Parité: François Legault change de ton

Le regroupement La gouvernance au féminin a organisé un dîner lundi midi pour discuter des manières de sortir du cercle qui perpétue la surreprésentation des hommes en politique.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le regroupement La gouvernance au féminin a organisé un dîner lundi midi pour discuter des manières de sortir du cercle qui perpétue la surreprésentation des hommes en politique.

Durant la campagne électorale 2014, François Legault avait exclu l’idée qu’un éventuel cabinet caquiste soit paritaire. « Il faut prendre les gens les plus compétents », avait-il dit. Quatre ans plustard, le ton a changé : le Conseil des ministres d’un gouvernement Legault sera paritaire, promet-il maintenant.

Pour « être capable de respecter cet engagement, on doit s’assurer qu’on a 50 % de candidates dans les 70-75 circonscriptions » dans lesquelles la CAQ a de réelles chances de victoire, a lancé le chef caquiste lundi devant un parterre d’invités du groupe La gouvernance au féminin.

L’engagement de M. Legault — déjà évoqué samedi dans un événement organisé par Force Jeunesse — s’ajoute à ceux, similaires, du Parti québécois et de Québec solidaire.

À l’heure actuelle, seuls les libéraux de Philippe Couillard ne promettent pas un Conseil des ministres paritaire en cas de victoire au scrutin d’octobre prochain. M. Couillard avait évoqué le 8 mars dernier le fait qu’il pourrait former un jour un Conseil des ministres majoritairement féminin. Mais en attendant, disait-il, « on veut les meilleures personnes ».

Des efforts

Le dîner organisé par La gouvernance au féminin visait justement à discuter des manières de sortir du cercle qui perpétue la surreprésentation des hommes en politique : pas assez de candidates, pas assez d’élues le soir des élections, et par conséquent pas assez de femmes pour composer un Conseil des ministres paritaires.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, est venue rappeler à l’auditoire et aux conférenciers que les résultats viennent avec… des efforts. Évoquant la composition de son cabinet paritaire, Mme Plante a reconnu que ce genre d’exercice « amène des choix difficiles. Parce que, souvent, les hommes ont historiquement eu les dossiers plus importants. Et on se demande, quand vient le temps de [composer le cabinet], si une femme pourra le faire. Mais la réponse est oui, tout le temps. »

La mairesse Plante estime que les « partis politiques ont des responsabilités » à assumer pour favoriser une plus grande participation des femmes à la vie politique. « Il faut reconnaître qu’il y a des barrières systémiques, a-t-elle soutenu. Souvent, les femmes ont moins de ressources financières et moins de réseaux » que les hommes sur la ligne de départ. C’est aux partis d’aider à briser ces barrières, a lancé Mme Plante.

Et cela vaut la peine, selon l’ancienne députée Françoise David (Québec solidaire). Car la présence des femmes en politique est essentielle pour obtenir des transformations sociales, croit-elle.

« Quand les femmes se mettent d’accord, ça donne à l’Assemblée nationale une loi sur le patrimoine familial, sur l’équité salariale, ou des mesures concrètes contre les agressions sexuelles… Il se prend là des décisions qui ont beaucoup d’impact sur nos vies. »

En évoquant les raisons qui l’ont poussée à faire le saut en politique, Véronique Hivon (vice-chef du PQ) a elle aussi souligné que « plus il y a de femmes, plus la voix concrète des femmes est entendue ». Mais c’est beaucoup le combat pour « transformer la politique dans sa pratique » qui la motive à recruter d’autres femmes, dit-elle.

« Je suis convaincue que d’avoir plus de femmes est une manière de transformer au fil du temps ces règles qui se sont bâties sur des centaines d’années de parlementarisme fait par et pour des hommes. J’y crois : avec plus de femmes, le poids du nombre va faire changer les choses. »

Et il n’y a pas à hésiter, a ajouté la ministre responsable de la Condition féminine, Hélène David. Le « sentiment d’imposture » qui fait en sorte que les femmes n’osent pas se lancer en politique n’a pas lieu d’être, a-t-elle dit. Son message — et celui de sa soeur Françoise — était sans équivoque : « Vous êtes toutes capables. »

Candidatures

Tous se sont dits d’accord : le premier défi consiste à augmenter le nombre de candidatures féminines. Une tâche pas si facile, a rappelé Valérie Plante. « Chaque fois que j’ai pu convaincre une femme de se présenter dans une mairie d’arrondissement, j’avais dix hommes qui disaient : « je suis prêt ! » »

« On est moins de femmes à l’Assemblée nationale qu’il y a six ans, a rappelé Mme Hivon. Les partis doivent retrousser leurs manches et en faire une priorité. »

À cet égard, les quatre partis provinciaux ont réitéré lundi leur engagement à avoir au moins 40 % de candidates — le seuil de la zone de parité — aux élections d’octobre. Un décompte fait par Le Devoir dans le cadre du projet Vigie parité (qui mesure chaque semaine l’évolution des candidatures) montre que 44,4 % des 90 candidats officiellement investis par l’un ou l’autre des quatre partis sont des femmes.


Vigie parité

Candidats officiels aux prochaines élections en date du 9 avril 2018

CAQ 11 femmes sur 23 candidats (47,8 %)

PLQ 8 femmes sur 22 candidats (36,3 %)

PQ 11 femmes sur 28 candidats (39,2 %)

QS 10 femmes sur 17 candidats (58,8 %)

Total 44,4 % de candidatures féminines