Une plainte pour harcèlement embarrasse les libéraux

Le premier ministre Philippe Couillard et la whip libérale Nicole Ménard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard et la whip libérale Nicole Ménard

L’entourage du premier ministre a été avisé en décembre d’une plainte pour harcèlement visant le député d’Argenteuil Yves St-Denis, mais le caucus libéral a attendu la publication médiatique de révélations embarrassantes à son sujet, mardi, pour annoncer son départ.

Une employée du Parti libéral du Québec (PLQ) a déclaré au réseau Cogeco que le député St-Denis lui a envoyé des photos sexuellement explicites peu de temps après une conférence téléphonique tenue à l’aube de l’élection d’avril 2014.

L’élu d’Argenteuil a confirmé avoir envoyé une photo provenant d’un « film porno », mais a ajouté qu’à son avis, son interlocutrice était « consentante ». Quelques heures plus tard, le caucus libéral a annoncé qu’Yves St-Denis siégerait désormais comme député indépendant. Le principal intéressé n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Devoir.

Photo: Facebook / @stdenis.yves Le député provincial d’Argenteuil, Yves St-Denis

Devant les médias, la whip libérale Nicole Ménard a reconnu avoir été informée d’une plainte pour harcèlement le 1er décembre. « Je l’ai guidée à utiliser la politique de harcèlement de l’Assemblée nationale », a-t-elle dit au sujet de la plaignante. Elle n’a pas cru bon de rencontrer le député ciblé par la plainte. « On me fait une plainte à mon bureau [qui est] confidentielle. [J’ai renvoyé] la personne à la politique et ça demeure toujours confidentiel, alors je n’avais pas à intervenir auprès de M. St-Denis », a-t-elle déclaré.

Même discours au bureau du premier ministre, où l’on estime que le processus prévu par la politique de gestion et de prévention des situations de harcèlement à l’Assemblée nationale devait suivre son cours avant que l’on intervienne. « Il y a toujours des choses en cours de vérification », a d’ailleurs fait valoir le chef libéral.

Silence chez les élues libérales

La ministre de la Condition féminine, Hélène David, a aussi dit juger que la whip de son parti avait « fait ce qu’il fallait faire, c’est-à-dire accompagner la plaignante et lui dire tout ce qu’elle pouvait faire pour aller porter plainte ». Au cours des derniers mois, la ministre David a multiplié les sorties médiatiques afin d’encourager les victimes de violence sexuelle à dénoncer leurs agresseurs. Mardi, elle a omis de saluer « le courage » des femmes qui brisent le silence, comme elle l’a fait auparavant.

Voyez la réaction de la ministre Hélène David au retrait d'Yves St-Denis du caucus libéral.

Aucune autre élue libérale n’a souhaité commenter l’affaire.

La politique de prévention du harcèlement à l’Assemblée nationale prévoit que le whip du parti auquel adhère un député ciblé par une plainte soit avisé des étapes de cheminement de cette dénonciation si le plaignant est membre du personnel du député. Or, si le plaignant fait partie du personnel administratif, le whip est informé uniquement si la plainte est jugée recevable par l’instance externe chargée de la traiter.

L’identité de la femme ayant porté plainte contre Yves St-Denis est inconnue. Sa dénonciation — doublée d’autres commentaires sur le comportement du député d’Argenteuil — a néanmoins poussé le PLQ à reporter l’investiture dans cette circonscription des Laurentides.

La gestion des libéraux dénoncée

En dépit de l’application, par la whip libérale, de la politique de harcèlement dont s’est dotée l’Assemblée nationale en 2015, les partis d’opposition ont dénoncé la gestion de cette affaire par le bureau du premier ministre. « Je pense que le gouvernement libéral se traîne les pieds », a déclaré l’élue solidaire Manon Massé. « Chaque fois qu’il entend, qu’il reçoit soit des plaintes, des demandes, le Parti libéral semble oublier ça jusqu’à tant que ça sorte dans les médias. » Même réaction de la députée péquiste Carole Poirier. « On a attendu que ce soit dans les médias pour [que M. St-Denis] se retire », a-t-elle déclaré. Nathalie Roy, de la Coalition avenir Québec, s’est indignée du comportement de l’élu d’Argenteuil, qu’elle a qualifié de « mononcle macho ». « Ça m’inquiète du jugement du premier ministre, de laisser un individu qui a si peu de jugement en place et d’en faire un cas seulement quand ça sort dans les journaux », a-t-elle ajouté.

Yves St-Denis est le troisième élu libéral à être ciblé par des allégations de nature sexuelle. Les députés Gerry Skalvounos et Pierre Paradis ont été expulsés du caucus libéral après qu’ils eurent été respectivement ciblés par des plaintes d’agression et d’inconduite sexuelles. Aucune accusation n’a été portée contre eux.