Quelque 40% des migrants entrent au Québec pour mieux aller en Ontario

Le profil des personnes qui franchissent la frontière de manière irrégulière par le chemin Roxham a changé depuis un an.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le profil des personnes qui franchissent la frontière de manière irrégulière par le chemin Roxham a changé depuis un an.

Quelque quatre demandeurs d’asile sur dix qui franchissent ces jours-ci la frontière canado-américaine au Québec aspirent à refaire leur vie en Ontario.

Cette statistique en main, le gouvernement québécois demande à Ottawa d’effectuer « la sélection et le tri des gens qui veulent se diriger vers d’autres provinces » afin d’atténuer la pression sur les services d’accueil offerts à ces migrants au Québec.

« Ce serait très facile pour le fédéral de poser cette question-là parce que, présentement, les gens du ministère de la Santé posent la question informellement aux gens qui arrivent et on a près de 40 % [des personnes qui] nous disent : “On veut aller vers l’Ontario.” Déployer l’arsenal pour les héberger, leur trouver un logement, leur donner l’aide sociale pour qu’ils s’en aillent vers l’Ontario, on trouve que… ce n’est pas la meilleure idée », a fait valoir le sous-ministre de l’Immigration, de la Diversité, et de l’Inclusion, Bernard Matte, mercredi après-midi.

Le profil des personnes qui franchissent la frontière de manière irrégulière par le chemin Roxham a changé depuis un an. En 2017, les migrants provenaient « majoritairement de la communauté haïtienne ». « [Ils] voulaient venir au Québec. On disait : “Ben oui, ça vaut la peine !” », a rappelé le haut fonctionnaire devant la Commission de l’administration publique (CAP). Ce n’est plus le cas.

M. Matte a aussi souligné qu'« il y a davantage de familles dans les nouvelles vagues » de migrants interceptés par la Gendarmerie royale du Canada, puis pris en charge par l’État québécois, ce qui laisse entrevoir une augmentation des inscriptions dans des écoles qui sont « concentrées » dans des secteurs spécifiques de Montréal. « Le ministère de l’Éducation nous dit : “On a besoin d’aide. On a besoin de souffler.” C’est pour cela que le fait de mettre une limite — je ne dirais pas un quota —, de donner un signal fort sur notre capacité, ce n’est pas seulement l’hébergement temporaire, c’est sur l’ensemble. Là, la pression est grande », a-t-il soutenu. Il faisait allusion à l’ultimatum lancé lundi par son patron David Heurtel : à compter du 24 avril prochain, le Québec refusera d’accueillir de nouveaux demandeurs d’asile lorsque 1575 des 1850 places (85 %) en centre d’hébergement temporaire sis au Québec seront occupées. « Après ça, c’est sa responsabilité [au gouvernement fédéral] », a insisté M. Matte.

En plus d’offrir un hébergement temporaire aux migrants, le gouvernement québécois offre de l’aide à la recherche d’un logement permanent sur le marché locatif privé, de l’aide financière de dernier recours, une éducation préscolaire ainsi qu’un enseignement primaire et secondaire, des cours de français à temps partiel, de l’aide juridique pour la préparation de la demande d’asile, un service d’aide psychologique spécialisée s’adressant aux réfugiés et aux immigrants, a énuméré M. Matte après avoir rappelé que le délai d’attente à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié avant une première audition s’élevait à pas moins de vingt mois.

Le haut fonctionnaire était convoqué devant la CAP afin de détailler les modifications apportées aux programmes d’intégration des personnes immigrantes depuis la publication d’un rapport par la vérificatrice générale, l’automne dernier. Les élus ont profité de sa présence sur la colline Parlementaire afin de faire un bilan provisoire des contrecoups de la crise des migrants au Québec.

Changement de ton

Plus tôt, le premier ministre Philippe Couillard sommait Ottawa d’assumer ses responsabilités dans l’accueil des demandeurs d’asile. La réponse d’Ottawa transmise mardi en soirée l’avait irrité.

Le ton s’est toutefois adouci en soirée mercredi. Les ministres Ahmed Hussen, Marc Garneau et David Heurtel sont arrivés ensemble à la réunion du groupe de travail sur la migration irrégulière lancé en août pour faire face à la crise.

« Déjà, on sent que le ton change et qu’il y a une réelle volonté de travailler avec le Québec pour trouver des solutions concrètes, et c’est le but de la rencontre aujourd’hui », a déclaré le ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel. Ni l’un ni l’autre n’ont voulu indiquer si cette reconnaissance allait s’accompagner d’une enveloppe.

Avec La Presse canadienne