Marche du 28 avril: les forces vives partent en campagne

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le salaire minimum à 15 $ l’heure fera partie des cinq grands thèmes de la prochaine campagne électorale qui s’annonce.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le salaire minimum à 15 $ l’heure fera partie des cinq grands thèmes de la prochaine campagne électorale qui s’annonce.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À la veille de la Fête des travailleuses et des travailleurs, syndicalistes et groupes communautaires tiendront une grande marche le 28 avril. L’occasion de dévoiler les cinq grands thèmes sur lesquels ils ne cesseront d’interpeller les différents partis politiques tout au long de la campagne pour les élections générales du 1er octobre prochain.

Salaire minimum à 15 $ l’heure, réinvestissement dans les services publics et les programmes sociaux et mise en place de mesures concrètes pour mettre fin aux surcharges de travail, conciliation travail-famille-études, lutte contre les paradis fiscaux et transition énergétique juste : nul doute que ces cinq grands thèmes feront partie de la prochaine campagne électorale qui s’annonce. Et si ce n’est pas le cas, les syndicats et autres groupes communautaires se chargeront d’interpeller les partis politiques sur ces différents sujets.

« Ces cinq thèmes ont rapidement fait consensus tant du côté des syndicats que des groupes sociaux qui nous accompagnent dans l’organisation de cette marche, affirme la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot. Même si nous pouvons avoir des réalités différentes au quotidien, nous nous rejoignons sur le fait qu’il faut mettre fin aux politiques d’austérité et réinvestir afin de procurer aux travailleurs des conditions de vie décente. »

« Ceux qui s’installeront aux commandes de l’Assemblée nationale en octobre auront les clés du Québec pendant les quatre prochaines années, ajoute le président de la Confédération des syndicats nationaux, Jacques Létourneau. Durant toute la campagne, nous irons chercher des engagements. Parce qu’une fois au pouvoir, on le sait bien, le registre politique change. Ce sera alors notre rôle que de leur rappeler leurs engagements. »

Pas de consigne de vote

M. Létourneau souligne par ailleurs qu’il sera difficile pour le futur gouvernement, comme il a souvent coutume de le faire, de prétexter des finances publiques en piteux état pour ne pas tenir ses engagements. Tout le monde sait aujourd’hui que les années d’austérité ont permis au gouvernement libéral de Philippe Couillard d’engranger plusieurs milliards de dollars.

« Et cela sur le dos des Québécoises et des Québécois, fustige-t-il. Ces surplus viennent directement des coupes. Il y a de l’argent dans les caisses de l’État, mais dans le même temps, les contribuables paient pour obtenir des services, bien plus qu’ils ne le faisaient avant. Et ce ne sont pas les réinvestissements en santé et en éducation du dernier budget qui comblent les besoins de la population. »

Si les syndicats ne souhaitent pas donner de consigne de vote aux travailleurs, ils espèrent que cette marche du 28 avril permettra de commencer à les intéresser à la campagne et à les conscientiser au fait que chaque voix compte et que tous les programmes ne se valent pas.

Les différents porte-parole notent d’ailleurs que, malgré les années d’austérité que le PLQ a fait subir à la population ces dernières années, il aura suffi de quelques cadeaux lors du dernier budget pour que ce parti remonte dans les sondages. Ils font également valoir que le parti qui mène actuellement la course, à savoir la CAQ, est loin d’être le plus progressiste.

« Que ce soit sur le plan de l’éducation, de la santé ou de son programme économique, la CAQ n’a jamais démontré un parti pris en faveur des travailleuses et des travailleurs, note Louise Chabot. Durant la campagne, nous allons interpeller les candidats sur leur plateforme. Nous allons aussi aller à la rencontre de nos membres, travailleuses et travailleurs, pour les questionner sur le type de changement qu’ils veulent, le type de société dont ils souhaitent se doter. »

Rehausser le niveau de vie

Ces dernières années, le 1er mai avait plutôt été l’occasion de mener des actions au niveau régional. Mais le contexte préélectoral a fait en sorte que nombre d’acteurs ont souhaité cette grande marche montréalaise. Les syndicats donc, mais aussi les groupes communautaires comme le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec, le Réseau québécois de l’action communautaire autonome et La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles, la Coalition main rouge, qui s’oppose à la tarification et à la privatisation des services publics, l’Union étudiante du Québec, le Centre des travailleurs et des travailleuses immigrants, la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec, Au bas de l’échelle, qui défend les travailleurs non syndiqués, ou encore Attac Québec.

L’objectif : rassembler le plus de monde possible le samedi 28 avril au départ du Parc olympique afin de faire passer un message clair aux partis politiques : il est plus que temps de mettre fin à la précarisation des travailleurs et de partager les richesses afin que tous les citoyens voient leur niveau de vie rehaussé.

« Nous ne parlons pas que pour nos membres, fait remarquer le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer. Lorsque nous demandons le réinvestissement dans les services publics, c’est pour le bien de monsieur et madame Tout-le-Monde, et je pense notamment aux retraités. Lorsque nous militons pour un salaire minimum à 15 $ l’heure, c’est surtout pour les travailleurs non syndiqués, car la grande majorité de nos membres sont au-delà de ce plancher. »

Sur ce point particulier, les responsables syndicaux notent d’ailleurs que l’Ontario est passé à 14 $ en janvier — avant les 15 $ début 2019 — et que la province est loin de vivre la catastrophe économique annoncée par le patronat.

« Plusieurs provinces canadiennes vont le faire, des villes américaines également, souligne M. Létourneau. Pourquoi le Québec n’y arriverait-il pas ? C’est un prérequis pour sortir les travailleurs de la pauvreté et nous ne lâcherons pas avant de l’avoir obtenu. »

Les organisateurs de la marche appellent donc toute la société civile à les rejoindre samedi dans les rues de Montréal afin que ceux qui aspirent à gouverner comprennent bien qu’il ne leur sera pas donné carte blanche.