La CAQ en perte de vitesse

La CAQ est créditée de 34% des intentions de vote, soit trois points de moins que lors du précédent sondage.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La CAQ est créditée de 34% des intentions de vote, soit trois points de moins que lors du précédent sondage.

Le coussin est soudainement moins confortable : la Coalition avenir Québec (CAQ), qui détenait une avance de 11 points de pourcentage dans les intentions de vote à la fin janvier, ne devance plus les libéraux que par cinq points, révèle un coup de sonde mené par la firme Léger pour le réseau LCN.

À moins de six mois des élections, la CAQ est ainsi créditée de 34 % des intentions de vote. C’est une baisse de trois points depuis le précédent sondage, publié il y a un mois par Le Devoir et Le Journal de Montréal.

Ces points sont entièrement grappillés par les libéraux, qui remontent de 26 % (un plancher touché en mars) à 29 %. La réception généralement positive au dernier budget Leitão a pu contribuer à cette progression.

Le Parti québécois (PQ) continue pour sa part de stagner et récolte aujourd’hui 21 % d’appuis. Même absence de mouvement à Québec solidaire, qui aurait remporté 9 % des votes si une élection avait eu lieu cette semaine.

Avec quelques pas de recul, on note que la CAQ a gagné 12 points depuis un an (mars 2017). À l’inverse, les libéraux, les péquistes et les solidaires ont tous vu leurs appuis reculer de 5 points durant la même période.

La poussée de la CAQ fait en sorte que 36 % des répondants pensent aujourd’hui que la formation va gagner les prochaines élections. Un peu plus d’un répondant sur quatre (27 %) voit plutôt les libéraux se maintenir au pouvoir.

Le (névralgique) vote des francophones favorise toujours la CAQ (41 %), devant le PQ (25 %) et les libéraux (16 %). Ces derniers doivent plutôt leur remontée générale à l’appui des non-francophones, qui est passé de 66 % à 75 % en un mois.

Philippe Couillard a posé deux gestes dans les derniers mois pour raffermir les liens avec l’électorat anglophone : la création d’un secrétariat consacré aux Relations avec les communautés anglophones, et son financement à hauteur de 24,5 millions pour les six prochaines années.

Un autre segment de la population semble avoir repris confiance envers les libéraux : les jeunes de 18-34 ans. Le sondage montre qu’ils sont 35 % à appuyer le PLQ, une hausse de 12 points en un mois (à noter que la marge d’erreur théorique est plus grande avec les échantillons des sous-groupes). Inversement, les appuis de la CAQ auprès de ces jeunes sont passés de 25 % à 19 % depuis mars.

Selon Jean-Marc Léger, président de la firme de sondage, « ce sont les jeunes qui créent les tendances — on l’a vu avec Jack Layton et Justin Trudeau. Les jeunes ne vont peut-être pas voter, mais ils créent le mouvement. Et c’est ce qui est un peu inquiétant pour la CAQ. »

Legault devant les autres

Il n’empêche que plusieurs indicateurs montrent que la CAQ a de bonnes chances de former le prochain gouvernement — mais il serait minoritaire, selon M. Léger.

D’une part, François Legault est toujours perçu comme le « meilleur premier ministre », avec 28 % d’appuis. Philippe Couillard (16 %), Jean-François Lisée (11 %) et Manon Massé (5 %) sont loin derrière.

M. Legault est perçu comme le meilleur premier ministre par 84 % des sympathisants caquistes. Les libéraux sont plus réservés à l’égard de Philippe Couillard (57 %), tout comme les péquistes envers M. Lisée (58 %).

D’autre part, aux yeux des répondants, la CAQ est le parti qui représente le plus le changement (31 %), devant Québec solidaire (15 %). On trouve 10 % de répondants pour dire que les libéraux, au pouvoir presque sans discontinuité depuis 2003, incarnent le mieux le changement… et même chose pour le PQ.

Immigration

Le sondage mené pour LCN a aussi mesuré la perception des répondants par rapport à l’immigration au Québec.

Les résultats montrent une division importante à cet égard. Un peu plus de la moitié (53 %) des Québécois seraient d’accord pour « maintenir l’immigration » (38 %), ou l’augmenter un peu (10 %) ou beaucoup (5 %).

Par contre, 30 % voudraient « diminuer l’immigration », alors que 14 % ont choisi l’option « arrêter totalement l’immigration ». La question posée n’indiquait pas quels sont les seuils actuels d’immigration (51 000 personnes pour 2018).

À noter parmi les autres éléments du sondage :

Priorités. Dans une liste de dix sujets ne comprenant pas d’enjeux identitaires, 22 % des répondants ont dit que la question de la baisse des taxes et des impôts sera leur priorité, devant la question des soins pour les aînés (15 %) et deux enjeux liés au système de santé (11 %).

Information. Quelle sera la principale source d’information des répondants pour se tenir informé de la campagne électorale ? La télévision (52 %) dominera vraisemblablement, devant les médias sociaux (19 %), les journaux (17 %) et la radio (12 %).

Les intentions de vote

Pour quel parti voteriez-vous ?
 
Parti avril 2018 mars 2018
CAQ 34 % 37 %
PLQ 29 % 26 %
PQ 21 % 22 %
QS 9 % 9 %
3 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 11 avril 2018 09 h 37

    Une régression affligeante

    Ce qu’on peut voir de ce sondage, et qui est désolant, c’est que majoritairement, la tranche d’âges des 18-34 ans opte (à 54 % !) pour les partis porteurs des valeurs régressives. On n’a pas la ventilation de la répartition pour le PQ et QS, mais il semble que les 18-34 préfèrent les partis de grand-papa (PLQ) et de l’arrière-arrière-grand-père (CAQ).
    J’y vois la mesure d’une régression affligeante dans laquelle la société québécoise s’enlise.

  • Serge Lamarche - Abonné 11 avril 2018 18 h 01

    Tant que les libéraux sont battus

    Je ne vois pas pourquoi certains renient les valeurs du passé qui sont encore valables.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 11 avril 2018 19 h 07

    Des variations non-significatives

    Observer une variation d'à peine 3% des intentions de vote de la CAQ (37% à 34%) et du PLQ (26% à 29%) d'un sondage à l'autre constitue une différence qui ne veut strictement rien dire, celle-ci se situant à l'intérieur des limites de variation entre deux mesures.

    Ce qui demeure stable, c'est la mise en rang par ordre décroissant des partis: CAQ -> PLQ -> PQ -> QS.

    Car c'est ce qui a changé depuis plus d'un an, les intentions de vote envers le PQ s'étant amenuisées. Une frange de l'électorat francophone en provenance du PLQ s'est jointe à la fraction de l'électorat qui a déserté le PQ dans les couronnes urbaines et dans plusieurs régions pour se fondre dans la CAQ. La CAQ ressemble donc de plus en plus à la renaissance d'une Union nationale version XXIe siècle. Pratico-pratique, ce parti apparaît en phase avec une classe moyenne vivant au rythme de l'American way of life, et qui n'entend pas remettre en question ce qu'elle considère comme un acquis inamovible.

    Toutefois, ce parti demeure en rupture de ban avec ce qui a fait la force du Québec depuis des générations: le sens de l'entraide et de l'appartenance à une communauté. Ces valeurs sont fortement prégnantes au sein de l'électorat féminin et expliquent en partie leurs réticences envers le parti de François Legault. Elles se sont incarnées depuis plus d'un siècle dans le succès des caisses populaires et des coopératives, puis plus récemment en économie sociale. Notre nation se distingue du reste de l’Amérique du Nord par l’importance qu’elle accorde à son appartenance à un groupe plus large qu’une seule collection d’individus.

    Si le PQ mise sur cette distinction lors de la prochaine élection et que la CAQ se contente d'un copier/coller de l'individualisme made in USA, les caquistes risquent de voir fondre leur avance, les femmes venant y faire toute la différence!