Pauline Marois ne croit pas que les quotas sont la solution pour atteindre la parité

Pauline Marois salue la volonté affichée par les quatre partis présents à l’Assemblée nationale de présenter au moins 40% de candidates aux élections du 1er octobre.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Pauline Marois salue la volonté affichée par les quatre partis présents à l’Assemblée nationale de présenter au moins 40% de candidates aux élections du 1er octobre.

Ce n’est pas par l’imposition de quotas que le monde politique atteindra la parité hommes-femmes, estime Pauline Marois. L’ancienne première ministre croit plutôt que c’est grâce à un mélange de pression populaire et de volonté politique qu’on verra plus de femmes en politique.

« C’est un peu difficile d’imaginer qu’on va faire des quotas dans les partis politiques, a soutenu Mme Marois lundi en entretien avec Le Devoir. Mais on peut s’attendre à ce qu’il y ait des engagements [en faveur de la parité], que volontairement les chefs [s’engagent] et disent : vous nous évaluerez pour ça. »

Et pourquoi pas un seuil obligatoire de candidatures respectant la zone paritaire, une suggestion mise en avant par plusieurs groupes ?

Pauline Marois, qui prononce ce midi une conférence sur « son parcours dans un monde majoritairement masculin » devant des invités de l’organisme Crew M, répond qu’il y a un écueil : le processus démocratique.

« Un chef ne peut pas imposer un candidat », rappelle-t-elle en évoquant les assemblées d’investiture que tous les partis tiennent — sauf la Coalition avenir Québec, où François Legault décide des candidatures.

« Et même si on présente 39 % de candidates, comme le Parti québécois l’a fait en 2014, même si elles sont dans de bonnes circonscriptions, on ne va pas toujours réussir à les faire élire. Des candidats masculins peuvent les battre. Et au bout du compte, on peut quand même se retrouver avec 27 % d’élues », comme ce fut le cas il y a quatre ans.

Partant de là, la tâche d’un premier ministre qui voudrait composer un conseil des ministres paritaires devient ardue, dit-elle. « On doit saluer ce que Jean Charest a fait en 2007. Moi, avec un gouvernement minoritaire, j’ai fait le maximum dans les circonstances [le tiers du conseil était composé de femmes], mais c’était impossible », soutient-elle.

L’approche non contraignante pour atteindre la parité en politique serait aussi celle recommandée par les élus de l’Assemblée nationale qui étudient cette question depuis deux ans, rapportait la semaine dernière La Presse canadienne. La Commission des relations avec les citoyens devrait remettre son rapport sur la question en juin.

Des pas en avant

En citant des exemples européens où l’approche volontaire a donné des résultats, Pauline Marois estime que les éléments sont en place au Québec pour que le dossier de la parité progresse.

« Il y a un courant de pensée qui se dégage actuellement, une prise de parole qui a énormément d’impact sur les décideurs politiques, qui vont être jugés à cette aune-là. On exprime des attentes et eux ont des comptes à rendre. »

Ainsi Mme Marois salue-t-elle la volonté affichée par les quatre partis présents à l’Assemblée nationale de présenter au moins 40 % de candidates aux élections du 1er octobre. En date du 16 avril, la cible est respectée, avec 43,9 % de candidates parmi ceux qui ont été investis.

Québec solidaire et le Parti québécois en font un engagement précis, alors que les libéraux et les caquistes disent vouloir faire le plus d’efforts possible pour y arriver.

« J’aime beaucoup le concept de zone paritaire à 40 %, dit Mme Marois. Je crois qu’il faut être capable de fixer des objectifs atteignables. Sinon, on se décourage et on laisse tomber. L’objectif final reste d’avoir 50 % de femmes, mais il y a un effort considérable à faire. »

La semaine dernière, 69 % des répondants à un sondage Léger-Le Devoir disaient penser que les « partis politiques devraient avoir autant de femmes que d’hommes parmi leurs candidats ».

Vigie parité

Candidats officiels aux prochaines élections en date du 16 avril 2018

CAQ : 11 femmes sur 24 candidats (45,8 %)

PLQ : 9 femmes sur 26 candidats (34,6 %)

PQ : 11 femmes sur 29 candidats (37,9 %)

QS : 16 femmes sur 28 candidats (57,1 %)

Total : 43,9 % de candidatures féminines