Des militants pour la laïcité veulent rouvrir le débat

Selon les militants, le nouveau règlement qui autorise un futur candidat à soumettre une photo à «visage découvert» remet en question le principe de neutralité de l'État.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon les militants, le nouveau règlement qui autorise un futur candidat à soumettre une photo à «visage découvert» remet en question le principe de neutralité de l'État.

Un groupe de défenseurs de la laïcité souhaite rouvrir le débat sur le règlement électoral qui permet dorénavant à un candidat de porter un couvre-chef sur sa photo, pour peu qu’il ait le visage découvert. Dans une lettre ouverte envoyée aux parlementaires, ces citoyens estiment que le gouvernement crée là un dangereux précédent, qui remet en question le principe de neutralité de l’État.

« Il nous est difficile de détecter la cohérence des députés de l’Assemblée nationale, tous partis confondus, à propos de la décision récente du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) de changer les exigences d’authentification pour la photo de mise en candidature aux fins d’une élection », lit-on dans la lettre signée par une vingtaine de personnalités, comme la militante laïque Djemila Benhabib et la professeure Nadia El-Mabrouk.

Le 20 février dernier, la commission des institutions a approuvé une proposition du DGEQ d’autoriser un futur candidat à soumettre une photo à « visage découvert ». L’ancien règlement, qui exigeait une photo à « tête découverte », était jugé discriminatoire parce qu’il empêchait notamment les personnes voilées ou portant le turban sikh de se porter candidates.

« Nous sommes étonnés, consternés et extrêmement déçus que vous cédiez devant les réclamations de certaines franges religieuses intégristes », écrivent les signataires de la lettre à l’endroit des politiciens. André Lamoureux, politologue à l’UQAM et porte-parole de cette initiative, déplore que le gouvernement soit en train de « gruger le socle de la laïcité morceau par morceau ».

Selon lui, ce nouveau règlement ouvre la porte à une certaine dérive dans les institutions. « À partir du moment où on autorise un tel type de photo dans un formulaire officiel de l’État pour une mise en candidature, comment pourrait-on l’interdire une fois cette personne élue, dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale ? »

M. Lamoureux se dit étonné que la question n’ait pas fait davantage de vagues parmi les députés siégeant à la commission des institutions. « On veut faire pression pour que le débat soit rouvert. Ça s’est fait tellement rapidement », a-t-il indiqué.

Trop tard ?

Le règlement a été publié dans la Gazette officielle le 7 mars dernier et il entre en vigueur 15 jours après, soit le 22 mars, a expliqué le bureau du DGEQ. Le règlement sera-t-il rediscuté ? « Non, présentement, les étapes suivent leur cours », a déclaré au Devoir Alexandra Reny, porte-parole du DGEQ.

Elle a rappelé que le DGE a voulu modifier le règlement pour l’apparenter à celui qui régit la photo de passeport, du permis de conduire ou de la carte d’assurance maladie, où il est permis de porter un couvre-chef pour des raisons religieuses ou médicales. « Notre préoccupation, c’est que l’électeur puisse reconnaître le candidat à visage découvert », a-t-elle dit. La burka et le niqab demeurent toujours interdits, mais une photo présentant une « vue de face complète du candidat à partir des épaules » sera donc acceptée.

Le Parti québécois a rappelé que sa députée Agnès Maltais a proposé un amendement qui avait été refusé, soit avoir le visage « entièrement découvert et clairement visible ». Le Parti québécois ne croit toutefois pas qu’il aura de tels candidats dans ses rangs étant donné l’existence d’une politique interne qui commande la réserve sur le port de signes religieux. « Laissons les électeurs décider », avait dit Jean-François Lisée lors de l’adoption de ce règlement.

Québec solidaire abonde en ce sens et croit qu’il « appartient aux citoyennes et aux citoyens de décider qui sera leur député. » Ce parti ouvert à la diversité avait d’ailleurs fait pression pour que ce changement se fasse. « Nous ne souhaitons pas revenir sur cette décision pour la prochaine élection. »