REM: les redevances versées à la Caisse atteindraient 11 milliards en 20 ans

Le REM est un projet de 6,3 milliards financé à moitié par Québec, Ottawa et Hydro-Québec.
Photo: REM Le REM est un projet de 6,3 milliards financé à moitié par Québec, Ottawa et Hydro-Québec.

Les contribuables pourraient devoir payer plus de 11 milliards de dollars à la Caisse de dépôt et placement pour son Réseau express métropolitain (REM), au cours des 20 prochaines années.

C’est ce que laissent présager les projections d’achalandage de la Caisse, un document confidentiel obtenu par La Presse canadienne.

Dès l’entrée en service complète du REM en 2024, la Caisse pourrait réclamer près de 382 millions à l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui refilera la facture au gouvernement du Québec, à 85 %, et aux municipalités, pour le reste.

Le gouvernement ne s’est toutefois pas engagé au-delà de 2023-2024 en vertu du dernier budget Leitão, ce qui laisse planer l’incertitude pour les Villes de banlieue qui s’inquiètent déjà de la tarification, car un mécanisme d’indexation complexe est prévu.

En vertu des ententes actuelles, l’ARTM — qui coordonne les services dans l’ensemble de la région au nom des municipalités — doit verser une redevance de 0,72 $ par passager/km à la Caisse à compter de 2021, à l’entrée en service du REM, dont les lignes ne seront pas alors encore complétées.

Indexation annuelle

Une source proche du dossier a fourni un tableau à La Presse canadienne à partir des projections d’achalandage du REM, en fonction d’une cible d’inflation qu’elle juge « conservatrice ». Si on l’indexe annuellement à 2 % aux fins d’estimation, la redevance serait autour de 0,76 $ en 2024.

Les autorités ont toujours évoqué une hypothèse de 400 millions de passagers/km, mais dès 2024 la Caisse projette un achalandage de 499,8 millions de passagers/km et la facture atteindrait donc 382 millions de dollars, avec un ajustement tenant compte du chevauchement de l’année financière et de l’année civile.

En vertu du document contenu dans l’entente, « la Caisse reconnaît que ses prévisions d’achalandage étaient grossièrement sous-estimées », a affirmé notre source, dans une entrevue récente.

Le document révèle que les projections d’achalandage sont de 557,1 millions de passagers/km en 2025, 628,1 millions en 2030, 660,6 millions en 2040 et 665,7 millions en 2042, à la fin de la projection.

À un tarif indexé à 0,78 du passager/km en 2025, la Caisse de dépôt recevrait donc 434 millions de dollars ; à 0,86 $ en 2030, elle encaisserait 540 millions ; à 1,05 $ en 2040, cela ferait 692,91 millions ; et finalement, à 1,09 $ du passager/km en 2042, elle empocherait 726 millions.

« Dès 2028, l’ARTM va faire un chèque qui va “péter” les 500 millions », a estimé notre source.

Si on additionne chacune des redevances annuelles payables estimées de 2021 à 2042, avec une tarification indexée à 2 % par an, la somme totaliserait 11,4 milliards.

« Quand on sera rendu là, pour les municipalités membres de l’ARTM, la facture va commencer à être drôlement salée », a soutenu notre interlocuteur.

L’ARTM redistribuera les factures en fonction des quotes-parts déjà établies pour chacune des municipalités membres.

À titre d’exemple, prenons la facture projetée de 382 millions de dollars de 2024. Elle serait assumée à 85 % par le gouvernement, soit 325 millions, mais le solde, 57 millions, incomberait aux municipalités de la région. Dans son dernier budget, le gouvernement a pour sa part inscrit pas plus de 115 millions en « contribution à l’exploitation » pour 2023-2024.

En vertu des quotes-parts, Montréal épongerait 65,057 % du solde, soit 37 millions, et Longueuil, 11,494 %, soit 6,55 millions. Saint-Eustache, par exemple, à 0,504 %, paierait donc 287 000 $.

Par courriel, le Bureau de projet du REM a indiqué en fin de journée que « les coûts facturés à l’ARTM se feront uniquement en fonction de l’achalandage réel du REM », et non en fonction des projections.

« Environ un tiers de ces coûts seraient directement couverts par les tarifs payés par les usagers, qui seront comparables aux tarifs actuels, a écrit le directeur des relations avec les médias, Jean-Vincent Lacroix. Il est donc faux de dire que les coûts du REM s’élèveront à 11 milliards pour le gouvernement du Québec et les municipalités. »

En outre, « les coûts pour exploiter tous les autres réseaux de transport de 2021 à 2042 s’élèveraient à plus de 81 milliards, avec une indexation de 2 % », a fait valoir le porte-parole.


Le REM réagit

Par courriel, le Bureau de projet du REM a indiqué en fin de journée que « les coûts facturés à l’ARTM se feront uniquement en fonction de l’achalandage réel du REM », et non en fonction des projections. « Environ un tiers de ces coûts serait directement couvert par les tarifs payés par les usagers, qui seront comparables aux tarifs actuels, a écrit le directeur des relations avec les médias, Jean-Vincent Lacroix. Il est donc faux de dire que les coûts du REM s’élèveront à 11 milliards pour le gouvernement du Québec et les municipalités. » En outre, « les coûts pour exploiter tous les autres réseaux de transport de 2021 à 2042 s’élèveraient à plus de 81 milliards, avec une indexation de 2 % », a fait valoir le porte-parole.