Le lancement du programme Objectif emploi connaît des ratés

L’obligation pour les primo-demandeurs d’aide sociale de participer à un «plan d’intégration en emploi» pose de «gros enjeux» pour Emploi-Québec, a expliqué le ministre François Blais.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne L’obligation pour les primo-demandeurs d’aide sociale de participer à un «plan d’intégration en emploi» pose de «gros enjeux» pour Emploi-Québec, a expliqué le ministre François Blais.

Le lancement du programme Objectif emploi connaît des ratés, admet le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais.

En effet, le « démarrage » du programme obligeant les primo-demandeurs d’aide sociale à participer à un « plan d’intégration en emploi » sous peine de sanctions pose de « gros enjeux » pour Emploi-Québec et les centres locaux d’emploi (CLE).

« Des modifications importantes […] ne sont pas terminées encore. Il y a encore du travail à faire au niveau des systèmes informatiques », a expliqué l’élu en commission parlementaire lundi.

La confusion s’est installée dans certains CLE, si bien que des organismes de défense des droits des assistés sociaux sont appelés en renfort. « Plusieurs sont obligés de consulter parce qu’il manque encore beaucoup d’information et d’accompagnement », a souligné le coordonnateur du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, Yann Tremblay-Marcotte, lundi au Devoir.

Les primo-demandeurs d’aidesociale doivent, depuis le 1er avril dernier, élaborer avec un agent d’aide à l’emploi d’un CLE un « plan d’intégration en emploi personnalisé » afin de « retrouver une autonomie financière ». Trois voies s’ouvrent à eux : la recherche active d’emploi, le développement de leurs compétences ou encore le développement de leurs habiletés sociales.

Un demandeur d’aide sociale sur cinq (20,8 %) a patienté cinq jours ou plus avant d’être convoqué dans un CLE pour sa première « entrevue d’évaluation et d’aide à l’emploi ».

« La rencontre est reportée parce qu’il peut y avoir un peu plus de monde dans le CLE cette journée-là. Alors, on préfère reporter la rencontre pour avoir plus de temps avec la personne », a expliqué M. Blais.

Cela dit, 58,7 % des primo-demandeurs ont été reçus par un agent à l’emploi le jour même du dépôt de leur demande d’aide de dernier recours et 20,8 % dans les 4 jours suivants.

M. Tremblay-Marcotte se demande si les agents à l’emploi — qui sont « souvent très compétents, mais ne sont pas pour autant des psychologues ou des travailleurs sociaux pour la plupart », mentionne-t-il au passage — ont été convenablement formés pour accomplir cette tâche.

Le ministère « surpris »

Le ministère a recensé 1378 premières demandes d’aide sociale au cours du mois d’avril.

« La première semaine du mois d’avril, il y a eu quand même beaucoup d’inscriptions. On a été assez surpris de ça », a fait remarquer le ministre libéral. Il a évoqué une « hypothèse qui n’a pas été validée » selon laquelle des primo-demandeurs auraient patienté jusqu’au 1er avril pour s’inscrire au programme Objectif emploi puisqu’il prévoit « des montants substantiellement plus élevés » que la prestation de base d’aide sociale.

En plus de la prestation de base d’aide sociale (633 $), les personnes inscrites au programme Objectif emploi obtiennent une « allocation de participation » de 165 $ ou 260 $ par mois. En revanche, celles qui refusent d’y participer s’exposent à une « sanction » pouvant atteindre quelque 225 $ par mois.

M. Blais n’appréhende pas une hausse marquée du nombre de demandeurs d’aide de dernier recours au cours du reste de l’année.

Environ 15 000 personnes au Québec déposent bon an mal an une première demande d’aide sociale, a-t-il rappelé.