Les boissons sucrées fortement alcoolisées ne seront plus vendues dans les dépanneurs

Une étude met en lumière le marché des boissons énergisantes alcoolisées, dont les ventes ont triplé entre 2016 et 2017. 
Photo: Joe Raedle Getty Images Agence France-Presse Une étude met en lumière le marché des boissons énergisantes alcoolisées, dont les ventes ont triplé entre 2016 et 2017. 

Québec interdira la vente de boissons sucrées à haute teneur en alcool dans les dépanneurs et les épiceries, en plus de revoir « en profondeur » son règlement sur la promotion et la publicité des boissons alcooliques, ont annoncé mardi les ministres Lucie Charlebois et Martin Coiteux.

Deux semaines après la mort d’une adolescente qui aurait consommé ce type de boisson — et huit mois après les premiers reportages ayant sonné l’alarme sur celui-ci — le gouvernement dit souhaiter interdire la vente de boissons énergisantes contenant plus de 7 % d’alcool dans les épiceries et les dépanneurs.

Deux de ces boissons, FCKD UP et Four Loco, ont déjà été retirées des tablettes par leurs fabricants.

Avec son annonce, Québec estime donner suite aux recommandations de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qu’il a mandaté en octobre 2017 afin qu’il se penche « sur les cas d’intoxications suite à la consommation de boissons à forte teneur en sucre et alcool, notamment chez les jeunes ».

Pas de prix minimum

Sauf que le gouvernement fait fi des principales recommandations de l’INSPQ, qui proposait notamment la fixation d’un prix minimum par verre d’alcool standard et le lancement d’une étude sur le format des boissons, qui « contiennent généralement l’équivalent de quatre verres d’alcool standards ».

Devant les médias, les ministres Charlebois et Coiteux ont dû se défendre d’avoir attendu la mort d’une adolescente de Laval, qui aurait consommé ce type de boisson avant de mourir, pour agir. « Ça prend le point de vue des experts, je pense. Si on est capables de tout faire tout seuls dans nos bureaux, on n’aura même plus besoin de personnel », a lancé Lucie Charlebois en brandissant le rapport de l’INSPQ.

Les élus ont laissé le soin à la Société des alcools du Québec de décider si elle bannira, elle aussi, ce type de boisson de ces succursales. Questionnée sur ses intentions, la société d’État a déclaré qu’il était « prématuré de se positionner là-dessus ».

D’ici là, le retrait de ces boissons des dépanneurs et des épiceries limitera leurs points de vente, s’est réjoui le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy. Il s’est néanmoins dit « extrêmement triste qu’il ait fallu un décès » pour que Québec agisse, avant de déclarer que « le silence du gouvernement fédéral est assourdissant dans ce dossier ». À Santé Canada, on a assuré mardi qu’on prenait « tous les moyens pour contrer les risques causés par ces produits, en consultation étroite avec le Québec ».

Un marché qui bouge

L’étude de l’INSPQ note par ailleurs que les boissons énergisantes alcoolisées ayant les teneurs en alcool les plus élevées sont celles qui ont connu la plus forte croissance de vente entre 2016 et 2017. Le volume de vente des boissons contenant 11 % d’alcool et plus a triplé en un an, pour accaparer 3 % du marché en 2017. « Ce marché évolue rapidement en proposant continuellement de nouveaux produits, de nouvelles saveurs et des concentrations d’alcool variées avec une tendance vers des concentrations toujours plus élevées », est-il noté dans son rapport. 

Les produits contenant moins de 8 % d’alcool demeurent néanmoins les plus vendus: ils représentaient 91,6 % du volume total de ventes en 2016 et 83,7 % en 2017, a remarqué l’INSPQ. 


Dans l’espoir de contrer l’attrait des jeunes pour les FCKD UP et autres Four Loco, Québec se lance donc dans la révision de son règlement sur la promotion et la publicité des boissons alcooliques. Or, il aurait tout simplement pu… l’appliquer, relève la professeure de l’Université Laval Manon Niquette, qui a participé à l’étude de l’INSPQ. « En principe, ce règlement s’applique à tous les médias et n’est pas limité à la télévision et à la radio [comme le règlement fédéral], a-t-elle déclaré au Devoir. Mais il ne semble pas avoir de ressources pour faire de la veille sur les médias sociaux et Internet », a-t-elle déploré, en rappelant que ces médias non traditionnels sont un canal de choix pour rejoindre les jeunes.

Dans le court document qu’ils ont présenté aux médias, les ministres Coiteux et Charlebois se sont plutôt engagés à instaurer, par voie de règlement, « l’obligation de faire approuver les publicités diffusées dans les médias sociaux » afin d’assurer la protection des mineurs et de favoriser une consommation responsable.