Manger bio et québécois, ici et ailleurs

Le premier ministre Philippe Couillard lors de l’annonce de la nouvelle politique bioalimentaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard lors de l’annonce de la nouvelle politique bioalimentaire.

La nouvelle Politique bioalimentaire présentée vendredi par le gouvernement Couillard à six mois des élections provinciales veut plus que jamais rapprocher les producteurs et les consommateurs québécois. Si cette politique propose une vision largement saluée, elle n’a pas les moyens de ses ambitions, déplore l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Après deux ans de travaux et de consultations, le monde agricole a accueilli avec enthousiasme les objectifs de la nouvelle politique dévoilée dans la boutique d’une ferme de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot. Ce document donne priorité notamment à la mise en valeur des produits québécois, à l’agriculture biologique et à l’accroissement des exportations. Le président de l’UPA, Marcel Groleau, estime toutefois que sa mise en œuvre pourrait s’avérer difficile.

« Ça faisait longtemps qu’on demandait une politique agroalimentaire qui met à contribution l’ensemble des ministères du gouvernement touchés par le secteur agricole […]. C’est une bonne nouvelle, on a cette politique-là, a-t-il déclaré vendredi. Maintenant, le soutien pour arriver à répondre à ces attentes-là des consommateurs, sur cinq ans, selon moi, ce ne sera pas suffisant. »

Trop peu

La Politique bioalimentaire 2018-2025 reprend essentiellement les mesures annoncées dans le dernier budget pour le secteur bioalimentaire. Au total, ce budget prévoit des investissements supplémentaires de 349 millions d’ici 2022-2023.

Le gouvernement Couillard affirme qu’en ajoutant les investissements annoncés par le passé et l’apport du gouvernement fédéral, sa politique sera dotée de 5 milliards de dollars sur cinq ans.

« On parle de 350 millions supplémentaires sur cinq ans, pour un secteur qui met en marché 8,2 milliards de dollars par année de produits agricoles. C’est mieux que l’an dernier, mais c’est somme toute des investissements relativement mineurs par rapport à d’autres secteurs d’activités », a fait remarquer M. Groleau.

De son côté, le président de l’Union paysanne, Maxime Laplante, ne voit pas comment le gouvernement parviendra à atteindre ses cibles. « On continue exactement dans la même veine, dit-il. Il y a un peu plus d’argent et quelques éléments intéressants, mais on conserve la mainmise de l’UPA », déplore-t-il.

Quatre orientations

La nouvelle Politique bioalimentaire, dont l’objectif est de guider les actions gouvernementales d’ici 2025, se décline en quatre grandes orientations. La première met l’accent sur l’offre de produits « répondant aux besoins des consommateurs ». Québec veut notamment valoriser les produits bioalimentaires québécois avec des marques distinctives et de nouvelles appellations réservées. Il entend également soutenir le développement des marchés extérieurs, avec l’objectif de faire passer de 8 à 14 milliards de dollars la valeur des exportations bioalimentaires internationales du Québec.

« Ce n’est pas un autre monde, le monde rural, a souligné le premier ministre Philippe Couillard en conférence de presse. Vous l’avez chez vous chaque jour, même si vous ne vous en rendez pas compte. »

Le document évoque aussi l’importance de promouvoir une saine alimentation, ce qui représente un « changement de cap », selon la directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids, Corinne Voyer.

Projet de loi à venir

Les trois autres orientations englobent le développement des entreprises, le respect de l’environnement et le développement du territoire. Les plus importantes sommes annoncées dans le budget 2018-2019 sont consacrées aux investissements dans les productions agricoles (100 millions supplémentaires sur cinq ans) et en transformation alimentaire (75 millions sur cinq ans).

Un projet de loi permettant de pérenniser cette politique bioalimentaire sera déposé sous peu par le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, qui a bon espoir de compter sur l’appui des partis d’opposition pour l’adopter avant les prochaines élections générales d’octobre. Le gouvernement compte par ailleurs tenir des « assises annuelles » avec le milieu bioalimentaire, avec une première rencontre prévue en avril 2019.


Principaux objectifs fixés pour 2025

Atteindre des investissements de 15 milliards de dollars en production agricole, en capture et en transformation alimentaire, comparativement à 3 milliards pour la période 2006-2015

Faire passer de 8 à 14 milliards de dollars la valeur des exportations bioalimentaires internationales du Québec

Faire grimper de 24 à 34 milliards de dollars la valeur du contenu québécois dans les produits achetés au Québec

Doubler la superficie en production biologique pour qu’elle passe de 49 000 à 98 000 hectares