Diplomation: la comparaison avec l’Ontario ne tient pas la route, dit le ministre de l’Éducation

Les notes de passage diffèrent au Québec et en Ontario, a fait remarquer le ministre de l’Éducation.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les notes de passage diffèrent au Québec et en Ontario, a fait remarquer le ministre de l’Éducation.

Devant les chiffres alarmants sur le taux de diplomation au Québec, le gouvernement libéral reconnaît qu’il y a encore du travail à faire, mais appelle à la « prudence » dans les comparaisons avec l’Ontario.

« L’étude de ce matin, elle est importante, je salue ceux qui l’ont faite, mais je veux qu’on se rappelle qu’il y a des distinctions à faire avec l’Ontario », a affirmé le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

Ce dernier réagissait à la nouvelle étude de l’Institut du Québec qui dévoilait mercredi que le Québec est dernier de classe au Canada en matière de diplomation et que l’écart ne cesse de se creuser entre le Québec et l’Ontario, en particulier chez les jeunes garçons. Le taux de diplomation dans le réseau public est de 57 % chez les garçons québécois, contre 82 % pour les garçons ontariens.

« Ce n’est pas pour excuser notre travail, mais il faut dire les choses telles qu’elles sont : les comparaisons sont imparfaites avec l’Ontario, a ajouté le ministre. Il faut comparer des pommes avec des pommes et non pas avec des oranges. »

Voyez la réaction du ministre Sébastien Proulx

 

 

Le ministre rappelle que la note de passage en Ontario est de 50 %, comparativement à 60 % au Québec. Il soutient également que les élèves ontariens peuvent « aménager » leur diplôme en mettant de côté certaines matières, alors qu’au Québec, il faut réussir toutes les épreuves à sanction.

Le ministre reconnaît qu’il y a « un retard à combler » au Québec, mais affirme être « sur la bonne voie ». Et ce, même si l’étude démontrait plutôt que le Québec stagnait depuis 10 ans.

« Vous ne pouvez pas comparer les efforts que nous avons faits, notamment dans les dernières années, avec les taux de diplomation qui datent de cohortes qui ont débuté en 2009 », se défend le ministre.

Ainsi, selon lui, les mesures les plus récentes mises en avant par son gouvernement en matière de réussite éducative « vont porter [leurs] fruits à long terme ».

Életrochoc

Les partis d’opposition ont fustigé le gouvernement libéral, au pouvoir presque sans interruption depuis 15 ans, pour ces résultats catastrophiques.

« Il va falloir que M. Proulx cesse d’être dans le déni et accepte qu’on compare les taux de diplomation du Québec avec ceux de l’Ontario », affirme le porte-parole en éducation de la CAQ, Jean-François Roberge.

Il rappelle que le ministre de l’Éducation a annoncé ces dernières années plusieurs mesures prometteuses qui tardent à se concrétiser, comme la création d’un institut national sur l’excellence en éducation. « Peut-être qu’avec l’électrochoc ce matin, les libéraux vont cesser d’en parler et commencer à bouger. »

Faisant écho à cette nouvelle étude, mais également à différents articles sortis ces derniers jours, notamment sur la violence à l’école et sur l’épuisement des enseignants, Gabriel Nadeau-Dubois parle d’une véritable « crise » dans le milieu de l’éducation. « L’attitude du ministre, ça s’appelle du jovialisme », dénonce le député de Québec solidaire.

Le Parti québécois a pour sa part déposé un projet de loi visant à protéger les budgets en éducation, un projet qui permettrait au Québec, assure-t-on, de se « hisser au rang des meilleurs étudiants au Canada ».

« Décrochage parental »

Tant le premier ministre, Philippe Couillard, que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ont dû défendre leur bilan en matière d’éducation.

Le ministre Proulx a réitéré son intention de créer un institut national d’excellence en éducation, affirmant qu’il travaillait présentement à un projet de loi en ce sens.

« On n’est pas au bout de nos peines, reconnaît le ministre. Il faut travailler encore et il va falloir travailler en formation et sur les programmes. Il va falloir rendre cette école aussi attrayante pour les garçons que pour les filles, que ce soit avec le numérique, avec l’activité physique, avec des modèles un peu différenciés, mais il y a une réalité : les choses tendent à s’améliorer. »

Refusant de prendre tout le blâme, le ministre retourne le miroir sur les parents. « Ne cherchons pas à qui la faute, regardons-nous comme société […] Au Québec, il faut se rappeler, et du côté francophone historiquement, il y a, oui, un décrochage scolaire, mais il y a aussi un décrochage parental. »

Il affirme que la société québécoise ne valorise pas suffisamment l’instruction et que la mobilisation d’une communauté autour de l’éducation des jeunes — comme cela se fait notamment chez les anglophones — compte énormément. « Il faut se regarder dans les yeux comme société, et pas juste en se comparant à l’Ontario. »