur.

Besoin de modèles

« Rares sont ceux qui sont contre la parité, mais tout est dans les façons d’y arriver et plus on va en parler, plus on va créer une certaine adhésion », note Maude Laberge. L’objectif de la commission étant une augmentation du nombre d’élues d’ici quatre ans. « Bien que l’on ait travaillé fort cette année, que l’on soit fiers de la campagne, il ne faut pas perdre les avancées », ajoute-t-elle, rappelant que le Canada se situe au 61e rang en matière de représentation féminine dans les parlements, et le Québec au 49e.

Selon elle, il est donc nécessaire de prendre des mesures concrètes et de parler de parité aussi souvent que possible. Elle mentionne la visibilité offerte par des prix de reconnaissance, comme celui de Francine-Ruest-Jutras, qui vise à souligner « l’excellence et le leadership des femmes sur la scène politique municipale et dans la gouvernance locale ». En 2017, il a été décerné à la mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, pour saluer sa contribution au développement durable de sa communauté.

Il est aussi important pour les femmes d’avoir des modèles de réussite. « Cela donne le goût aux autres femmes de faire le saut et aussi plus de confiance », lance Mme Laberge, rappelant que trois des dix plus grandes municipalités du Québec ont actuellement une mairesse : Valérie Plante à Montréal, Sylvie Parent à Longueuil et Josée Néron à Saguenay. En tout, plus de 210 villes ont une femme à leur tête depuis les dernières élections. Mme Laberge constate toutefois que, même une fois élues, les femmes ont plus de pression que les hommes. « À chaque faux pas, parce qu’elle est une femme, Mme Plante est scrutée de façon particulière; c’est plus difficile pour une femme », estime-t-elle.

En outre, elle constate une différence entre les grandes et les petites municipalités en matière de parité. Pour elle, les plus grandes sont plus avancées, notamment parce que la question de la parité est très présente à l’intérieur des partis politiques. « Dans les petites municipalités, les partis sont inexistants. Ce sont des candidats indépendants, donc c’est le réseau qui compte, et le réseau féminin est souvent plus faible et les femmes se sentent souvent seules dans un milieu d’ordinaire plutôt conservateur », croit-elle.

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