Le PQ remplacerait le REM par un «grand déblocage»

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

Le « grand déblocage » proposé par le Parti québécois arrive trop tard, selon plusieurs intervenants du milieu des transports qui ne sont pas prêts à sacrifier le Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPA) à quelques semaines du début des travaux.

Estimant le REM trop coûteux pour le nombre de citoyens qui l’utiliseront, le chef péquiste, Jean-François Lisée, a confirmé mardi qu’il l’abandonnera s’il est porté au pouvoir en octobre prochain. Il optera plutôt pour un vaste projet comprenant 21 tracés qui combinent tramways, bus rapides et trains. Cette nouvelle mouture permettra selon M. Lisée la réduction de 133 000 voitures en heure de pointe, soit « 78 fois le REM ».

« Ce n’était pas la commande de la Caisse de réduire la congestion et je ne les blâme pas de ne pas l’avoir fait. […] On n’est pas contre le REM, mais si on veut faire beaucoup mieux, il faut faire une transition vers le “grand déblocage” », a fait valoir M. Lisée.

Le plan des péquistes veut accroître la mobilité de la métropole et des régions voisines avec un investissement équivalant à celui du projet de REM, non seulement avec le même budget, soit environ 7,4 milliards de dollars, mais aussi en respectant l’échéancier.

Un bouquet de solutions

À Montréal, le PQ propose notamment de relier le centre-ville à l’aéroport en allant de l’avant avec un tronçon de la ligne rose proposée lors de la dernière campagne électorale par Valérie Plante.

Pour décongestionner la ligne orange du métro, M. Lisée fera renaître le « tram de la Main » une ligne de tramway de 11 km sur le boulevard Saint-Laurent initialement proposée par le fondateur de Projet Montréal, Richard Bergeron.

Pour les résidents des couronnes nord et sud, M. Lisée promet un important réseau de bus rapides qui désengorgeront notamment les autoroutes 13, 15, 19, 20 et 30.

Un arrêt « hypothétique » du REM engendrerait cependant d’importantes pénalités, prévient la CDPQ, indiquant qu’on parle d’environ 1 milliard.

M. Lisée s’est dit conscient que l’abandon du projet entraînera des sanctions financières, mais il refuse de commenter le chiffre avancé par la Caisse tant que celle-ci ne les aura pas « ventilés publiquement ».

Bonnes idées, mais trop tard

Le plan proposé par M. Lisée a été accueilli plutôt favorablement. Toutefois, la plupart des intervenants le voient plutôt comme un projet complémentaire au REM.

« Les idées proposées sont intéressantes, mais ne justifient pas à notre avis de dire non au REM. Pour nous, le REM est un bon projet, dont on va commencer la construction incessamment et qui doit aller de l’avant », estime Steven Guilbault, d’Équiterre.

Pour Florence Junca-Adenot, ancienne p.-d.g. de l’Agence métropolitaine de transport (AMT), les tracés méritent d’être considérés.

« Ce n’est pas farfelu quand on résonne à l’échelle de la planification des transports en commun pour la région métropolitaine pour se donner des solutions de remplacement à l’auto solo à la population », souligne la professeure d’études urbaines à l’Université du Québec à Montréal.

Réactions politiques

Même son de cloche du côté des municipalités de Laval, de Longueuil et de Montréal, qui ne sont pas prêtes à rejeter en bloc le REM.

« On a eu le débat il y a deux ans. Alors la pépine arrive dans quelques semaines. À ce moment-ci, on veut que le processus continue. On a fait la phase de conceptualisation. Maintenant, c’est la phase de réalisation », a réagi la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

À Québec, le ministre des Transports, André Fortin, estime que le projet du PQ est « irréaliste et improvisé ». Selon lui, le remplacement du REM par un nouveau projet pourrait même mettre en péril ceux d’autres villes, comme le tramway de Québec.

 

« Les travaux vont bientôt commencer […] C’est irresponsable », a commenté le ministre Fortin.

Avec la collaboration de Jeanne Corriveau, Dave Noël et Marie-Michèle Sioui