Québec: un dernier budget avant les élections

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, présentera son cinquième budget, mardi.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le ministre des Finances, Carlos Leitão, présentera son cinquième budget, mardi.

Avec le budget qui sera présenté cette semaine, les libéraux vont chercher à éteindre tous les feux et à aller au-devant de toutes les insatisfactions qui pourraient miner leur campagne électorale. Ils ont certes la marge de manoeuvre pour le faire, mais pourront-ils vraiment plaire à tout le monde ?

Quelle aide pour les entreprises ?

S’il est déjà acquis que le budget ne présentera pas d’importantes baisses d’impôts pour les particuliers — Québec en ayant déjà annoncé pour un milliard en novembre —, le milieu des affaires se croise les doigts pour une aide robuste aux entreprises, notamment les PME et celles qui font affaire avec les États-Unis.

Au cours des dernières semaines, divers regroupements ont mentionné le protectionnisme américain comme risque additionnel, mais rappellent aussi que le gouvernement Couillard va augmenter les cotisations au Régime des rentes du Québec. Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a d’ailleurs affirmé l’an dernier que son budget contiendrait peut-être des mesures pour « atténuer un peu les coûts additionnels » de cette décision.

Autre indice : lors de son passage en Chine en janvier, le premier ministre Philippe Couillard a dit que quiconque gagerait « sur un effort fiscal » pour les PME « aurait une bonne chance de gagner sa gageure ». D’un autre côté, il entend taxer les géants du Web présents au Québec.

Pour le reste, le prochain budget Leitão s’inscrit dans un contexte connu. Après une forte croissance de 3 % en 2017, ce qu’on n’avait pas vu depuis des années, l’économie québécoise devrait désormais filer à un rythme un peu plus soutenu. La croissance légèrement moins forte pourrait avoir un effet négatif sur le marché du travail et sur les revenus du gouvernement.

Les salaires des médecins et le reste

Après la signature de coûteuses ententes avec les médecins, on voudra savoir ce qui reste pour l’ensemble du réseau dans le prochain budget. L’an dernier, la moitié de la croissance des dépenses en santé était attribuable aux salaires des médecins (2 % sur 4 %) selon une analyse récente de la CSN. Or, pour maintenir les services actuels, la croissance des dépenses oscille autour de 2 %…

On s’attend malgré tout à ce qu’il y ait de l’argent pour les infirmières. Reste à savoir sous quelle forme. Le ministre Barrette veut créer de nouveaux postes, mais la main-d’oeuvre disponible est, comme on le sait, limitée.

On sait aussi que le gouvernement prévoit combler le déficit de certains CIUSSS dont les finances sont plombées par les congés de maladie et les coûts en assurance salaire du personnel. Celui de la Côte-Nord, notamment, en a déjà eu l’assurance.

On pourrait aussi réserver de nouvelles sommes en santé publique en prévision de la légalisation sur le cannabis (prévention, sensibilisation).

Éducation : l’art de se faire pardonner

En éducation, le budget de l’an dernier est un bon indicateur de ce à quoi il faut s’attendre cette année, puisque les investissements annoncés étaient sur 5 ans. Ainsi, le budget total qui s’élevait à 17 milliards l’an dernier devrait continuer d’augmenter d’environ 4,4 % cette année. L’an dernier, cela équivalait à un réinvestissement de plus de 600 millions de dollars.

En infrastructures uniquement, le gouvernement avait prévu un investissement de 2,3 milliards pour 2018-2019.

Le budget de l’an dernier prévoyait également l’embauche de 7200 professionnels supplémentaires dans les écoles d’ici 5 ans, dont 1500 l’an dernier et 1500 cette année. On peut aussi s’attendre à un réinvestissement dans le secteur de l’éducation aux adultes. Enfin, en enseignement supérieur, des changements sont à prévoir dans la façon dont les universités seront financées.

Finalement, le secteur de l’éducation a particulièrement souffert des coupes des dernières années et plusieurs s’attendent à des cadeaux supplémentaires afin de mieux faire accepter les choix du gouvernement à l’approche des élections.

Transports : demandes terre à terre et aériennes

À Montréal, le dernier budget ayant déjà réservé des sommes pour le REM (réseau express métropolitain), on attend maintenant de voir si le gouvernement se commettra dans le dossier de la ligne bleue. Du côté de la capitale nationale, on trouvera dans le budget les 215 millions promis la semaine dernière pour les plans et devis du Réseau de transport structurant (tramway-métro-tram-bus). S’ajoutent les 86,5 millions annoncés vendredi à Lévis, dont le retard en transport en commun est énorme.

Ailleurs au Québec, le ministère des Finances, Carlos Leitão, ne pourra pas passer à côté du dossier du transport aérien régional. Le premier ministre Philippe Couillard avait promis en février des investissements « substantiels » pour rendre les vols en région plus accessibles et attrayants.

On surveille aussi de près le dossier des services d’autobus en région. Alors que les compagnies d’autocar réduisent les horaires et les trajets, les MRC prennent de plus en plus le relais pour offrir ne serait-ce qu’un service de base, mais elles ont besoin d’argent pour le faire. Enfin, les élus de la Côte-Nord pressent le gouvernement d’accélérer la cadence dans le dossier du pont du Saguenay et du prolongement de la 138.

Environnement : au-delà des voitures électriques

Face à l’échec de son Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques, le gouvernement pourrait financer de nouvelles mesures. On ne serait pas surpris par exemple de le voir offrir de nouveaux crédits favorisant l’achat de voitures électriques ou encore des investissements pour l’achat de bornes. Rappelons que le gouvernement s’est donné pour cible d’avoir 100 000 véhicules électriques sur les routes en 2020 et, à deux ans de l’échéance, on n’en dénombre que 20 000.

Alors que l’érosion menace l’existence même de l’autoroute 132 dans l’est, l’adaptation aux changements climatiques commande aussi des investissements. C’est d’ailleurs écrit en toutes lettres dans le bilan d’étape du plan climatique. La ministre de l’Environnement a d’ailleurs promis vendredi des mesures supplémentaires, tout en rappelant que l’inaction coûte cher.

Enfin, il faudra des nouveaux fonds pour donner du sens à la politique sur la mobilité durable dont le gouvernement doit accoucher au printemps. En plus des grands projets de transport en commun, on s’attend sur le terrain à des mesures favorisant le transport actif (vélo, marche) et les villes ne voudront assurément pas payer seules la facture.

Immigration en région : le retour du balancier

En décembre, le nouveau ministre de l’Immigration, David Heurtel, avait promis 15 millions de dollars en immigration et tout laisse croire qu’une part importante des fonds visera à inciter les nouveaux arrivants à sortir des grands centres. Les milieux d’affaires crient sur tous les toits qu’ils manquent de main-d’oeuvre et le gouvernement est très sensible à ce discours. Ainsi, quatre ans après la fermeture des directions régionales en immigration, l’argent devrait retourner sur le terrain par l’entremise d’une pléthore d’initiatives.

Tout cela dans un contexte où il y a fort à faire. Le dernier rapport de la vérificatrice générale révélait notamment qu’en francisation, seulement 28 % des immigrants s’inscrivent au cours du ministère et, parmi ces derniers, moins de 15 % réussissent le cours.

Le bonheur des familles

On le sait, les libéraux ont décidé de s’ériger en champions de la qualité de vie pour les familles et cela devra se traduire en argent sonnant. Déjà, on sait que 50 millions ont été réservés à la refonte des congés parentaux, en plus des dizaines de millions supplémentaires qui seront nécessaires pour financer la nouvelle loi sur les normes du travail et l’ajout d’une semaine de vacances.


Avec la collaboration de Amélie Daoust-Boisvert, François Desjardins, Jessica Nadeau et Alexandre Shields

Les enseignants veulent être entendus

Des organisations représentant les enseignants veulent s’assurer que leurs membres ne feront pas partie des grands oubliés du budget. Ainsi, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), la Campagne de revendications et d’actions interuniversitaires pour les étudiants et étudiantes d’éducation en stage et le groupe Profs en mouvement ont lancé, dimanche, une offensive de sensibilisation qui a pour symbole une pomme ayant été mangée jusqu’au coeur. « Un investissement massif d’au moins un milliard de dollars » serait nécessaire, selon Josée Scalabrini, de la FSE.