Québec dépose son projet de loi sur le revenu minimum garanti

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais
Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a déposé mercredi le projet de loi 173, qui vise à instaurer un revenu minimum garanti au Québec.

Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, il a expliqué que la mesure aidera à terme quelque 84 000 personnes qui présentent des contraintes sévères à l’emploi et qui sont prestataires du programme d’aide sociale depuis au moins 66 des 72 derniers mois.

Par exemple, une personne handicapée qui touche actuellement 12 500 $ par année verra son revenu grimper à plus de 18 000 $ en 2023. Elle ne sera pas pénalisée si elle reçoit un héritage ou une autre forme de revenu, ou si elle décide de former un ménage.

«Les chèques seront individualisés, a déclaré le ministre Blais, parlant d’une première historique représentant un investissement de 1,25 milliard $ d’ici 2023. On reconnaît que c’est beaucoup plus difficile pour eux. Donc, s’ils vont chercher des petits revenus, plus faibles, à temps partiel, sur le marché du travail, ils pourront en conserver une plus grande part qu’aujourd’hui.»

Modalités
Le projet de loi 173 est un pan important du plan de lutte à la pauvreté du gouvernement Couillard, dévoilé en décembre dernier. Il devrait être adopté d’ici la fin de la session parlementaire, qui se termine le 15 juin, a affirmé M. Blais.

C’est un changement de paradigme important pour la sécurité du revenu au Québec, mais en termes législatifs, ce n’est pas très, très lourd à faire


Au total, Québec prévoit injecter 3 milliards $ au cours des cinq prochaines années pour mieux lutter contre la pauvreté, en augmentant l’aide financière versée aux plus démunis de la société, mais surtout à certains d’entre eux en particulier.

Les personnes jugées aptes au travail seront moins gâtées. Elles continueront de fonctionner quant à elles selon le régime actuel d’aide sociale, avec quand même des primes bonifiées de formation et de recherche d’emploi.

On croit ainsi possible de sortir de la pauvreté quelque 100 000 personnes démunies, d’ici l’échéance de 2023.

Le Québec compte 802 377 personnes vivant actuellement sous le seuil de la pauvreté, fixé à 18 000 $ par an, pour une personne seule.

Le nombre de prestataires d’aide sociale est en baisse constante et se situe à l’heure actuelle à 419 527 personnes ayant droit à une prestation mensuelle de base de 628 $.

Réactions mitigées
Sitôt connu, le projet de loi 173 a été applaudi par les groupes de défense des démunis. Le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc, l’a qualifié de «pas dans la bonne direction».

Mais il comporte des lacunes, a-t-il précisé en entrevue. «Le premier des problèmes, c’est que nous on a toujours revendiqué que la couverture des besoins de base, ça doit être pour l’ensemble des personnes touchées, c’est-à-dire au Québec, c’est autour de 800 000 personnes.»

Il dénonce aussi, avec la députée Manon Massé de Québec solidaire, que les plus vulnérables devront attendre cinq ans avant de pouvoir toucher le revenu de base de 18 000 $.

«Pourquoi ce n’est pas demain matin? s’est insurgée la députée en point de presse, mercredi. Quand il s’agit de parler des salaires de médecin [...] ça, il n’y a pas de délai. [...] Mais, quand il s’agit de prendre soin des plus pauvres de notre société, là, on nous fait miroiter qu’on va mettre sur pied un revenu de base qui va être vrai, mais par contre les gens qui ont déjà de la misère à arriver, puisqu’on le reconnaît, ils vont être obligés d’attendre cinq ans.»

De tels changements ne se font pas «du jour au lendemain», s’est défendu M. Blais, qui dit respecter la «capacité de payer» des Québécois.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’emploi, de solidarité sociale et de lutte contre la pauvreté, Harold Lebel, dénonce aussi le délai de cinq ans, tout en estimant qu’il y aura des laissés-pour-compte.

« Si tu as des contraintes, tu dois passer cinq ans avec le programme de solidarité sociale avant d’arriver dans l’autre catégorie qui est le revenu de base. On vient de créer une troisième catégorie de pauvres », déplore-t-il.