Ruba Ghazal, une cadre candidate chez Québec solidaire

Appuyée par Amir Khadir, Ruba Ghazal a confirmé sa mise en candidature lundi matin dans une librairie de l’avenue du Mont-Royal.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Appuyée par Amir Khadir, Ruba Ghazal a confirmé sa mise en candidature lundi matin dans une librairie de l’avenue du Mont-Royal.

Amir Khadir se retire et Ruba Ghazal entre en scène. La militante de gauche atypique, diplômée de HEC Montréal, cadre dans une usine montréalaise de production de bouteilles, va se présenter pour obtenir l’investiture de Québec solidaire (QS) dans la circonscription de Mercier.

Elle a l’appui du député en poste depuis décembre 2007. Elle devrait logiquement être choisie par les militants lors de l’investiture du 21 juin.

La mise en candidature a été confirmée ce lundi matin dans une librairie de l’avenue du Mont-Royal, à deux pas de la résidence de Mme Ghazal. Elle était accompagnée du député Amir Khadir et de Gabriel Nadeau-Dubois, représentant de la circonscription voisine de Gouin.

« Je suis féministe et j’ai fait ma place dans un milieu d’hommes, et je souhaite que d’autres me suivent », a dit la directrice santé, sécurité et environnement chez Owens-Illinois, fabricant mondial de contenants de verre, qui exploite une usine à Pointe-Saint-Charles.

Je suis Québécoise, enfant de la loi 101. Je suis aussi d’origine palestinienne et ces deux grands peuples auxquels j’appartiens se rejoignent dans leur volonté de pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir. Par-dessus tout, je suis solidaire.

 

« Je suis Québécoise, enfant de la loi 101. Je suis aussi d’origine palestinienne et ces deux grands peuples auxquels j’appartiens se rejoignent dans leur volonté de pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir. Par-dessus tout, je suis solidaire. […] Je me suis tout de suite sentie chez moi dans ce mouvement parce qu’il ne ressemble à rien d’autre sur la scène politique québécoise. Parce qu’il carbure à autre chose que le pouvoir de l’argent. »

En entrevue, elle a précisé qu’elle ne venait pas d’une famille politisée, mais qu’elle-même l’a toujours été.

« J’ai été de gauche d’aussi loin que je me souvienne. J’étais déjà de gauche dans mes cours de morale au secondaire. Tout le monde était pour la peine de mort, sauf moi. Plus jeune, j’ai aussi été très impliquée dans des groupes de dialogues entre Juifs et Palestiniens. Je l’ai moins été après. Je ne suis pas une militante palestinienne. »

Option solidaire

M. Khadir, 57 ans, a lui-même contacté Mme Ghazal, 41 ans, il y a quelques mois pour lui annoncer qu’il ne briguerait pas un quatrième mandat et pour lui demander de prendre le relais.

« J’espère bien qu’avec mon appui, elle aura aussi l’appui de l’association de Mercier comme candidate de QS pour les élections du 1er octobre 2018. Ruba est une femme exceptionnelle. Elle est arrivée au Canada, au Québec vers l’âge de 10 ans. Très vite, elle a pris fait et cause pour le projet d’émancipation du peuple québécois à travers son implication dans le milieu étudiant et surtout à travers la reconnaissance dans le Québec de ce projet de société qui était à la base de ce qui est devenu Option citoyenne. »

Mme Ghazal a été deux fois candidate pour cette formation. Elle défend une laïcité ouverte et a témoigné avec Françoise David à la commission Bouchard-Taylor.

Elle tend maintenant à s’occuper particulièrement du dossier environnemental au sein de QS. Ce choix découle de sa quinzaine d’années d’expérience dans le monde de l’entreprise privée.

« Le système de gestion ISO, les programmes de prévention, tout ça c’est mon quotidien, dit-elle. Ça ne sonne pas très sexy, en tout cas, pas dans ma famille. Mais c’est ça qui protège notre monde, notre environnement. C’est ça qui prévient la contamination de nos cours d’eau, l’air qu’on respire. […] Je suis fière de ce que j’ai accompli. Mais aujourd’hui, je me rends compte qu’il faut changer les pratiques à un autre niveau, et cet autre niveau, c’est l’État québécois. »

Politiques laxistes

Dans son discours, Mme Ghazal a expliqué qu’en 15 années en usines, elle n’a croisé qu’une seule fois un inspecteur du ministère de l’Environnement du Québec. « L’autorégulation ne fonctionne pas, et ce n’est pas la faute de mes collègues ou de mes employeurs. C’est la faute de politiques laxistes qui n’ont ni mordant ni moyens. »

En entrevue, elle a souligné les apparentes contractions gouvernementales qui font par exemple que, d’un côté, le Québec rate la cible de ses réductions de gaz à effet de serre et, de l’autre côté, il annonce la construction de l’autoroute 19. « Le gouvernement parle des deux côtés de la bouche », souligne-t-elle.

Pour elle, la campagne a déjà débuté et, maintenant, elle compte bien croiser un maximum de gens sur le terrain.

« J’ai déjà commencé avec Amir. J’aime rencontrer les personnes, les entendre parler de leur réalité, leur expliquer notre projet. J’applique la même pratique en entreprise. Je suis cadre. Je vais dans l’usine et je parle au gars de la shop. J’aime beaucoup ce contact. »

Candidature vedette

Gabriel Nadeau-Dubois a expliqué que, depuis l’annonce du départ d’Amir Khadir, star du parti (il n’a pas employé ce qualificatif), les journalistes lui demandent si QS trouvera une « vedette » pour le remplacer.

« Ça m’a fait réfléchir. C’est quoi au fond une candidature vedette ? a-t-il lui-même demandé. Est-ce seulement une personne qui passe à la télévision ou quelqu’un qui amène une expertise, une expérience et la met au service du public ? Ruba Ghazal tombe dans cette deuxième catégorie. »