Santé: malaise devant l’approche commerciale de la SAQ

«Le prisme de la santé semble complètement occulté de l’approche gouvernementale en matière d’alcool: on l’aborde principalement sous l’angle de la rentabilité», écrit sans un mémoire l’Association pour la santé publique.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le prisme de la santé semble complètement occulté de l’approche gouvernementale en matière d’alcool: on l’aborde principalement sous l’angle de la rentabilité», écrit sans un mémoire l’Association pour la santé publique.

Des représentants de l’industrie et de la santé publique exprimeront leur malaise devant l’approche — promotionnelle, mais dénuée de sensibilisation — de la Société des alcools du Québec (SAQ), révèlent des mémoires sur un projet de loi révisant certaines règles de la vente d’alcool.

L’Association pour la santé publique du Québec, l’Association des restaurateurs du Québec et l’Association des détaillants en alimentation du Québec relèvent tour à tour, dans leurs mémoires, les « stratégies commerciales agressives » de la SAQ et l’absence de notion de prévention de la santé dans sa mission.

Leurs observations seront présentées au cours des deux prochaines semaines, dans le cadre des consultations — entamées mardi — sur le projet de loi 170 modifiant diverses dispositions législatives en matière de boissons alcooliques.

« La société d’État peut donner et annoncer des rabais à ses clients directement sur le prix ou par l’entremise de la carte Inspire, mais toutes les autres entreprises vendant des boissons alcooliques, sur place ou à domicile, ne peuvent en faire autant », note entre autres l’Association des restaurateurs.

« Ses publicités présentent l’alcool comme un produit associé à la convivialité », relève l’Association des détaillants en alimentation. « La promotion n’est pas encadrée dans le réseau de la SAQ. N’y a-t-il pas une certaine contradiction de la part du gouvernement d’imposer une réglementation de la promotion dans le réseau privé tout en favorisant les pratiques promotionnelles de la société d’État ? », demande-t-elle.

L’Association pour la santé publique souligne quant à elle des disparités entre les approches de Québec au sujet du cannabis et de l’alcool, car elle estime que la seconde fait fi des préoccupations de santé, contrairement à la première.

« Le prisme de la santé semble complètement occulté de l’approche gouvernementale en matière d’alcool : on l’aborde principalement sous l’angle de la rentabilité », écrit-elle dans son mémoire. Pour y remédier, elle recommande « d’intégrer à la mission de la SAQ la notion de prévention de la santé, comme c’est le cas pour la Société québécoise du cannabis ».

L’Association des restaurateurs et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) s’opposent par ailleurs à la volonté de Québec d’instaurer une formation obligatoire sur la consommation responsable de boissons alcooliques, vu les coûts et la gestion que cela engendrerait. Et si Québec devait aller de l’avant, alors il devrait prévoir explicitement que la formation se fera « sans coûts supplémentaires pour les titulaires de permis et qu’elle sera offerte gratuitement » par la Régie des alcools, des courses et des jeux, demande la FCEI.

Le ministre Sébastien Proulx dit non aux « zones sèches » près des écoles

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a fermé mardi la porte à une proposition du fabricant de la boisson énergisante alcoolisée FCKD UP, qui suggérait que Québec interdise la vente d’alcool autour des écoles. « Est-ce qu’on peut penser que, parce qu’on recule de quelques centaines de pieds la distance pour se rendre à un établissement, [ça] va tout changer ? Je n’en suis pas certain », a-t-il déclaré. « [Le] contrôle, il se fait à la caisse. On contrôle au moment où la personne prend la bouteille dans ses mains et se présente pour aller la payer. » En mars, Québec a interdit la vente de boissons sucrées fortement alcoolisées dans les dépanneurs et les épiceries.