SPGQ: l’avenir de l’expertise au sein du gouvernement

Alice Mariette Collaboration spéciale
Le président du SPGQ, Richard Perron, rappelle l’intention de la Ville de Montréal d’ouvrir des postes pour embaucher davantage d’experts analystes en procédé informatique. «Cependant, cela ne se concrétise pas comme on le voudrait par des embauches réelles.»
Photo: iStock Le président du SPGQ, Richard Perron, rappelle l’intention de la Ville de Montréal d’ouvrir des postes pour embaucher davantage d’experts analystes en procédé informatique. «Cependant, cela ne se concrétise pas comme on le voudrait par des embauches réelles.»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Tout en saluant les annonces récentes du gouvernement québécois, le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) continue de titrer la sonnette d’alarme concernant la perte d’expertise en interne.

« Le gouvernement doit s’attaquer à la réduction du recours abusif à la sous-traitance qui nous coûte les yeux de la tête dans plusieurs domaines », défend Richard Perron, président du SPGQ. Par ailleurs, il ajoute qu’il est absolument nécessaire d’ajuster les salaires des professionnels au niveau du marché. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, il existe un retard de près de 23 % de la rémunération globale en comparaison aux autres secteurs publics, comme les administrations municipales et fédérales, les entreprises publiques ou encore les universités.

Richard Perron rappelle l’intention de la Ville de Montréal d’ouvrir des postes pour embaucher davantage d’experts analystes en procédé informatique. « Cependant, cela ne se concrétise pas comme on le voudrait par des embauches réelles, et le taux d’embauche dans les secteurs très pointus reste en deçà de ce qu’il serait permis d’embaucher pour une raison simple : les salaires ne sont pas au rendez-vous en ce qui concerne la fonction publique du Québec, ils ne sont pas aux prix du marché », affirme-t-il.

Porte ouverte aux négociations

Pour le syndicat, l’annonce d’augmentation des salaires est un pas dans la bonne direction. Le président du SPGQ n’hésite pas à parler de « déblocage » de la part du gouvernement, qui depuis 2016, ne semblait pas ouvert à la discussion. Il explique que l’entente prévoit des augmentations de salaire d’une moyenne de 12,5 % en cinq ans, cela excluant le montant forfaitaire proposé par le Front commun. « C’est important de montrer à nos membres qu’il est possible de croire que l’on va commencer à s’attaquer à l’écart salarial », souligne M. Perron.

Le gouvernement a aussi annoncé qu’il allait dès à présent rembourser les cotisations professionnelles de ses membres à pratique exclusive. « Le gouvernement du Québec a longtemps été le seul employeur à ne pas le faire et, d’ailleurs, il le faisait déjà depuis des décennies pour ses avocats, les juristes de l’État et les procureurs de la couronne », mentionne M. Perron, ajoutant que cela permet de rétablir le sentiment d’injustice ressenti par les membres concernés, à l’instar des comptables agréés, des arpenteurs-géomètres ou encore des évaluateurs agréés.

Enfin, la création d’un comité externe sur l’équité, qui permettra de comparer les conditions de rémunération des professionnels constitue un élément extrêmement important pour le syndicat. « Les recommandations de ce comité indépendant devront être appliquées dans le cadre de la présente convention collective et on entend bien faire la démonstration au gouvernement et à l’ensemble de la société québécoise qu’il est d’intérêt public d’ajuster le salaire de l’État québécois pour avoir des services publics de qualité », lance M. Perron.

Budget favorable

Par ailleurs, le programme Immigration, Diversité et Inclusion a vu son budget augmenter de 31 %. « On a eu l’occasion de dénoncer le démantèlement progressif qui a eu lieu au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) au cours de la dernière décennie », rappelle M. Perron. S’il voit l’augmentation d’un bon œil, il estime que le rattrapage demande toutefois beaucoup plus d’efforts. « C’est bien d’avoir constaté tout le mal qui a été fait pour la mission du MIDI, mais les efforts qui sont annoncés sont insuffisants », croit-il.

En outre, l’annonce des investissements supplémentaires en transport collectif et dans le réseau routier de 6,3 milliards dans le Plan québécois des infrastructures 2018-2028 pose certaines questions. « À partir du moment où on a atrophié la fonction publique de son expertise, si on se lance dans d’énormes projets, il va falloir se doter de l’expertise qui va permettre de bien gérer en interne pour ne pas se livrer aux diktats de l’entreprise privée qui pourrait se servir dans le plat de bonbons comme elle le faisait auparavant », relève Richard Perron.

Pour finir, il indique avoir envoyé une lettre à chacun des quatre partis politiques, avec les deux mêmes questions. L’une demandant ce qu’ils entendaient faire pour éviter le recours abusif à la sous-traitance et l’autre interrogeant sur les façons d’attirer et de retenir les professionnels. Les réponses seront partagées avec les 25 000 membres du SPGQ, ainsi qu’avec l’ensemble des Québécois.