Mobilité durable, les ambitions de Philippe Couillard

Accompagné de son ministre des Transports, André Fortin, le premier ministre Philippe Couillard a levé le voile sur la Politique de mobilité durable de son gouvernement pour les prochaines années.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Accompagné de son ministre des Transports, André Fortin, le premier ministre Philippe Couillard a levé le voile sur la Politique de mobilité durable de son gouvernement pour les prochaines années.

À quelques mois des élections provinciales, le premier ministre Philippe Couillard promet de faire de sa Politique de mobilité durable « la Baie-James de notre époque », avec des investissements prévus de 2,9 milliards de dollars d’ici cinq ans, dont une part importante est prévue pour le développement du transport en commun.

L’ancien premier ministre Jean Charest avait promis de faire du Plan Nord « la Baie-James » de notre époque et le chef actuel du Parti libéral du Québec a repris l’expression à son compte mardi en dévoilant la Politique de mobilité durable de son gouvernement.

Concrètement, une première phase d’investissements est prévue pour la période 2018-2023. Elle sera assortie de fonds totalisant 2,9 milliards de « nouveaux investissements » d’ici cinq ans, mais la majorité des objectifs fixés par le gouvernement sont inscrits à l’horizon 2030 (voir notre tableau). Québec ambitionne d’ailleurs de devenir un « leader nord-américain de la mobilité durable et intégrée d’ici 2030 ».

Pour y parvenir, la politique annoncée mardi doit permettre d’accroître, chaque année, l’offre de transport en commun de 5 %. Et pour « rendre le transport collectif urbain plus attrayant et compétitif », une enveloppe globale de 1,59 milliard de dollars est prévue d’ici cinq ans.

Nationalisme économique

D’ici 12 ans, le gouvernement évalue aussi que 70 % de la population du Québec devrait avoir accès à « quatre services de mobilité durable ». Cela devrait contribuer à atteindre un autre objectif ambitieux, soit celui de réduire de 20 % les déplacements en « auto solo », mais aussi le « temps de déplacement » moyen des citoyens et les dépenses allouées au transport.

L’enjeu climatique est sans surprise inscrit dans la politique libérale, puisque le gouvernement souhaite réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports de 37,5 % d’ici 2030 par rapport à 1990. Cela signifie réduire les émissions de près de 50 % par rapport à la situation actuelle, rappelle Équiterre. Le secteur des transports pèse très lourd dans le bilan des gaz à effet de serre de la province puisqu’il représente 42 % des émissions.

Persuadé de voir les Québécois acquérir davantage de voitures électriques ou hybrides rechargeables au cours des prochaines années, Philippe Couillard a dit y voir un geste de « nationalisme économique » puisque l’énergie hydroélectrique est produite au Québec.

Le premier ministre a toutefois rejeté de nouveau l’idée de taxer l’achat de véhicules polluants, dans un contexte où les ventes de camions et de véhicules utilitaires sport continuent de gagner en popularité au Québec. « Plus les mesures sont contraignantes, moins elles rallient la population », a répondu M. Couillard au Devoir.

À l’heure actuelle, le Québec compte un peu plus de 20 000 voitures électriques, alors que l’objectif du gouvernement est d’atteindre une cible de 100 000 d’ici deux ans. Un objectif hors d’atteinte, selon ce qui se dégage des prévisions du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.

La politique présentée mardi a été saluée par des organismes patronaux, mais aussi par des groupes environnementaux comme la Fondation David Suzuki et Équiterre. Selon le directeur principal de l’organisme écologiste, Steven Guilbeault, « la mise en place d’une cible ambitieuse de réduction de ces émissions était indispensable pour que le Québec fournisse sa part dans la lutte contre les changements climatiques ».

Du côté de l’Union des municipalités du Québec, on a toutefois plaidé pour une « réforme » du financement du transport en commun. Il faut dire qu’à l’heure actuelle, les municipalités assument une part importante des coûts d’exploitation en transport collectif.


Des objectifs

Réduction de 20 % sur le temps moyen de déplacement entre le domicile et le travail

2016: 25,8 min.

2030: 20,64 min.

Réduction de 25 % des accidents mortels et avec blessés graves

2016: 1827

2030: 1370

Réduction de 20 % des dépenses des ménages allouées au transport

2016: 9652 $

2030: 7721 $

Réduction de 40 % de la consommation de pétrole dans le secteur des transports (en milliards de litres)

2013: 13,9

2030: 8,34

Réduction de 37,5 % des GES dans le secteur des transports (en mégatonnes)

1990: 28,06

2014: 33,28

2030: 17,54