Alcool: les assouplissements proposés inquiètent le DSP

Les heures d'autorisation de la vente d'alcool ne devraient pas être élargies, selon les recommandations du directeur national de la santé publique. 
Photo: iStock Les heures d'autorisation de la vente d'alcool ne devraient pas être élargies, selon les recommandations du directeur national de la santé publique. 

Le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, rappelle au gouvernement de tenir compte des risques posés par l’alcool dans la modernisation des règles entourant l’octroi de permis. Il a évoqué une nécessité de « cohérence » avec les autres missions de l’État, que ce soit par exemple la santé publique ou la sécurité.

Le Dr Arruda a par exemple menacé de faire une « convulsion » si la vente d’alcool devait être permise au-delà de 23 heures dans les dépanneurs et les épiceries. Le projet de loi ne le prévoit pas, mais l’Association des détaillants en alimentation estime qu’il serait souhaitable d’évaluer cette option.

Le Dr Arruda comparaissait hier dans le cadre des consultations sur le projet de loi 170 modifiant diverses dispositions législatives en matière de boissons alcoolisées.

« Les consommations problématiques ont surtout lieu en soirée et dans la nuit. Je vous supplie de ne pas céder », notamment pour protéger les jeunes, a lancé le Dr Arruda. « Si j’ai un seul message à livrer, c’est de ne pas lâcher sur cette question. »

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, l’a immédiatement rassuré. « Je vais vous éviter la convulsion. Je n’ai pas l’intention d’aller là », a-t-il confirmé.

Ouverture le matin

Le Dr Arruda n’est pas non plus complètement rassuré face à l’intention du gouvernement de permettre la vente d’alcool chez les détaillants dès sept heures le matin, plutôt que huit.

Selon lui, si la mesure peut être inoffensive dans certains endroits, il n’en est pas de même au centre-ville, par exemple, notamment en raison de la présence d’itinérants.

Il se questionne également sur la multiplication possible de lieux où consommer, avec la permission qui serait donnée aux restaurateurs de servir de l’alcool sans repas. « Maintenir la cuisine ouverte [pour pouvoir servir de l’alcool dans un restaurant] serait un incitatif à ce qu’ils ne se transforment pas en bar » en fin de soirée, a-t-il invoqué.

Formation des employés

Concernant la formation à la consommation responsable, le Dr Arruda estime qu’elle devrait s’étendre au-delà des propriétaires et des exploitants des établissements. « Une intervention du serveur peut éviter un accident », a-t-il rappelé.

Dans un « monde idéal », tous les employés seraient formés, a-t-il affirmé, et plus particulièrement dans les bars, où le risque de consommation excessive est plus élevé.

« Mais il faut aller plus loin que seulement le propriétaire, a-t-il affirmé. Ce n’est pas une formation de deux heures sur Internet avec examen qui va être problématique », selon lui, pour des travailleurs qui apprennent déjà à préparer… de nombreux cocktails.

L’Union des tenanciers de bars du Québec appuie l’idée de former tous les employés, mais demande qu’un tel programme soit financé par le gouvernement.

Protéger les jeunes

Le Dr Arruda tient particulièrement à ce que les jeunes soient protégés. Il a rappelé que le prix est le levier le plus important. « Le prix minimum sur certains alcools que les jeunes prisent, c’est une barrière de plus », a-t-il expliqué.

Il demande au gouvernement d’être également attentif à toute promotion qui pourrait cibler plus spécifiquement les jeunes.

« On n’est pas rendus à bannir toute publicité, ou peut-être que oui, ou un certain type », a-t-il évoqué. Le projet de loi prévoit donner plus de pouvoir à la Régie des alcools et des jeux pour suspendre ou révoquer un permis en cas de manquement en matière de promotion.