La laïcité continue d’animer les débats à Québec

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard a fait amende honorable mardi, moins de 24 heures après avoir dit s’intéresser aux « véritables enjeux des véritables citoyens du Québec ». L’enjeu « imaginaire » des signes religieux n’en fait pas partie.

« Cette formulation que j’ai utilisée […], bien sûr, ne reflète pas ma pensée », a-t-il dit à la sortie du Salon bleu mardi. Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, était, quelques minutes auparavant, tombé à bras raccourcis sur lui. « Pourquoi le premier ministre est constamment incapable de respecter les gens, même s’ils sont majoritaires, qui sont en désaccord avec lui ? » a-t-il demandé en chambre, après avoir rappelé que pas moins de 76 % des Québécois seraient favorables à l’interdiction des signes religieux pour les personnes en position d’autorité, selon un sondage CROP-La Presse (février 2018).

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec promettent tous deux de légiférer afin d’interdire le port de signes religieux à certains employés de l’État, et ce, dans la première année suivant le scrutin du 1er octobre prochain.

M. Couillard a pour sa part, une énième fois, balayé de la main la proposition de ses adversaires de restreindre le droit des fonctionnaires à arborer un signe religieux. « Si on écoute les gens qui nous parlent dans la vraie vie quotidienne, personne ne soulève cette question. J’étais avec des jeunes en fin de semaine, pas une seule question sur cet enjeu-là. On a parlé d’éducation, de services de garde, de finances publiques, de la dette. Voilà les sujets réels du peuple réel du Québec », a-t-il insisté à moins de six mois des prochaines élections générales.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a quant à elle reproché à la CAQ de s’être « fait un plaisir […] de taper sur les minorités, de taper sur les nouveaux arrivants » à coups de propositions rétrogrades comme les « tests des valeurs » — qu’elle a rebaptisés « tests d’exclusion » — au fil des quatre dernières années.

Débat clos au sein de QS ?

De son côté, la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a affirmé mardi que Vincent Marissal et Ève Torres, respectivement nouveau candidat à l’investiture dans Rosemont et nouvelle candidate à l’investiture dans Mont-Royal-Outremont, souscrivent aux recommandations du rapport Bouchard-Taylor, qui se retrouvent dans le programme de QS.

La députée péquiste Agnès Maltais n’en croit rien. « Vincent Marissal qui dit que, pour lui, l’apparence ne compte pas et que même quelqu’un qui porterait un turban sikh serait neutre. Ça va tout à fait à l’encontre de cette position déposée à l’Assemblée nationale. Deuxièmement, Éve Torres qui refuse de dire qu’elle est pour le fait qu’on interdise le port de signes religieux chez les personnes en situation d’autorité. Alors, je pense qu’il y a un débat à l’intérieur de Québec solidaire en ce moment », a-t-elle lancé.